PHILOSOPHER – HÉRACLITE



« Ce qui diverge procède la plus belle harmonie, et la lutte engendre toutes choses. » – Héraclite. Fragment 8.

Héraclite naît à Éphèse dans la seconde moitié du 6e siècle avant notre ère. Il meurt vraisemblablement vers −460 (Mouraviev, 2000). Natif de la région de Ionie, à l’ouest de l’actuelle Turquie, il est issu de famille aristocratique comme beaucoup d’auteur de l’époque (« Héraclite », 2019). Après son échec politique à Éphèse (Mouraviev, 2000), il renonce à ses privilèges et s’isole mais préside cependant les cérémonies de Déméter. Il lutte contre les démocrates de sa ville, et n’est que peu apprécié de ses concitoyens. Héraclite a écrit un seul livre dont il nous reste quelques fragments. Il écrit dans un style poétique jugé obscur. Bien avant Socrate, Héraclite aurait soutenu le proverbe « connais-toi toi-même » (« Héraclite », 2019). Il fait figure de précurseur et a profondément marqué la philosophie. Les stoïciens ont adhéré à sa vision fataliste du monde comme un feu éternel. Par l’intermédiaire de Platon, il a influencé de nombreux philosophes médiévaux. Son influence est également centrale pour des modernes comme Hegel, Nietzsche et Heidegger (« Héraclitéisme », 2019).

La tradition philosophique a surtout retenu d’Héraclite le thème de la dialectique et du mobilisme universel. Beaucoup aiment son éloge du mouvement mais en néglige les aspects profondément guerriers. Il développe une conception conflictuelle du monde comme si tout mouvement était ancré dans une contradiction fondamentale. C’est une erreur. En considérant le monde comme fondamentalement contradictoire, il développe une mystique fataliste. Certain·e·s y voit une prétendue profondeur ou encore des aspects subversifs alors que ce n’est qu’obscurité. Héraclite n’est subversif que pour les déjà convaincu·e·s qui y voient ce qu’iels veulent. Ainsi son esthétique littéraire cultive l’ambiguïté et les métaphores vagues. Par ailleurs, il se pense tellement malin qu’il en déteste et méprise tout le monde. Sa prétention et son obscurité ont tous les aspects de l’autorité. Développons un éloge du mouvement qui ne légitime pas la hiérarchie et sa guerre permanente.

LE MONDE COMME CONFLIT

Au 8e siècle avant notre ère, la Grèce succède à la civilisation mycénienne. Les Grecs modifient l’alphabet phénicien et inaugurent l’alphabet grec. La population augmente fortement et des colonies grecques sont fondées, dans les îles de la mer Égée et en Asie mineure, puis dans d’autres régions méditerranéennes (« Grèce antique », 2019). Les cités grecques sont des monarchies, gouvernées par un monarque, souvent assisté d’un Conseil des Anciens. Les cités abritent quelques centaines ou quelques milliers d’habitants et se composent d’une ville, plus ou moins fortifiée, et de sa campagne environnante (« Histoire de la Grèce antique », 2019). Durant cette période, de nombreux philosophes apparaissent progressivement. Comme Héraclite, ces philosophes font bien souvent partie d’une classe sociale dominante qui s’appuie de plus en plus sur l’esclavage dans le domaine agricole (Charbonnat, 2007). La Grèce antique se caractérise d’ailleurs par une forte prédominance de l’agriculture, d’autant plus importante que les sols grecs sont peu fertiles (« Grèce antique », 2019). Une aristocratie guerrière constituée d’une petite poignée de propriétaires terriens se lance ainsi fréquemment dans des guerres entre cités (« Histoire de la Grèce antique », 2019).

Dans ce contexte, la philosophie d’Héraclite légitime alors le conflit et l’érige en principe fondamentale : le principe même du monde serait le conflit, ou plus métaphoriquement, la contradiction. Héraclite explique ainsi le changement continuel des choses comme une alternance continue des contraires. Le philosophe Anaximandre avait déjà fait intervenir les contraires pour expliquer le devenir naturel des choses, mais pour Héraclite ces contraires n’expliquent pas simplement le passage d’une substance à une autre. L’opposition des contraires serait le fondement même de la stabilité des choses. Le monde serait donc dialectique – un dialogue des contraires (« Héraclite », 2019). À travers le conflit des tendances opposées, s’engendrerait et se maintiendrait l’unité de toute chose. La lutte ferait l’existence, l’opposition ferait l’union, et l’inégalité ferait l’harmonie. Selon Héraclite, ce mouvement fonde l’harmonie secrète du monde (Zeller, 1882). Certes tout change, c’est même l’une des caractéristiques fondamentales de la matière, mais que les « contraires » gouverneraient le monde est abusif. Et sans cet abus, le fait que certains processus soient contradictoires est parfaitement trivial et sans grand intérêt. C’est par ailleurs une affirmation plus vague qu’exacte. Quel est le contraire de la lumière par exemple ? L’obscurité n’est pas le contraire de la lumière, mais son absence. Où est la contradiction dans le système solaire (Bunge, 1981) ? Certains processus évolutifs sont effectivement le fruit d’une opposition, tandis que d’autres sont le fruit de synergies et de coopérations par exemple (Deleporte, 2013). À ce titre, rappelons que l’entraide a été un facteur important de l’évolution (Kropotkine, 1902). Penser le changement du monde peut se faire sans avoir recours à cette métaphore obscure de la contradiction. L’évolution des espèces n’est pas dialectique et elle illustre pourtant de sublimes changements. Certains processus peuvent être contradictoires, mais la nature n’est pas dialectique, tout comme la société ou notre esprit. Arrêtons de ressortir la dialectique pour pallier notre ignorance (Bunge, 1981). Ce n’est qu’une mauvaise métaphore minorant l’importance de la coopération et entretenant une conception obscure et compétitive du monde.

Par ailleurs, comme beaucoup de ses contemporains, Héraclite pense qu’il n’y aurait pas de démiurge, c’est-à-dire de créateur du monde : « Ce monde a toujours été, et il est, et il sera un feu toujours vivant, s’alimentant avec mesure et s’éteignant avec mesure » – F. 30 (Froment-Meurice, 2017). Le feu prend d’ailleurs une place centrale dans sa pensée. Il l’utilise souvent comme métaphore de ce qui mettrait en mouvement le monde ou encore comme représentation de la raison qui nous animerait toutes et tous. Il utilise également d’autres métaphores pour mettre l’accent sur le mouvement perpétuel des choses : « On entre jamais deux fois dans le même fleuve ». Où encore, dans cette conception que l’on peut qualifier de mobiliste, le jour et la nuit seraient une seule et même chose. Rien ne serait plutôt ceci que cela, mais tout serait en devenir. Les choses ne seraient jamais achevées, mais seraient continuellement créées par les forces contraires qui s’écoulent dans les phénomènes : « Harmonie des tensions opposées, comme celle de l’arc et de la lyre » – F. 61. (« Héraclite », 2019). Mais le monde n’est pas harmonieux. Certes sous un regard naïf tout semble se dérouler plutôt harmonieusement mais la biologie par exemple s’oppose à cette fausse évidence (Gouyon, 2001). Nombre de processus biologiques ne sont pas parfaits, nombre de douleurs et de maladies pourraient être évitées. Les catastrophes sont des catastrophes, elles ne contribuent pas à une soi-disant harmonie. La vie a sa part de souffrance, les gens que l’on aime nous quittent. Il ne s’agit pas simplement de l’accepter, certaines victimes sont inacceptables, mais de vivre avec et de se battre quand il le faut.

UNE MYSTIQUE FATALISTE

La tradition grecque donne à une liste d’anciens hommes politiques, législateurs ou penseurs, le titre de Sept sages. La liste des Sept varie, et parmi eux, Anacharsis, loin de faire l’unanimité, affirme que la loi ne ferait qu’accabler les plus faibles, les riches se permettant de ne pas la respecter (Correia, 2016). Cela est assez remarquable et pertinent, voir même visionnaire, pour être noté. Par ailleurs, au 6e siècle avant notre ère est fondée l’École de Milet, elle est représentée principalement par trois philosophes : Thalès (faisant unanimement partie des Sept sages), Anaximandre et Anaximène. Thalès, comme beaucoup d’autre, ont voyagé en Égypte et ont appris beaucoup des sciences égyptienne et mésopotamienne. À l’École de Milet, la philosophie est principalement axée sur la physique. Ils s’interrogent sur ce qui subsiste à travers le changement. Quelle serait la substance des choses, du latin substare « en dessous ». Ils n’utilisaient plus simplement des mythes mais aussi des concepts physiques pour expliquer les phénomènes naturels : les quatre éléments, le sec et l’humide, le chaud et le froid, etc. (« École milésienne », 2019). Héraclite adopte une toute autre perspective. Dans toutes choses il régnerait une mesure, un rythme ou encore un ordre dans lequel les opposés s’équilibreraient. Cette mesure rythmique, cet ordre qui dominerait l’ensemble du devenir serait par ailleurs immanent : c’est-à-dire que cet ordre du monde ne viendrait pas de l’extérieur, mais du monde lui-même. Pour parler de cette mesure Héraclite utilise alors le terme logos – la logique des choses. Et comme nous l’avons déjà vu, la logique du monde serait le conflit, et sa nécessité dominerait tout (Zeller, 1882). « Toutes les lois humaines sont nourries par une seule divine, qui domine autant qu’elle le veut, qui suffit à tout et vient à bout de tout. » – F. 114. Héraclite privilégie donc une logique fatale sur la diversité des processus matériels. Mais les lois de la nature, ou de la matière peuvent être affirmées sans tomber dans le fatalisme. Le déterminisme du monde, n’implique pas que la situation ne pourrait pas être différente. Un jet de dés est objectivement déterminé et pourtant différents résultats sont possibles. Le hasard existe objectivement sans être indétermination. Par exemple les scientifiques considèrent les probabilités comme des propriétés objectives et ne les introduisent que lorsqu’il y a des raisons de croire qu’un processus aléatoire, tel que le brassage aléatoire, est à l’œuvre. Il n’y a pas de probabilité sans hasard objectif et sans possibilité de mesure objective (Bunge 1968 ; Bunge, 1993 ; Henry, 2012 ; Pépin, 2012 ; Gayon, 2005).

Héraclite désigne aussi le logos par d’autres mots comme « sagesse », « raison », « commun », « fatalité ». Chacun de ces termes serait approprié et aucun ne le seraient vraiment selon Héraclite. « L’Un, qui seul est sage, ne veut être appelé et veut le nom de Zeus » – F. 32. Selon Héraclite les mots ne peuvent suffire à désigner le monde clairement. Par exemple, le mot « bios » signifiant « vie », porterait en lui une référence à la mort signifiant également « arc » (Hoffman, 2005). Héraclite joue énormément sur l’ambiguïté des mots pour nous pousser à saisir l’unité du discours. Derrière les mots, il faudrait entendre le langage lui-même, avec ses contradictions (Froment-Meurice, 2017). Cette façon de concevoir le monde par analogie avec le langage est importante pour comprendre par exemple pourquoi Héraclite considère la parole comme la fonction première de l’âme (Hoffman, 2005). Toute cette ambiguïté rend alors ses écrits très obscurs, très mystérieux, même carrément mystiques (Russell, 1945). Lorsqu’il parle de recherche c’est pour exprimer son mépris des masses. Le logos serait incompris de tous. La vérité serait cachée dans le langage et son registre symbolique en permettrait la compréhension. Ainsi, il ne fonde pas ses recherches sur l’observation et encore moins sur l’expérimentation. Une métaphore serait plus profonde que n’importe quelle démonstration. Les mots seraient fondamentalement trompeurs et la sagesse serait alors de ne rien affirmer clairement (Froment-Meurice, 2017). Il nous plonge dans un obscur relativisme ou le savoir est vain. Cet appel à l’ignorance n’a rien de critique. Ses pensées prétentieuses et fallacieuses confondent obscur et profond (Bouveresse, 1999). Il ressemble plus à un illuminé qu’à un chercheur ou un savant. Son fatalisme légitime ainsi la hiérarchie et les douleurs qu’elle inflige. Sa logique est contradictoire, mystique, absurde et sa conception du monde est brutale et il faudrait s’y soumettre ?

UNE ESTHÉTIQUE DE L’IGNORANCE

Son livre nous est parvenu sous forme de fragments qui ne sont pas forcément fidèles aux originaux. Aujourd’hui, son livre est plus proche d’un patchwork de forme et de fond que d’authentiques sources textuels (Garin, 2013). Ainsi nous ne retrouvons aucun fragment parlant de ses conceptions esthétiques, en revanche son style littéraire particulier lui valut un surnom : en raison d’une écriture poétique, de jeu entre le sens littéral et littéraire d’un mot, de l’abondance de formules paradoxales, de l’absence de toute ponctuation ou encore d’un style haché et détaché, ce livre lui valut le surnom d’« Héraclite l’Obscur » (« Héraclite », 2019). Pour beaucoup, les interprétations contradictoires exprimeraient une pensée profonde, mais le qualificatif « obscur » semble effectivement plus juste. Il est important de comprendre que l’ambiguïté de ses formulations est bien intentionnelle (Mouraviev, 2000). Elle est cohérente avec sa philosophie et doit être analysée à ce titre. L’esthétique permet entre autres d’attirer l’attention (Boyd, 2005) et pour cela son style littéraire est efficace. L’ambiguïté de ses formulations valorise son principe de contradiction et le sentiment de mystère. Les personnes qui croient comprendre quelque chose ont alors l’impression d’être spéciales. Et si nous ne sommes pas éblouis par sa poésie, ce serait sûrement parce que nous ne la comprenons pas. Nous ne serions pas assez sages ou pas à la hauteur. Son esthétique persuade et renforce le degré de certitude attribué à son mysticisme. Mais se complaire dans des phrases qui veulent tout et rien dire ce n’est bon que pour flatter les ignorants et les charlatans. Il ne suffit pas d’attirer l’attention, le propos a aussi une importance et manifestement c’est plutôt obscur, même si certains préfèrent parler de mystère, ou de complexité pour avoir l’air plus moderne. De jolies métaphores dans lesquelles chacun·e voit ce qui lui plaît n’explique rien. Ses formulations nous poussent alors à accepter le monde tel qu’il est sans vraiment d’explication. Qui plus est, toute son esthétique magnifie la violence, la guerre et son absurdité : « Les dieux et les hommes honorent ceux qui succombent à la guerre. » F. 24. Ainsi dans l’un des seuls fragments évoquant la beauté, ce concept est même utilisé pour caractériser un rapport de supériorité : « Le plus beau singe est laid en regard du genre humain. » – F. 82.

Il est intéressant de constater que les conceptions philosophiques d’Héraclite sont assez cohérentes avec celle de la tragédie qui se développe dès les débuts du théâtre comme forme d’art spécifique. D’ailleurs, la fonction sociale des représentations théâtrales est importante : elles légitiment la hiérarchie sociale. Les citoyens les plus riches supportent d’ailleurs les frais du spectacle alors que les moins fortunés reçoivent une indemnité pour y assister. La tragédie se caractérise par la confrontation du héros à son destin lors d’une lutte qu’il sait perdue d’avance. Le public est donc touché par la terreur et la pitié (« Tragédie », 2019). La tragédie, tout comme Héraclite, glorifient la lutte comme principe existentiel. Quant à la mise en scène d’évènements prétendument inévitables, elle rappelle le fatalisme d’Héraclite. Ainsi, la tragédie et la poésie d’Héraclite visent toutes deux la même chose : faire accepter la situation telle qu’elle est.

LA DÉTESTATION DE TOUS·TES

Au 6e siècle avant notre ère, plusieurs cités émergentes dominent le monde grec : Athènes, Sparte, Corinthe et Thèbes. Athènes et Corinthe deviennent de grandes puissances marchandes autant que maritimes. Cependant, à partir de −546, les cités grecques d’Ionie passent peu à peu sous la domination de l’Empire perse. Par ailleurs, en −500, la démocratie s’établit à Athènes. Seule une minorité d’habitants participe aux assemblées citoyennes, excluant les esclaves, les femmes, les « métèques » (étrangers) et les non-Athéniens. L’année suivante, avec la cité de Milet, l’Ionie se soulève contre la tutelle perse et demande de l’aide aux cités grecques. Cela débouchera sur les guerres médiques (« Histoire de la Grèce antique », 2019). Dans ce contexte conflictuel Héraclite s’oppose au développement de la démocratie. Il privilégie une certaine conception de la royauté : « La royauté est à un enfant. » F. 52. On peut penser qu’Héraclite fait ici référence à l’enfant pour valoriser une forme de candeur et d’innocence. Cette interprétation est d’autant plus vraisemblable qu’il fait par ailleurs preuve d’hostilité envers l’érudition des savants de son époque. Dans le fragment 40, Héraclite semble critique vis-à-vis de l’autorité intellectuelle de certains auteurs, comme l’historien Hésiode, le philosophe Xénophane ou le mathématicien Pythagore (Froment-Meurice, 2017 ; Babut, 1976). Mais c’est plus une posture anti-intellectualiste qu’une posture anti-autoritaire. Il ne critique pas l’autorité, il les critique pour s’enorgueillir. Il reproche d’ailleurs à Hésiode et Homère de ne pas faire honneur aux dieux (Correia, 2016). Critiquer des individus ce n’est pas critiquer des rapports autoritaires. Si Héraclite n’est l’élève de personne, ce n’est pas qu’il est sage, c’est qu’il est orgueilleux. Il méprisait ses concitoyens. Lorsqu’il se moque de ceux qui prient devant des murs ou des statues comme si ces derniers les écoutaient, ce n’est pas pour critiquer les dieux, au contraire. Il reproche à ces concitoyens de ne pas savoir ce que sont les dieux. C’est un autoritaire misanthrope (Mouraviev, 2000) : « II n’est pas préférable pour les hommes de devenir ce qu’ils veulent. » – F. 110. C’est tellement plus simple de se dire que tout le monde est idiot, mauvais et de se rêver comme un être exceptionnel. Alors même que la loi est pour lui de première importance, quand il lui aurait été demandé d’établir des lois pour ses concitoyens, il aurait vraisemblablement refusé. Selon lui, la cité en avait depuis trop longtemps des mauvaises (Froment-Meurice, 2017).

Peu de fragments nous renseignent sur ses positions morales ou éthiques (synonymes d’origines respectivement latine et grec), sur ce qu’il juge bien ou mal. Peut-être avons-nous perdu ces fragments, mais il semble assez vraisemblable qu’il n’y porte pas grand intérêt. Cela est cohérent avec sa conception compétitive du monde. Les personnes qui pensent le monde comme un environnement compétitif, dans lequel il s’agit avant tout de vaincre et ou tous les coups sont permis, n’accorde que peu d’importance au « bien » et au « mal » (Winter, 1987). Le fragment qui suit, portant sur la justice, pourrait corroborer ce relativisme moral : « Il faut savoir que la guerre est commune, la justice discorde, que tout se fait et se détruit par discorde. » – F. 80. Et que le plus fort gagne croirait-on entendre.

GUERRE ET HIÉRARCHIE

Diogène Laërce est un grand transcripteur des doctrines philosophiques de son époque, et parfois même la seule source que nous ayons sur certains penseurs antiques. Il nous rapporte les sentiments d’Héraclite lorsque Hermodore, son ami et législateur, est banni (Correia, 2016). Héraclite va jusqu’à vouloir la mort des Ephésiens qui disent : « Que parmi nous il n’y en ait pas de meilleur ; s’il y en a un, qu’il aille vivre ailleurs » – F. 121. Le refus de la hiérarchie est pour lui insupportable et il la défend alors avec férocité. Pour lui le monde est fondamentalement hiérarchique comme le montre ces deux fragments : « Le plus beau singe est laid en regard du genre humain. » – F. 82. « L’homme le plus sage parait un singe devant Dieu. » – F. 83. Il faudrait accepter la logique conflictuelle du monde et la hiérarchie qui en découle. La compréhension de ce logos serait au fondement de la cité. Ainsi Héraclite est un fervent partisan de la loi : « Il faut que le peuple combatte pour la loi comme pour ses remparts » – F. 44. Mais évidemment cette conception ne fait que légitimer la hiérarchie sociale et les dispositifs autoritaires de contrôle social qui se développe a l’époque (Sidanius & Pratto, 1999). Anacharsis voyait juste.

Vers −680 la monnaie apparaît (« Histoire de la Grèce antique », 2019). Les agriculteurs grecs sont peu compétitifs face à la concurrence de plus en plus vive des terres fertiles récemment colonisées. De plus en plus de paysans, n’écoulant pas suffisamment leur production, sont condamnés à se vendre comme esclaves pour faire face à leurs dettes (« Démocratie athènienne », 2019). Vers −650 à Sparte, l’aristocratie foncière se renforce par un régime militaire permanent (« Histoire de la Grèce antique », 2019). Partout, l’aristocratie lutte afin de ne pas être renversée par la nouvelle classe marchande (« Grèce antique », 2019). Cette nouvelle classe aisée, faite de commerçants et d’artisans, est alors suffisamment riche pour acheter des équipements d’hoplites : avec ces équipements de soldat, la guerre n’est plus l’apanage de l’aristocratie. Le système aristocratique basé sur la propriété agraire est battu en brèche face aux revendications égalitaires de ces nouveaux citoyens-soldats. La partie politique de son livre s’est largement perdue, mais Héraclite est bien partisan de cette aristocratie (Mouraviev, 2000). Ainsi, les cités se combattent fréquemment entre elles, ce qui nourrit souvent les révoltes, par ailleurs durement réprimées. Mais les guerres sont aussi parfois un facteur de cohésion interne des cités (« Démocratie athènienne », 2019). Les conceptions fondamentalement guerrières d’Héraclite légitiment cet état de fait : « La guerre est mère de toutes choses, reine de toutes choses, et elle fait apparaître les uns comme dieux, les autres comme hommes, et elle fait les uns libres et les autres esclaves » – F. 53. Tout se déroulerait convenablement, et des conflits émergerait l’harmonie : « Ce qui est contraire est utile ; ce qui lutte forme la plus belle harmonie ; tout se fait par discorde. » – F. 8. En plus d’expliquer faussement le monde (Gouyon, 2001), cette conception de l’harmonie motive à se soumettre à la fatalité, à ne pas subvertir la hiérarchie sociale et à accepter le statu-quo. La conception d’Héraclite légitime les conflits alors qu’ils doivent cesser. Cette vision compétitive est caractéristique d’une forte orientation à la dominance sociale. Les personnes fortement orientées vers des rapports sociaux hiérarchique pense que le monde est compétitif et que les plus forts seraient au sommet de la hiérarchie sociale (Duckitt & Sibley, 2010). Mais l’idée selon laquelle les êtres humains sont conflictuels par nature, en plus d’être largement contrefactuelle, est aveugle à la dimension coopérative de l’humanité. Les discours qui mettent en avant notre prétendue nature guerrière ne sont que des mythes. Il semble même que les guerres soit un phénomène relativement récent dans l’histoire de notre espèce. Les plus anciennes traces de guerre seraient vielles de 10 000 ans. Ce n’est donc pas le monde qui est guerrier, ce sont nos sociétés hiérarchiques qui sont conflictuelles. Mais même si nous étions une espèce de nature guerrière, la guerre ne serait pas une fatalité : les conflits dépendent d’identités symboliques, de politiques multi-populationnelles et de structures sociales hiérarchiques. La paix n’est pas simplement l’absence de guerre, elle est le résultat de mécanismes sociaux actifs pour décourager et gérer les conflits ainsi qu’encourager la coopération (Fry, 2013 ; Sidanius & Pratto, 1999). Ainsi, parce que toute société égalitaire et apaisé implique de lutter contre les institutions entretenant et renforçant la hiérarchie, nous devrions entre autre abolir la prison, et ce non pas simplement car ce que l’on fait vivre aux détenu·e·s et leur proche est inhumain. Bien que le système carcéral accable plus particulièrement les pauvres et les personnes racisées, les prisons et plus largement le système pénal a des effets dévastateur pour toute la société (Sidanius & Pratto, 1999 ; Kropotkine, 1901 ; Sapolsky, 2005). Les prisons s’inscrivent dans des dispositifs destinés à discipliner au moins autant celles et ceux qui sont dehors que celles et ceux qui sont dedans. Ainsi, le système pénal et son mode punitif devrait être aboli au profit de mécanismes sociaux conciliatoires (Ricordeau, 2019 ; Slingeneyer, 2005).

CONCLUSION


Beaucoup apprécient son éloge du mouvement, son mobilisme. Mais en plus de nous faire sombrer dans une obscure fatalité, sa vision contradictoire du monde légitime les rapports conflictuels de la hiérarchie. La mystique d’Héraclite flatte les ignorants et son esthétique charme les charlatans. Comme si parce que le monde était en mouvement, cela justifiait l’obscurité de son œuvre. Lucrèce, le poète matérialiste de Rome l’insulte à raison (« De la nature/Livre I. », 2015). La philosophie d’Héraclite légitime de nombreuses pensées autoritaires. Il pense mieux savoir que les autres alors qu’il n’est même pas capable de s’exprimer clairement. Ce qui plaît dans sa pensée, c’est son obscurité et le pouvoir qu’elle donne. Il n’y a pas besoin d’Héraclite pour faire l’éloge du mouvement, au contraire. Son obscurité est incapable de nous ouvrir un horizon émancipateur.


Dans tous les courants politiques certain·e·s idéalisent la lutte. Ce sont des petit·e·s chef·fe·s qui se glorifient. Nous ne luttons pas pour lutter, mais pour mettre fin à la hiérarchie et sa compétition meurtrière. Bien sûr, il est fondamental de reconnaître la conflictualité de la hiérarchie. La naïveté ou le déni n’est pas préférable. Se défendre face à la hiérarchie requiert effectivement de la force. Un monde sans hiérarchie ne sera pas parfait ni sans problème, mais glorifier la lutte comme principe fondamental ne peut nous mener que dans une impasse. Aux rapports conflictuels de la hiérarchie, opposons la solidarité et l’entraide. La guerre sociale n’en finit pas, comme notre défaite. Humaines et non-humaines, les victimes s’entassent dans les charniers de l’Histoire (Scholes et. al., 2018 ; Kelman, 2005). Les dominants nous font la guerre et les vaincre est une condition nécessaire pour un monde vivable.

Guillaume Deloison – 2023


RÉFÉRENCES :

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Tu voudrais connaître la date de ta mort ?


C’est la question que m’a posé une amie. Sa question m’a un peu surpris puis amusé. Est-ce que je voudrais connaître la date de ma mort ?

En ce qui me concerne, je crois que si c’était une information disponible, j’aimerais la connaître. Mais je ferais pas d’effort pour la découvrir si cette information n’était pas disponible. Je crois pas que ce soit une information que je veuille, mais si elle peut être connue, je préfère la connaître.

C’est-à-dire que je préfère le savoir à l’ignorance ? Mon amie m’a fait remarquer que cette question ne portait pas vraiment sur des connaissances, du savoir, sur des explications ou des faits. Ce n’est que la date de notre mort. À moins qu’on puisse connaître également les causes de notre mort.

Mais si tu connais la date de ta mort et les causes, alors tu peux la changer. On pourrait alors tous vivre avec une montre qui nous donne la date de notre mort évoluant en direct selon les actions que l’on effectue.

« Oh ba non… ba non on va pas faire ça les gens, ça réduit l’espérance de vie de Camille… hooo. C’est pas cool… »

Je lui ai alors demandé ce qu’elle, elle en pensait. Elle, préférerait ne pas savoir. Elle pensait même que si c’était une information disponible et que tout le monde connaissait la date de sa mort, ça structurerait nos rapports sociaux, toute la hiérarchie sociale. Ce serait affreux que la date de notre mort deviennent la proie de processus de domination. Des groupes sociaux se divisant sur le critère de la date de mort, ceux qui mourront bientôt contre ceux qui ne mourront pas de si tôt.

J’ai alors répondu que le problème, ce n’était pas la date, c’était la hiérarchie. On peut même imaginer un monde sans hiérarchie ou au contraire, cette information nous aide à vivre mieux. On pourrait collectivement privilégier les politiques qui nous garantissent des vies plus longues. On verrait d’ailleurs que c’est justement une société égalitaire et écologique qui nous permet cela.

Et je me suis dit finalement que c’était un peu ce que fait le GIEC et ce que nous permettent déjà les sciences en général. Si seulement on accordait réellement un peu plus d’intérêts aux sciences et si on savait affirmer un peu plus fort que ces pourritures de dominant·e·s on tord… et mêler le geste à la parole.

Guillaume Deloison

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POURQUOI PROUVER QUE DIEU N’EXISTE PAS ?


Il y a quelque temps, KaleidosPop a parlé d’athéisme militant et je voulais vous partager ma réponse.

Il reproche à certain·e·s militant·e·s athée de s’acharner à prouver que Dieu n’existe pas. Il leur est alors opposé que l’on ne peut pas prouver que quelque chose n’existe pas et que la religion serait, avant tout, un rapport intime et personnel de l’ordre du spirituel et de l’immatériel.

KaleidosPop est athée mais à vrai dire, je trouve cette position plus proche de l’agnosticisme. J’aimerais proposer un autre argumentaire, radicalement athée mais qui ne sombre pas dans les dérives d’un certain athéisme militant qui est dénoncé ici à raison.

POURQUOI PROUVER QUE DIEU N’EXISTE PAS ?

En effet, on ne peut pas prouver que quelque chose n’existe pas. Mais cela ne doit pas être un appel a l’ignorance, car le revers de ce principe est que l’on peut et doit prouver que ce dont on parle existe. C’est le principe de la charge de la preuve : la charge de la preuve revient à celui qui affirme.

En l’absence de preuve fiable et solide, il est donc plus raisonnable de présumer que Dieu n’existe pas (Mahner, 2013). Ce n’est pas à nous athée de prouver que dieu n’existe pas, mais aux religieux d’être convaincant•es, ce qu’iels ne sont pas.

Après j’ai beau considérer que les religions ont tort, je suis lucide sur le fait que ce qui se joue ici ne sont pas des considérations ontologiques, il ne s’agit pas d’avoir raison. La religion en tant que phénomène social, et donc pleinement matériel, a d’autres raisons.

Au-delà du fait que comprendre les origines de la religion chez Homo sapiens est passionnant, son existence est à comprendre au présent. La religion fournie des références culturelles commune, légitime des rapports sociaux, réponds à des besoins psychologique et bien d’autres… (Bourrat, 2011)

Afin de réduire l’influence de la religion, il me semble alors plus efficace de partager librement les connaissances et d’œuvrer à un monde égalitaire, qui ne mobilisera pas des prétendus forces supérieures pour légitimer une quelconque hiérarchie sociale.

Il me semble même que vu l’état actuel du monde, et la place que prend la religion dans les problématiques de racisme et de géopolitique, il est, au mieux, on ne peut plus niais d’argumenter contre les religions sur un registre ontologique.

Il s’agit de comprendre réellement les enjeux que recouvre la confessionnalisation des problématiques politiques sans jamais, évidemment, confondre la lutte contre les religions, et la lutte contre les religieu•ses. Et être vigilant à ne pas donner de la voix à nos ennemies.

(« Mais pourquoi le « bouc émissaire » est-il devenu « musulman » et n’est pas resté « arabe », « travailleur immigré » ou « immigré » tout court ? »
Extrait de :
Classe / Race – faux dilemme, vrais problèmes.
https://m.youtube.com/watch?v=JnfvOy6bw9g )

RÉFÉRENCES :

Bourrat, P. (2011). Chapitre 37. L’évolution de la religion d’un point de vue darwinien : synthèse des différentes théories. Dans : éd., Les mondes darwiniens (pp. 1091-1121). Paris: Éditions Matériologiques. https://doi.org/10.3917/edmat.heams.2011.02.1091 » https://www.cairn-sciences.info/les-mondes-darwiniens-volume-2–9782919694402-page-1091.htm

Mahner, M. (2013). Chapitre 1. Le rôle du naturalisme métaphysique en science. Dans : Marc Silberstein éd., Matériaux philosophiques et scientifiques pour un matérialisme contemporain. Volume 1 : Sciences, ontologie, épistémologie (pp. 29-70). Paris : Editions Matériologiques. doi : 10.3917/edmat.silber.2013.01.0029. https://www.cairn.info/materiaux-philosophiques-et-scientifiques-vol-1–9782919694518-page-29.htm

Le thread de KaleidosPop :

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PHILOSOPHER – COMTE


« Il est temps aujourd’hui de prendre une marche plus raisonnable, de n’admirer, de n’estimer, de ne payer que ce qui est utile, que ce qui peut contribuer au bien-être de l’individu et de l’espèce […], que la faculté d’abstraire ne soit employée que pour faciliter la combinaison des idées concrètes ; en un mot, que ce ne soit plus l’abstrait qui domine, mais le positif. » – Comte, A. (1817). Programme d’un travail sur les rapports des sciences théoriques avec les sciences d’application.

Auguste Comte naît le 19 janvier 1798 à Montpellier. Il meurt le 5 septembre 1857 à Paris. Issu d’une famille catholique et monarchiste, Comte est professeur particulier de mathématiques, répétiteur et examinateur à l’École Polytechnique ainsi que précepteur dans un établissement préparatoire aux concours scientifiques. Pendant plus de vingt-cinq ans, il donne aux ouvriers plusieurs cours publics d’astronomie, puis d’histoire. Il développe durant toute sa vie une philosophie scientifique : le positivisme. Cette philosophie s’étendra à la politique et à la morale. Par la suite, elle prend un tournant avec la Religion de l’Humanité (« Auguste Comte », 2019). Sa pensée marquera profondément la philosophie. Les continuateurs et détracteurs sont nombreux.

Comte et son positivisme a inspiré de nombreux auteur·ice·s, certain·e·s le portant, d’autres le rejetant. Il en a d’ailleurs tellement été dit que la place de Comte parmi celleux se réclamant du positivisme n’est même plus centrale. Nous ne pouvons cependant pas critiquer Comte sans toucher au positivisme. Beaucoup rejettent trop facilement ce courant et son créateur alors qu’ils ont largement contribué au développement de la méthode scientifique. Pour les critiquer il faut le faire pour les bonnes raisons : Comte est intéressant, mais il est détestable. Comme nous le verrons, il rejette vigoureusement tout questionnement métaphysique et notamment le matérialisme parce qu’il serait anarchique : sans loi, la matière ne pourrait pas s’organiser. Plutôt que d’expliquer les choses par des processus matériels, il formule alors des lois à partir de la régularité des phénomènes observés. Par ailleurs, soucieux d’unifier les sciences, il met l’accent sur l’aspect utile des sciences pour l’Humanité. Cette perspective utilitariste est également centrale dans ses conceptions esthétiques et morales. Ainsi, il légitime qu’une classe de philosophe et d’industrielle gouverne la société pour son bien. Au nom de l’utilité, les scientifiques feraient l’autorité. Il développe ainsi une conception autoritaire et conservatrice de la science. Certain·e·s en profitent pour caricaturer et rejeter la science. Iels rejettent Comte et son positivisme au profit de la religion, alors qu’il répudiait pourtant le matérialisme et fonda même une religion. Portons une philosophie scientifique qui brise toute pensée autoritaire : celles prétendant se réclamer de la science pour contraindre, comme, au contraire, celles prétendant se libérer de toute contrainte en rejetant la science.

LE POSITIVISME EST UN IDÉALISME

Au 19e siècle, l’empire colonial français s’étend sur tous les continents du monde (« France au XIXe siècle », 2019). Dans ce contexte, même si Comte s’oppose à la colonisation, notamment en Algérie, ses plans de développement du positivisme à l’échelle mondiale trouvent malgré tout un écho dans les arguments coloniaux de la France du Second Empire (« Auguste Comte », 2019). Il inspire aussi la devise du brésil « Ordre et progrès » (Arbousse-Bastide, 1979). Par ailleurs, l’Église perd progressivement de son influence avec la laïcisation de l’État et l’influence culturelle des sciences. En effet, durant les 2 derniers siècles, les sciences ont énormément avancé et cela dans une autonomie grandissante. En 1847 par exemple, Hermann von Helmholtz publie la première loi de la thermodynamique : la conservation de l’énergie (« Chronologie de la thermodynamique et de la physique statistique », 2019). Les sciences s’étaient ainsi constituées en un domaine à part en dehors de la philosophie. Elles laissaient celle-ci à ses spéculations et à ses disputes. La science était forte de la puissance de ses conquêtes, de la sûreté de ses méthodes et de l’infaillibilité de ses résultats. Pour Comte, la science était justement une philosophie en soi. Il entreprend donc de formuler un discours philosophique propre aux sciences : la philosophie positive. Cette dernière devrait alors coordonner les principes de toutes les sciences. Elle devrait en établir la hiérarchie, les liaisons et l’unité (Janet, 1887).

Le mot « positivisme » dérive du participe passé du latin ponere : positus, « posé ». Au 13e siècle, « positif » signifie ce qui est « établi », généralement par institution divine ou humaine. Au 16e siècle, le terme en vient à désigner une connaissance fondée sur des faits, une connaissance certaine (Pickering, 2011). Ainsi, en qualifiant sa philosophie de « positiviste », Comte exprime sa volonté de combattre la pensée vague et les croyances incohérentes de la « métaphysique », qui a ici une connotation négative. Le terme « métaphysique » désigne un domaine de réflexion s’intéressant aux choses ordonnant le monde, par exemple Dieu, les idées, la matière, etc. Dans les débats scientifiques actuels, le terme privilégié est plutôt ontologie, terme issu du grec ancien ontos « être » et logos « discours ». Le terme métaphysique peut toutefois être également employé, avec ou sans connotation négative. La remarque du logicien et philosophe naturaliste Willard Van Orman Quine est intéressant pour saisir l’enjeu de ses considérations : « Ce qu’il y a de curieux avec le problème ontologique, c’est sa simplicité. On peut l’énoncer en trois mots : « Qu’y a-t-il ? » Et l’on peut, qui plus est, lui apporter une réponse en un mot : « Tout » – et chacun acceptera cette réponse comme vraie. Cependant, cela revient à dire simplement qu’il y a ce qu’il y a. Cela laisse la possibilité de désaccords au cas par cas ; et ainsi la question continue de se poser depuis des siècles. » – Quine, W.V.O. (1953). Du point de vue logique. Neuf essais logico-philosophiques. Métaphysique ou ontologique, le positivisme rejette donc toutes considérations de cet ordre. Ainsi, en rejetant tout questionnement sur ce qu’est le monde, toute ontologie, Comte rejette le matérialisme. « Le positivisme écarte irrévocablement à la fois, [le matérialisme] comme anarchique, [le spiritualisme] comme rétrograde » Comte, A. (1848). Discours sur l’ensemble du positivisme. Il s’intéresse seulement aux moyens que nous avons pour connaître le monde, à l’épistémologie, terme issu du grec ancien epistémê « connaissance » et logos « discours » (Premat, 2008). Comme Hume, Kant et d’autres, il n’appréhende que des phénomènes : « Nous ne saurons jamais de quoi sont faites les étoiles. » – Comte, A. (1850). Ainsi, face aux premières théories de l’atome, des positivistes rejetaient l’idée que les atomes existaient réellement. Accepter cette existence serait trop s’avancer : les phénomènes se présentent comme si les atomes existaient, mais cela ne nous permettrait pas de nous prononcer sur ce qu’est réellement le monde (Juignet, 2015). Cette conception tend ainsi vers un certain idéalisme : les idées ou en l’occurrence les modèles théoriques et les lois scientifiques sont privilégiées sur la réalité matérielle. Ce seraient ces idées qui détermineraient le monde et non la matière. Le monde serait loi, et s’expliquerait par elles. Mais cette formalisation n’explique rien. Constater que chauffer l’eau la fait bouillir n’explique rien. Et ce n’est pas cette loi qui fait augmenter le mouvement des molécules d’eau quand elle boue. C’est même le contraire (Drapeau Vieira Contim et Ludwig, 2013). C’est la matière qui fait les lois (Kistler, 2013 ; Sagaut, 2008-2009).

UNE ÉPISTÉMOLOGIE UTILITARISTE

Comte s’inspire de Bacon, Descartes, Kant, Hume et Hegel et tente de faire la synthèse de ces auteurs. Le positivisme ne serait pas un pur rationalisme ou, au contraire, un empirisme absolu (Pickering, 2011). Fonder nos connaissances sur la seule raison, sans expérience concrète, serait inefficace, et à l’inverse, un empirisme absolu, qui ne fonderait nos connaissances que sur notre expérience serait stérile : accumuler des faits ne permet de tirer aucune conclusion. La raison devrait donc organiser rationnellement les données de l’expérience. Par ailleurs, en rejetant tout questionnement sur ce qu’est le monde, Comte rejette la notion même de causalité. Il la juge métaphysique et préfère une conception du monde régi par des lois (Juignet, 2015). L’expérimentation devrait ainsi permettre de formuler des lois sur le fonctionnement des phénomènes. D’une certaine façon, Comte rejette le réalisme : certes la réalité existerait indépendamment de nos perceptions, mais elle ne serait connaissable qu’à travers nos perceptions (Bunge, 1993). En refusant de se référer directement à la réalité, Comte et les positivistes ne peuvent pas concevoir la vérité comme correspondance avec la réalité. Ce qui fonde leur notion de vérité est alors la cohérence logique. Ainsi, lorsque Comte se prononce contre l’existence d’un Dieu, ce n’est pas parce qu’elle serait contraire au fait. Comme de nombreux positivistes, ce qu’il réfute à propos de « Dieu », c’est seulement sa cohérence logique. Il n’existerait pas tel qu’on le décrit car son énoncé est incohérent (Silberstein, 2013). Comte conçoit ainsi l’expérimentation comme une source de données à ordonner logiquement, de façon cohérente, alors que c’est un moyen parmi d’autres de vérifier si les hypothèses correspondent à la réalité (Bunge, 1993 ; Bunge, 2012).

La loi des 3 états illustre assez bien cet accent que Comte met sur la cohérence logique. Selon cette loi, 3 modes de pensée se suivraient nécessairement dans l’histoire : théologique, métaphysique puis positif. Dans l’état théologique, les personnes expliqueraient le monde par des forces et des êtres surnaturels : objets mystiques, dieux multiples puis Dieu unique. Dans l’état métaphysique de l’Histoire, les personnes chercheraient ensuite les causes premières et les causes finales. Ils et elles expliqueraient le monde par des essences personnifiées ou des abstractions : la Nature, la Raison, etc. Ces abstractions ne seraient ni surnaturelles ni positives. Dans l’état positif, les personnes expliqueraient enfin le monde par des lois scientifiques. Elles formaliseraient les « relations constantes de similitude et de succession que les faits ont entre eux » – Comte, A. (1851-1854). « Considérations philosophiques sur les sciences ». Ainsi, dans sa pensée, les idées déterminent le monde. La pensée théologique déterminerait l’histoire médiévale, la pensée métaphysique déterminerait l’histoire d’une période plus récente et ainsi de suite (Muglioni, 2013). Chaque science et chaque société devraient ainsi passer par ces 3 états. Cela définirait leur développement (Kremer-Marietti, 2006). De plus, parce que Comte rejette l’introspection et la psychologie, il applique aussi sa loi des 3 états aux personnes : comprendre l’esprit humain passerait par son étude historique (Clauzade, 2003). Dans cette perspective, la biologie devrait donc certes étudier les relations entre la pensée et le fonctionnement cérébral, mais cela sans faire du cerveau la cause de la pensée. Ce serait rétrograder dans la métaphysique : ce serait oublier le vrai sens de la distinction entre cause et loi faite par le positivisme (Muglioni, 2013). Les conceptions de Comte ne nous permettent pas de comprendre les processus réels, cérébraux comme historiques (Bunge, 1981), ce sont de simples récits dont la seule qualité est d’être logique.

Puisque l’astronomie, la physique, la chimie et la biologie étaient devenues des sciences positives, selon Comte la méthode positive devrait également s’étendre aux phénomènes les plus complexes : la société. Ce serait un domaine où règne encore la pensée théologique et métaphysique. Cette science de la société serait la « sociologie », un terme qu’il contribue à populariser. Dans sa hiérarchie des sciences, la sociologie devrait d’ailleurs couronner toutes les autres sciences (Pickering, 2011). Elle permettrait de comprendre les sciences elle-même. Ainsi, Comte relativisera progressivement la méthode scientifique du philosophe anglais Francis Bacon (observer, conjecturer, vérifier) jusqu’à formuler la sienne : la synthèse subjective. Selon Comte, les connaissances auraient plus à voir avec ceux qui la produisent qu’avec la réalité. Il faudrait donc rapporter chaque science à l’Humanité et à son histoire pour en comprendre le sens (Muglioni, 2013). L’une des raisons pour laquelle Comte privilégie la sociologie sur les autres sciences est par exemple que toute observation présuppose certaine théorie et même un certain nombre d’instruments (Sagaut, 2008-2009). Certes, cela est vrai, mais ce n’est pas parce que l’observation peut être biaisée ou que les faits peuvent être sélectionnés que ces derniers sont subjectifs. Cela nous pousse plutôt à redoubler d’effort pour tendre vers l’objectivité (Bunge, 1993).

Ainsi, Comte conçoit la recherche scientifique avant tout comme un moyen de répondre aux besoins de l’Humanité. Pour cela, il s’oppose aux recherches « oiseuses ou vicieuses », qui n’aurait pas de rapport avec le bien de l’Humanité. Ainsi Comte s’oppose à la spécialisation dispersive des sciences, au « développement anarchique de la recherche scientifique » qui oublierait la philosophie et l’esprit d’unité des sciences (Muglioni, 2013). Nous pouvons effectivement déplorer le désengagement philosophique de certain·e·s scientifiques qui ouvrent la porte aux pseudo-sciences. Même en tant que scientifique, recycler des conceptions idéalistes comme peut justement le faire Comte, c’est entraver la recherche de processus matériels. Par ailleurs, avec sa notion d’unité Comte délégitime un certain nombre de recherches qu’il juge inutile. Si l’utilité des sciences a une telle importance selon Comte, c’est parce que selon lui les sciences seraient d’un grand secours pour résoudre un certain nombre de problèmes de l’époque, notamment d’un point de vue technique. Durant le 19e siècle, la France est bouleversée par une progressive industrialisation et des tensions sociales grandissantes (« Révolution industrielle », 2019). À cette époque la production n’est principalement plus agraire, même si celle-ci a progressé depuis le siècle précédent : 0,4 à 0,5 % par an, donc au moins 40 % sur le siècle (Bernier, n. d.). De nombreuses personnes sont privées de terre et sont contraintes d’aller vers les villes pour travailler dans les industries (« France au XIXe siécle », 2019). En province, une crise de subsistance provoque des troubles. Elle suit deux mauvaises récoltes de céréales (1845 et 1846) et une maladie de la pomme de terre. En 1847, à Buzangçais, les tisserands, ouvriers et journaliers réunis dans les faubourgs s’opposent alors fortement à un transport de grains. Une émeute éclate. Les inégalités se creusent entre les couches populaires qui s’appauvrissent et les notables qui s’enrichissent (« Révolution française de 1848 », 2019). Dans ce contexte, les problèmes sociaux ne peuvent clairement pas se résumer à des problèmes techniques, mais nous verrons par la suite comment l’utilitarisme épistémologique de Comte est en lien avec sa pensée politique. Avant cela, voyons comment de nos jours certains théoriciens et théoriciennes s’inspirent de son utilitarisme épistémologique et ce que nous pouvons y opposer. Ils et elles conçoivent les théories scientifiques comme des conventions et des fictions plus ou moins utile et affirment que ce qui ferait la vérité d’une idée, au-delà de sa cohérence logique, serait justement son utilité. Mais d’une part, beaucoup de connaissances inutiles sont néanmoins vraies et d’autre part, des croyances fausses peuvent être très utiles. Les entreprises partagent énormément ce type de croyances effectivement très utile à leurs fonctionnements, comme le lien entre le mérite et la réussite par exemple. Lorsqu’une connaissance est vraie, elle peut être utile, mais ce n’est pas parce qu’elle est utile qu’elle est vraie (Bunge, 1993).

UNE ÉSTHÉTIQUE DE LA LÉGITIMATION

Bien que les questionnements sur l’art ne soient pas centraux dans la pensée de Comte, il y consacre entre autres la 5e partie de son Discours sur l’ensemble du positivisme. L’approche positiviste de l’esthétique consiste à formaliser les régularités de notre appréciation esthétique. Même si Comte parle de processus physiologique, émotionnel et cérébral, il s’agit encore une fois de formuler des lois. En rejetant tout questionnement ontologique, Comte conçoit donc l’esthétique comme un ensemble de lois déterminantes pour notre appréciation de l’art. Ainsi, si l’on observe un goût partagé pour la symétrie par exemple, peu importe que la cause soit physiologique, culturelle ou autre (Lahbib, 2009). Cela a pour conséquences de définir l’esthétique comme un ensemble de lois idéelles. Nous retrouvons ici son idéalisme qui se désintéresse des processus matériels au profit de lois qui sont alors inexplicables. Nous gagnerions pourtant en compréhension à définir l’art comme une activité pratiquée par différentes espèces (Dissanayake, 2009) et faisant intervenir des propriétés matérielles, des qualités techniques, des effets physiologiques comme l’activation du système de la récompense par exemple (Skov & Nadal, 2017). Cela nous permettrait également de mieux en comprendre les causes culturelles, sociales, économiques, politiques et même écologiques, comme la congruence avec d’autres représentations préexistantes, la présence d’institutions pouvant faciliter la diffusion d’une œuvre, la présence d’un système de mémoire externe tel l’écrit, etc. (Boyd & Richerson, 1985 ; Boyd, 2005 ; Sperber, 1996 ; Sidanius & Pratto, 1999 ; Lorenz, 2021).

La conception esthétique de Comte s’ancre ainsi dans un débat plus large sur la place de l’esprit dans lequel la perspective positiviste se refuse à toute référence aux déterminations matérielles. Elle se contente de formalisation logique plutôt que de rechercher pourquoi certaines déterminations physiologiques, par exemple, détermine certaine expérience mentale (Kistler, 2013) ou certaines appréciations esthétiques pour ce qui nous intéresse ici. Par ailleurs, il est intéressant de voir que vers 1850 se développe un mouvement artistique et littéraire : le Réalisme. Ce courant qui s’oppose au Romantisme est caractérisé par une attitude de l’artiste face au réel, qui vise à représenter le plus fidèlement possible la réalité, avec des sujets et des personnages choisis dans les classes moyennes ou populaires plutôt que nobles ou bourgeoises. Le roman entre alors dans l’âge moderne et aborde des thèmes comme le travail salarié, les relations conjugales ou les affrontements sociaux (« Réalisme (littérature) », 2020). Au-delà de l’intérêt pour les classes populaires que Comte partage notamment en donnant ses cours publics, pour le réalisme littéraire comme pour le positivisme, il s’agit avant tout de montrer plus que d’expliquer.

Tout comme il effectue une classification logique des sciences, des industries ou même des espèces, Comte classifie les arts. Le premier des arts est la poésie, vient ensuite la musique puis la peinture, la sculpture et enfin l’architecture. (Premat, 2008). Ces classifications dont les seules qualités sont d’être logiques laissent dubitatif, mais elles expriment chez Comte ce souci d’unité philosophique. Cette unité permettrait de mettre fin à une sorte d’éclatement qui fait par exemple qu’en tant que mathématicien·ne, une personne n’a pas les mêmes pensées qu’en tant que parent ou admirateur·ices d’œuvres d’art (Muglioni, 2013). Comte s’oppose ainsi à la spécialisation esthétique. Dans l’avenir, il n’y aurait « plus de classes esthétiques proprement dites […] mais une éducation générale disposant à goûter profondément tous les modes d’idéalisation » (McWilliam et. al., 2004). L’unité philosophique du positivisme permettrait également à l’art de trouver son utilité pour la société. L’esthétique serait un moyen utile pour les personnes et la société de se réguler, notamment d’un point de vue moral ou émotionnel. Parce que l’art permettrait de communiquer, il impliquerait un rapport d’altérité à travers lequel les personnes pourraient réguler leurs comportements. L’esthétique ne serait pas un simple embellissement de l’extérieur, elle exprimerait également certaines normes et valeurs. Ainsi nous pourrions même voir les différentes phases sociales de l’Humanité, et à laquelle elle se trouve, à travers l’architecture des bâtiments publique (Premat, 2008). L’artiste devrait ainsi cultiver les « sentiments bienveillants », célébrer « les grandes époques et les grands hommes » et élaborer des fêtes consacrées aux cultes de la Femme et de l’Humanité (McWilliam et. al., 2004).

Comte a raison de déplorer que les connaissances artistiques ne soient pas plus partagées. Mais plus que la spécialisation, c’est la professionnalisation et la confiscation de l’art qui pose problème. La spécialisation n’est pas en soi un problème, le monde est plein de spécificité à exprimer. En revanche, la professionnalisation pousse les artistes à penser comme des entrepreneurs. Startuper ou entrepreneurs sociaux, iels pensent avant tout à plaire et vendre, que ce soit à un maximum de monde, à une niche ou à une élite. L’art ne devrait pas avoir à se plier à des impératifs économiques ou hiérarchique, même informelle. Par ailleurs, il a raison de mettre l’accent sur les normes et valeurs que véhicule l’art, mais son utilitarisme esthétique empêche de penser l’art autrement que comme l’expression d’un intérêt personnel ou collectif. Pourtant, nombre d’œuvres gratuites, d’attentions empathiques existe : des dessins d’enfants aux expressions d’affections soigneusement élaborées que l’on fait à celleux que l’on aime, juste pour qu’iel le sache. Selon Comte, l’art devrait donc célébrer l’humanité, mais il semble qu’il s’agisse plutôt de la complaire en légitimant le statu quo dont nous percevons d’ailleurs bien le sexisme bienveillant (Glick & Fiske, 1996) avec son culte de « la » Femme.

UNE EXPLOITATION ALTRUISTE

Vers la fin du premier volume du Système de politique positive, dans la section qui pose les fondements biologiques de son système social, Comte introduit un terme important de sa pensée : l’altruisme. C’est donc initialement dans un cadre biologique que Comte conçoit ce terme. Il entendait améliorer la description de la nature humaine proposée par saint Paul et par le christianisme. Ainsi la lutte fictive entre la nature et la grâce serait remplacée par l’opposition entre les instincts égoïstes et leurs contraires qu’il faudrait renforcer : les instincts altruistes. En effet, Comte pense qu’utiliser ou ne pas utiliser un organe particulier pouvait conduire à son développement ou à son atrophie. Ainsi les organes cérébraux associés aux fonctions affectives et altruistes pourraient, comme d’autre organe, être renforcés par un exercice régulier. Et cet « exercice » pourrait être transmis aux descendants. Comte est donc partisan de l’hérédité des caractères acquis et saluait à ce titre les travaux biologiques de Jean-Baptiste Lamarck. Pourtant, à la différence de ce dernier, Comte pensait que les espèces n’étaient pas susceptibles de varier indéfiniment. Les organismes pourraient seulement évoluer à l’intérieur des limites fixées par le type spécifique auquel ils appartiennent. Pour cela, des partisans anglais de Comte se sont montrés hostiles à la théorie darwinienne de l’évolution (Dixon, 2012). Certes, un certain nombre d’études montre en effet que des exercices respiratoires particuliers augmentent les performances à des tâches cognitives, diminue la vulnérabilité au stress et favorise la prosocialité, c’est-à-dire des comportements qui vise notamment à aider, soutenir et réconforter autrui (Bornemann et al., 2016 ; Gevirtz, 2013 ; Hallman, Olsson, von Schéele, Melin, & Lyskov, 2011 ; Lehrer et al., 2004 ; Wheat & Larkin, 2010). Mais l’accent excessif qu’il met sur les caractères acquis n’est que la reformulation de la morale chrétienne qui conçoit la morale comme un vernis fragile et récent qui nous distingue des animaux. Définis avant tout comme malveillants et égoïstes, les personnes devraient alors se voir imposer par le haut et par la force un cadre moral contraignant. Ce mythe légitimant un contrôle social autoritaire et punitif (Sidanius & Pratto, 1999) est contraire au fait. Comme l’ont montré de nombreux travaux, la morale est un trait évolutif partagé par les primates et d’autres animaux sociaux (De Waal, 2003 ; Kropotkine, 1906). Nous n’avons pas besoin d’autorité pour être moraux.

Dans la perspective de Comte, les relations sociales devraient être structurées par la production. Cette conception productiviste est d’ailleurs un des fondements des premiers socialismes. Ainsi Comte la partage avec Henri de Saint-Simon (1760-1825) : philosophe de l’industrialisme, économiste et militaire français. Il est aussi fondateur du saint-simonisme et l’un des premiers socialistes avec Fourier. Comte en fut justement le secrétaire. Selon Saint-Simon, le gouvernement doit être contrôlé par des savants, des artistes, des artisans et des chefs d’entreprises. Planifier le secteur agraire créerait ainsi des richesses et améliorerait le niveau de vie de la classe ouvrière (« Claude-Henri de Rouvroy de Saint-Simon », 2019). Par ailleurs, Saint-Simon exhorte les savants à créer une synthèse positive. Selon lui, une nouvelle synthèse de la connaissance scientifique doit remplacer l’Encyclopédie du 18e siècle. Celle-ci serait trop révolutionnaire et destructrice (Pickering, 2011). C’est exactement dans ce projet que s’inscrit Comte. La sociologie devrait donc guider les philosophes positivistes vers l’établissement du « plus grand bonheur possible » – Comte, A. (1817-1824) L’industrie. Dans l’état positif, les positivistes et les industriels gouverneraient alors avec intelligence et altruisme (Pickering, 2011). Ainsi les positivistes devraient formuler les lois de la nature et aussi les lois de la société. Ils devraient alors établir les lois de la production, mais sans s’attaquer à la hiérarchie sociale. Par cette sorte d’analogie entre lois scientifique et lois juridiques (Monvoisin, 2007), son positivisme légitime la hiérarchie sociale comme un état de fait indépassable. La hiérarchie ne serait ni bonne ni mauvaise. Elle ne devrait surtout pas être troublée pour produire. « L’antagonisme matériel se développera de manière à faire bientôt sentir des deux parts le besoin d’un régulateur spirituel » – Comte, A. (1998) Discours sur l’ensemble du positivisme. Éditions GF, Paris, p. 190. Les philosophes positivistes rappellent d’ailleurs les philosophes-rois de Platon, qui n’étaient pas associés aux industriels, mais à des figures de pouvoir caractéristiques d’une autre époque : les gardiens de la cité. Ainsi, l’utopie de Comte ne conduit qu’à un cauchemar hiérarchique et déshumanisant. Prétendre que la hiérarchie serait nécessaire pour résoudre la misère est une erreur. La hiérarchie est précisément ce qui produit la misère et les humiliations qui l’accompagne. En effet, le pouvoir affecte notre perception des autres : quand il ou elle domine, Homo-sapiens déshumanise l’autre. Cela consiste à agir envers les autres et à les percevoir comme s’ils et elles n’étaient pas humain·e·s, en particulier comme s’ils et elles étaient des « animaux » ou des « automates ». La déshumanisation semble empêcher l’identification et l’empathie avec une cible, et facilite l’agression (Gwinn, Judd, & Park, 2013). Par exemple, lorsqu’une personne cherche à maximiser son profit durant l’évaluation d’autrui, comme lors d’un recrutement, l’activité des régions cérébrale de la cognition sociale est réduite (Harris, Capestany, Cohen et Cornell, 2014). L’altruisme au sein d’une hiérarchie n’est donc bien souvent qu’un mythe quand elle ne sert pas à faire taire les conflits et à invisibiliser les inégalités.

Comte développe non seulement une nouvelle conception de l’humain, mais aussi une nouvelle religion : la religion de l’Humanité. Sous son influence, la société serait dominée par la volonté de servir l’humanité. Les prolétaires comme les capitalistes devraient avoir pour but d’être utile au bien du « Grand-Être », c’est-à-dire de « l’Humanité » (Dixon, 2012). Dans cette perspective, la place des femmes est édifiante. Les femmes resteraient au foyer et réguleraient les affections des hommes, pendant que ceux-ci assureraient l’unité active du foyer, en allant au travail. Il cite notamment les écrits de Clotilde de Vaux à laquelle il voue d’ailleurs une dévotion spirituelle et romantique intense : « Le véritable rôle de la femme n’est-il pas de donner à l’homme les soins et les douceurs du foyer domestique, et de recevoir de lui, en échange, tous les moyens d’existence que procure le travail » (Premat, 2008). En cela, la conception utilitariste de Comte est en désaccord avec d’autres utilitaristes plus individualistes. Ainsi, John Stuart Mill s’est plaint de la politique antilibérale de Comte à la fois dans On liberty (1859) et dans Utilitarianism (1863) (Dixon, 2012). Nous voyons donc bien ici que son utilitarisme qu’il voudrait altruiste, est une légitimation de la hiérarchie sociale sur un registre bienveillant et paternaliste. Sa notion d’unité ou d’altruisme légitime avant tout le fait de se soumettre à l’organisation sexiste, aux contraintes et aux rythmes de la production.

LE POSITIVISME EST UN CONSERVATISME

Les prises de positions politiques de Comte lors de différents évènements sont très significatives, notamment contre le club La Voix des femmes qui en 1848 agit pour l’égalité entre hommes et femmes (« Droite de vote des femmes » 2019). Avant même le premier groupe suffragiste en France, fondé en 1876 par Hubertine Auclert, ce groupe est un lieu de débat provoquant de virulentes réactions : la parole libérée des femmes menacerait le modèle de la famille. Sa présidente – Eugénie Niboyet – est caricaturée dans la presse et certaines de ses séances tournent à l’émeute (« Place des femmes en politique en France ». 2019). Comte qualifie ces aspirations féministes naissantes de « vaine égalité ». Elles risqueraient de « plonger la société dans […] l’anarchie ». Le sexisme de la hiérarchie serait une « heureuse subordination spontanée » – Comte, A. (1839-1842). Physique sociale. Cours de philosophie positive. Leçons 46 à 60. Cette subordination serait même nécessaire à l’organisation sociale. Comte se complaît donc dans un déni béat pour légitimer la hiérarchie sociale et sa brutalité. Ainsi, lorsqu’arrive, après la Révolution française de 1789 et celle de 1830, la révolution de 1848, Comte adopte une attitude similaire. Sous l’impulsion des libéraux et des républicains, une partie du peuple de Paris se soulève et la Deuxième République est alors proclamée. Mais en juin 1848, la révolution est réprimée dans le sang : 5 700 morts (« Révolution française de 1848 », 2019). Après cette Révolution, Comte insiste sur le besoin pressant d’une reconstruction politique et sociale pour assurer le bien-être commun (Pickering, 2011). En 1851 il accueille ainsi favorablement le coup d’État de Louis-Napoléon Bonaparte (Dixon, 2012). Son attitude politique est donc des plus conservatrices. Dans cette perspective, Comte développe une notion de progrès (Pickering, 2011) qui minore les multiples conflits sociaux. Dans la logique de sa loi des 3 états, les évènements historiques seraient dominés par une logique prétendument progressiste. Le progrès serait donc inéluctable. Sa conception du progrès étouffe ainsi sous un prétendu sens de l’histoire les cris des victimes du patriarcat et de la hiérarchie sociale en général. C’est une injonction au silence. Pourtant, le progrès n’est pas constant, immuable, fatal. Il peut s’arrêter et la situation peut évidemment même se dégrader. Le progrès se fait, il se prend contre toute hiérarchie.

La place que Comte donne à la science et aux scientifiques dans la société est également caractéristiques de son orientation politique. Selon Comte, lorsque la sociologie aura le même niveau de certitude que les sciences de la nature, la connaissance humaine sera unifiée. La science ne serait ainsi plus cette recherche foisonnante, mais une autorité incontestable. Les savants devraient ainsi devenir les « prêtres » d’un nouveau « Culte de l’Humanité ». Ils devraient assurer « Ordre et Progrès » à la société. Ainsi, Comte n’accumule pas des connaissances dans le but de se livrer au doute et au scepticisme. Il pense même que la critique serait préjudiciable à l’unité des sciences. Sa philosophie devrait plutôt constituer une autorité morale unifiant l’humanité (Pickering, 2011). Mais la science n’est pas une autorité. Le registre de la contrainte et de la soumission aux sciences, n’a de sens que dans une conception irréductiblement mystique ou idéaliste. Les scientifiques ne s’accordent pas arbitrairement. Ils et elles s’accordent selon la pertinence de leurs arguments et la force de leurs preuves. Une science incapable de convaincre n’en est pas une. Accepter des lois sans les comprendre n’a rien de scientifique, et lorsque nous partageons la même compréhension des choses l’autorité n’a aucune utilité (Bakounine, 1882). La hiérarchie sociale est d’ailleurs néfaste pour la recherche elle-même comme le montre l’exemple suivant : le nombre d’articles publiés est devenu la base de sélection pour les postes universitaires, pour la titularisation et les promotions. C’est également devenu le critère pour l’attribution des subventions, et cela pose problèmes (Rajasekaran, 2012). La concurrence croissante et cette culture du « publier ou périr » dans le monde universitaire entre en conflit avec l’objectivité et l’intégrité de la recherche. Il s’avère que les pressions de publication augmentent les biais scientifiques dans les environnements universitaires plus compétitifs et « productifs » (Fanelli, 2010).

Le problème politique des conceptions de Comte n’est pas son adhésion aux sciences. Un monde de mystère ne sera pas plus libre. Réhabiliter le mystère ou le subjectivisme au nom de la liberté, c’est promouvoir de nouveaux asservissements. Le problème c’est de limiter arbitrairement le questionnement scientifique. C’est d’imposer un monde de lois inexplicable ou encore, de limiter la science à une simple classification logique pour légitimer une hiérarchie sociale déshumanisante. Le problème c’est d’être conservateur et pour cela d’être un scientifique médiocre. C’est accepter la hiérarchie alors qu’elle s’oppose à la qualité des recherches. C’est faire de la science comme du maintien de l’ordre, en classifiant sans se poser plus de question : c’est faire de la pseudo-science qui n’a que la qualité d’être logique. Ce qui est assez ironique étant donné l’histoire du terme « pseudo-science » issu justement de ce positivisme prompt à tracer des frontières arbitraires.

CONCLUSION

Comte s’oppose au matérialisme et développe une conception des sciences unies par leur utilité sociale. En définitive, il met la science au service de la hiérarchie. De même pour sa conception de l’esthétique qui est des plus complaisantes. Il oppose aux affres de l’autorité un simple altruisme qui n’est qu’une reformulation de la morale paternaliste du christianisme. Le positivisme affirme, à raison, le bien-fondé de la science et de son potentiel égalitaire et progressiste. Mais la philosophie de Comte est autoritaire. Ses philosophes dispenseraient les bonnes paroles à un peuple serviable, servile. Il veut la science sans la lutte contre l’autorité qui l’anime. Sa stratégie politique atteint pour finir des sommets détestables : Comte concevant les idées et la science comme « le » moteur du changement historique (Pickering, 2011), il espérait concilier droite et gauche politique autour du positivisme et opéra alors un tournant conservateur (« Auguste Comte », 2019). Tout cela n’est qu’inconséquence.

Dans tous les courants politiques, certain·e·s se réclament de la science. C’est bien souvent pour éblouir et user d’autorité. Ce sont des charlatans. Mais d’autres rejettent la science car elle serait responsable de nombres d’horreurs. Celleux-là se gardent bien de dénoncer toute autorité. Et si jamais iels le font, c’est pour la remplacer bien sûr. La hiérarchie est la cause de nombre de nos malheurs. Pour y mettre fin, abolissons-la. Une science qui tolère les tourments infligés par la hiérarchie sociale est une science inconséquente. Une science matérialiste est anarchiste, oui ! Les faits sont clairs et explicites. La hiérarchie est un désastre (Sidanius & Pratto, 1999 ; Sapolsky, 2004 ; Sapolsky, 2005 ; Scholes et. al., 2018). Nous en crevons tous, humain, non humain, comme écosystème (« Rapport du GIEC : Réchauffement climatique de 1,5 °C », 2019). La révolution n’est pas inéluctable, elle est à faire : le seul avenir vivable pour l’humanité est l’abolition de tout ce qui nous hiérarchise. Une société égalitaire, anarchiste et écologique, est possible en défaisant tout ce qui nous détruit. Répéter simplement les conclusions des rapports scientifiques est inconséquent, suicidaire. L’Anarchie ou rien.

Guillaume Deloison – 2022

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PHILOSOPHER – HUME


« Tout raisonnement probable n’est rien d’autre qu’une espèce de sensation. Ce n’est pas seulement en poésie et en musique que nous devons suivre notre goût et notre sentiment, c’est également en philosophie. Lorsque je suis convaincu d’un principe, ce n’est qu’une idée qui me frappe plus fortement » – Hume, D. (1739-1740). Traité sur la nature humaine. 1. 3. 8.

David Hume naît le 7 mai 1711 et meurt le 25 août 1776. Il est issu d’une famille de la petite noblesse de la région des Borders en Écosse. Philosophe, économiste et historien, il est considéré comme un des penseurs les plus importants des Lumières écossaises (avec Adam Smith et Thomas Reid). Il est également considéré comme un des plus grands parmi les philosophes et écrivain·e·s de langue anglaise. Il fonde l’empirisme moderne (avec Locke et Berkeley). De par son scepticisme, c’est un des plus radicaux. Il s’oppose tout particulièrement à Descartes et aux philosophies considérant l’esprit humain d’un point de vue théologique ou métaphysique. Il ouvre ainsi la voie à l’application de la méthode expérimentale pour comprendre les phénomènes mentaux. Hume a une influence profonde sur Kant, sur la philosophie analytique du début du 20e siècle et sur la phénoménologie. Longtemps, il n’a cependant été retenu de sa pensée qu’un simple scepticisme destructeur (« David Hume », 2019).

Comme nous le verrons, Hume a contribué à l’essor de nouvelles connaissances ainsi qu’au développement de la méthode scientifique. Mais il est loin d’être exempt de critique. Sa philosophie n’est que peu subversive et ses failles servent les dominants. Critiquer Hume c’est s’attaquer à un courant de pensée très fécond : l’empirisme. En séparant perception et réalité, l’empirisme tend vers un certain dualisme ainsi qu’un idéalisme lorsque les perceptions et les idées qui en découle sont privilégiées sur la réalité. Ces conceptions en accord avec la culture religieuse de l’époque rejettent en effet la notion de nature ou de réalité pour se limiter à ce qu’on en perçoit, ce qui a de lourdes conséquences sur sa philosophie. Hume se contente de formaliser les régularités des phénomènes sans jamais pouvoir en expliquer les causes réelles. Ses conceptions conservatrices de l’esthétique en sont un bon exemple. Elles ne font que légitimer les normes de son époque sans réellement expliquer ce qui fait le beau. De même, son utilitarisme moral légitime avant tout le développement de l’économie en se désintéressant de la réalité douloureuse et inégalitaire. Hume légitime par exemple la colonisation de l’Écosse. Pour civiliser les Écossai·se·s en évitant le chaos social d’un conflit ouvert, il propose aux autorités britanniques de pousser les chef·fe·s de clans à privilégier les rapports économiques sur les rapports de clan. Il légitime l’État, la propriété et le système judiciaire parce que ce sont des choses très utiles pour les dominant·e·s alors que nous ferions mieux de nous en passer. Critiquons radicalement Hume et son empirisme. Contre toute vision dominatrice et mutilante, affirmons ce qu’est réellement le monde.

L’EMPIRISME CONTRE LA MATIÈRE

Au 18e siècle, un ensemble d’intellectuel·le·s que l’on appelle les Lumières veulent promouvoir les connaissances pour dépasser l’obscurantisme des institutions religieuses. Parmi les Lumières, les Écossai·se·s comme Hume sont en nombre. Iels influencent des auteur·ice·s dans toute l’Europe notamment via une série de clubs qui se développent en Écosse. Le premier apparaît à Édimbourg vers 1710. De nombreux sujets y sont discutés : politique, science, philosophie. Ces clubs contribuent ainsi fortement à la vie intellectuelle du pays (« Lumières écossaises », 2019). Newton y a une forte influence. En 1687, il décrit, après une série d’expérience, la loi universelle de la gravitation et pose ainsi les bases de la mécanique classique : les mêmes lois naturelles gouvernent le mouvement des objets terrestres et célestes. En concurrence avec les avancées de Leibniz, il crée le calcul infinitésimal. De plus, il développe en optique une théorie de la couleur basée sur l’observation d’un prisme décomposant la lumière blanche en un spectre visible. Ainsi, il convainc par le moyen d’expérience et fait la promotion de la méthode expérimentale (« Isaac Newton », 2019). Hume s’inspire grandement des travaux de Newton pour développer des sciences humaines qui, selon lui, devrait primer sur les sciences naturelles. Dans cette perspective, il veut repenser le traité de Newton sur la nature, toute en rejetant la notion même de nature (Schliesser & Demeter, 2020). Hume essaie ainsi d’introduire la méthode expérimentale dans la philosophie morale sans faire référence à une nature humaine (« David Hume », 2019).

Hume est empiriste. L’empirisme est un terme issu du latin « empiricus » : « expérience ». Il désigne une démarche qui s’intéresse à l’expérience avant tout à travers notre propre instrument de connaissance : l’esprit. Ainsi, un des concepts primordiaux de Hume est celui de perception. Hume définit deux sortes de perceptions : les impressions et les idées. Les impressions comporteraient « nos sensations, passions et émotions, telles qu’elles font leur première apparition dans l’âme ». Les idées, elles, seraient « les images affaiblies des impressions dans la pensée et le raisonnement ». Impressions et idées seraient ainsi les seules sources de nos connaissances. Leurs « associations » constitueraient l’intégralité de nos connaissances du monde empirique, moral et intellectuel. Hume renforce ainsi les thèses du philosophe anglais John Locke (1632-1704), qui réfute le concept « d’idées innées » de Descartes et affirme que toute connaissance est acquise par l’expérience. Locke compare la conscience à une table rase (« Tabula rasa »), c’est-à-dire à une page blanche sur laquelle viendrait s’imprimer les expériences (« David Hume », 2019). Un bon exemple de l’empirisme de Hume est son scepticisme religieux. Pour lui, l’origine de la religion serait à chercher dans l’Histoire et dans nos sensations. Nous représenter les anges « purement élevés » ne serait ainsi qu’une inversion de notre expérience de l’attraction terrestre (Menneteau, 2009). Un autre exemple de son scepticisme est son rejet de l’idée du « moi » en tant qu’âme ou substance. Il considère plutôt que l’identité personnelle se constitue à travers le vécu des individus. Dans cette conception où le monde est d’abord perçu à travers l’esprit, toute philosophie se rapporte donc à une Philosophie de l’Esprit (« David Hume », 2019).

Hume ne cherche pas à connaître la substance du monde. Il n’accorde que peu d’intérêt à l’ontologie, terme issu du grec ancien ontos « être » et logos « discours », qui désigne l’étude de ce qu’est le monde. Selon lui, le monde pourrait aussi bien être déterminé par des idées que par la matière. « Le début du mouvement dans la matière elle-même est a priori aussi concevable que sa communication par l’esprit et l’intelligence. » – Hume, D. (1779). Dialogues sur la religion naturelle. Hume s’intéresse seulement à la méthode d’élaboration des connaissances, c’est-à-dire à l’épistémologie, terme issu du grec ancien epistémê « connaissance » et logos « discours ». Mais si l’étude méthodique des phénomènes est fondamentale, parce qu’elle se limite à la perception, elle ne nous apprendrait rien sur le monde en soi. Hume décrit alors les choses par ce qu’il en perçoit : leurs changements. Les choses se comprendraient par ce qu’elles font, non par ce qu’elles sont. Dans cette conception, tout pourrait bien être fait de fromage (comme le dit Putnam cité par Kistler, 2013), cela n’aurait pas d’importance, car l’attention ne devrait se porter que sur les changements. Aujourd’hui, une partie des scientifiques qui étudie la cognition s’inspire de cette perspective. Ces derniers dissocient d’une part les processus physiologiques s’activant à la vision d’une couleur et d’autre part « l’effet que ça fait » de voir une couleur. Cet « effet » est séparé du corps qui le produit, et il est considéré comme profondément subjectif. Cette expérience subjective est nommée « qualia ». En adoptant cette conception de l’esprit, ces scientifiques se désintéressent des processus cérébraux ou les minorent. Cependant « l’effet que ça fait » ne peut être compris séparément des processus matériels. Le cerveau ne « produit » pas la pensée, il pense. Faire l’impasse sur les questions ontologiques conduit à considérer la perception comme quelque chose de distinct et de surajouté à la matière. Ce serait une sorte de dualisme qui obscurcit le raisonnement en produisant de nouveaux mystères comme celui de la connexion entre le corps et l’esprit (Drapeau Vieira Contim et Ludwig, 2013 ; Mahner, 2013). Nos sensations ne sont pas celles d’un esprit immatériel mais celles de nos corps bien réels. Pour cela nous pouvons connaître leurs mécanismes et ainsi nous comprendre nous-même et le monde qui nous entoure d’autant mieux.

En plaçant l’esprit au centre, la réflexion de Hume tend vers un certain idéalisme : les perceptions et donc les « idées » structureraient la réalité. C’est notamment la conception de son contemporain George Berkeley (1685 – 1753), philosophe et évêque anglican irlandais. Ce dernier est souvent classé dans les empiristes entre John Locke et David Hume. Il défend l’immatérialisme qui se résume par la formule « être, c’est être perçu ou percevoir ». Selon Berkeley, les individu·e·s ne connaîtraient que des sensations et les idées qui en dérivent. Les entités générales tel « la matière » ne serait qu’une abstraction. À la différence de Hume qui se désintéresse des questions ontologiques et n’affirme donc rien avec certitude à ce sujet, Berkeley affirme que le monde objectif n’existe pas (« George Berkeley », 2019). De ce point de vue, la réalité ne serait que le rêve de Dieu. De nos jours, cette conception est reprise dans un style plus contemporain : la réalité ne serait que le rêve de la machine au sein duquel nous vivons une existence virtuelle (Chazal, 2013). Curieusement, celleux qui adoptent cette conception ne se demande pas où se trouve le serveur informatique qui fait fonctionner cette réalité virtuelle… Nous pouvons aussi comparer l’empirisme de Berkeley à la philosophie solipsiste dans laquelle la réalité ne serait qu’une illusion de votre seul esprit. Là encore, parce que cette philosophie à une dimension ontologique, elle se distingue de celle de Hume. En revanche, elle a une certaine cohérence avec la philosophie de ce dernier à un niveau épistémologique : toute connaissance serait avant tout relative au sujet connaissant. Un certain relativisme a donc marqué la postérité de Hume. Dans sa philosophie, l’existence de la réalité est toujours incertaine et précaire.

L’EMPIRISME CONTRE LA RÉALITÉ

Son refus des questions ontologiques a de lourdes implications épistémologiques. La philosophie de Hume s’oppose à la conception réaliste selon laquelle la réalité existe indépendamment de ce que nous en percevons. Ainsi, Hume développe un certain anti-réalisme : nous pourrions comprendre le monde sans comprendre ce qu’il est réellement. Dans cette conception, Hume affirme que la causalité n’existerait pas réellement. Elle existerait seulement dans notre esprit. Elle ne serait qu’une croyance fondée sur l’habitude. Prenons l’exemple d’un corps en mouvement qui en percute un autre. Le premier ne causerait pas le mouvement du second : ce ne serait qu’une suite d’évènements ordonnés dans le temps. Ce ne serait qu’une simple corrélation à laquelle nous serions habitué·e·s (Sagaut, 2008-2009). Hume nous met ainsi en garde contre les généralisations abusives, comme le serait justement la notion de cause et de réalité selon lui. C’est d’ailleurs pour s’opposer à cette idée que Kant a réalisé son œuvre. Selon ce dernier, la causalité, et un certain nombre d’autres catégories, ne serait pas de simples idées subjectives mais plutôt des idées transcendantales, c’est-à-dire des idées au fondement de tout entendement. Plus récemment de nombreux auteurs et autrices se sont inspiré·e·s de Hume, notamment au sein du Cercle de Vienne (1929-1936), un groupement de savants et de philosophes qui visait à développer une conception scientifique du monde, et parmi elleux plus particulièrement Ernst Mach. Selon lui, la science organiserait rationnellement les relations entre nos sensations et le concept de réalité objective ne serait pas utile en science. Dans son ouvrage La mécanique (1871) il ajoute : « Il n’y a aucune cause ni aucun effet dans la nature […]. [Elles] n’existent que dans l’abstraction que nous effectuons afin de reproduire mentalement les faits » (« Empirisme logique », 2019).

Hume a raison de mettre en garde contre les généralisations abusives : aucune accumulation d’expérience ne suffit seul à produire de nouvelles connaissances. Et en effet, les scientifiques ne font pas qu’ordonner nos perceptions pour produire des connaissances : en plus de formuler des hypothèses et de vérifier leur correspondance avec la réalité, ils et elles utilisent des opérations logiques et des outils mathématiques qui ne sont pas à strictement parler de l’ordre de l’empirique. La racine carrée de 2 par exemple, ou d’autres concepts mathématiques encore plus abstrait comme les nombres imaginaires ne correspondent à aucune perception bien qu’ils soient utiles. Les empiristes minorent l’importance des raisonnements logiques dont sont capables nos cerveaux. D’ailleurs cette mise en garde contre les généralisations abusives peut aussi se retourner contre l’empirisme : si l’expérience ne peut produire seul des connaissances, alors aucun empiriste ne devrait se permettre de formuler de grand principe comme iels le font (Bunge 2008). Dans la même perspective, Hume nous met en garde quant à la possibilité de faire des prédictions à partir d’expérience passé : un ensemble d’expérience passé ne suffirait pas à justifier une prédiction. Cela ne ferait effectivement que projeter notre habitude passée sur le futur alors que quelque chose de nouveau pourrait advenir. Ainsi, même si nous n’avons observé que des cygnes blancs, peut être que le prochain sera noir. Hume a cependant tort d’abandonner toute tentative de justification. Si nous pouvons prédire que le Soleil se lèvera demain par exemple, ce n’est pas simplement car il l’a toujours fait précédemment. Nous pouvons le prédire car nous pouvons l’expliquer : une prédiction se justifie par une explication. Or, il se trouve qu’une explication entend décrire réellement le monde. Elle est plus ou moins vraie selon si elle correspond plus ou moins effectivement au processus réel (Bunge, 2012). Ainsi, le Soleil se lève parce que la rotation de la Terre détermine réellement ce cycle-là, jour après jour. Et il se lèvera demain que nous le percevions ou non. Tout comme la lune existe même si personne ne la regarde, comme le disait Einstein. La science, grâce à sa méthode, nous permet de penser les choses telles qu’elles sont réellement, même si ce n’est qu’imparfaitement et partiellement (Bunge, 2008).

Cette importance de la réalité dans l’élaboration de nos connaissances a notamment été explicitement défendue par Galilée. Son réalisme scientifique a été au centre de son tristement célèbre procès (1616). À la suite d’observation à la lunette astronomique, convaincue que le soleil était au centre de l’univers, il a développé un modèle mathématique bien meilleur que les autres pour décrire le mouvement des planètes. En réaction, l’inquisiteur de Galilée, le cardinal Bellarmin, a adopté le point de vue suivant : la tâche de l’astronome serait de rendre compte des apparences et non de découvrir comment les choses sont réellement. Afin que la nouvelle astronomie ne réfute pas les Écritures, l’Inquisition réclamait de Galilée qu’il déclare équivalentes les deux conceptions rivales au prétexte qu’elles étaient toutes deux compatibles avec les données. L’Église a mis fin à la controverse théologique, mais le réalisme scientifique a été justifié des années plus tard. La mécanique céleste newtonienne a justifié l’hypothèse héliocentrique : les planètes tournent réellement autour du Soleil car il est au moins mille fois plus massif (Bunge, 1993). Nos connaissances peuvent progresser et ne sont pas de simples généralisations, l’expression d’habitudes ou encore des vues de l’esprit si nous vérifions méthodiquement leurs correspondances avec la réalité. Il est alors intéressant de voir que la conception de Hume vient soutenir la conception religieuse du cardinal Bellarmin rejetant la notion de réalité. Même si pour l’époque le scepticisme de Hume à propos de la religion est progressiste, son anti-réalisme et son rejet du newtonisme sont réactionnaires (Bunge, 2016).

UN CLASSICISME EMPIRISTE

Une bonne illustration de l’épistémologie empiriste de Hume est sa conception esthétique. Il affirme que la beauté n’est pas dans les choses, mais dans les yeux des spectateur·ice·s. Il ne serait pas question de beauté en soi ou réelle : « Le plaisir et la douleur ne sont pas seulement les compagnons nécessaires de la beauté et de la laideur, ils en constituent l’essence même » – Hume, D. (1731). Traité de la nature humaine. II. Le beau serait une question de plaisir et de sensibilité de l’esprit humain. Néanmoins, l’art n’en resterait pas moins lié à des règles. Ces règles ne seraient pas issues d’une raison précédant toute expérience, au contraire elles seraient comprises par la répétition et le « raffinement des sens ». Le développement du goût serait une question d’éducation et de pratique répétée de l’art. Ainsi, le critique d’art devrait en formuler les règles, analyser les expériences pour y découvrir des régularités et rectifier ses propres règles pour tenir compte de tout ce qui plaît. Le bon goût esthétique consisterait donc en ce qui plaît dans tous les temps et dans tous les pays. Dans la perspective de Hume il est alors impossible de penser l’évolution des normes esthétiques sans référence à un bon goût abstrait et prétendument universelle. De manière cohérente avec sa conception de l’esthétique, Hume apprécie Virgile, Racine, Corneille, des auteurs du classicisme (Ruby, 2011). Les passions des héros et héroïnes de ce mouvement artistique sont souvent violentes et l’écriture des auteur·ice·s consiste à les rendre intelligibles. Le classicisme est caractérisé par des principes assez contraignants comme la règle des 3 unités au théâtre : unité de temps, de lieu et d’action. Ces règles doivent permettre la production d’œuvres de goût inspirées des modèles de l’art antique marqué par l’équilibre, la mesure et la vraisemblance (« Classicisme », 2020). Ainsi en érigeant le classicisme au rang de bon goût prétendument universel sa conception de l’esthétique apparaît avant tout comme un moyen de légitimer les normes artistiques des dominant·e·s.

Pour mettre l’accent sur l’expérience du beau à travers nos sens, notre plaisir et notre douleur, Hume rejette la notion de réalité et d’objectivité esthétique. Ce rejet est cohérent avec son empirisme mais c’est une erreur. Hume a raison de rejeter une conception absolue de la beauté existant indépendamment du spectateur et de la spectatrice, mais cela n’implique pas de rejeter la notion de réalité et d’objectivité (Boyd, 2005). Bien qu’une œuvre ne soit ni belle ni laide s’il n’existe personne pour en profiter, le spectacle est aussi réel que les spectateur·rice·s. Le beau existe réellement comme un rapport matériel impliquant différents objets et individu·e·s (Dutton, 2014). Nous pouvons ainsi analyser une œuvre non pas seulement à travers notre goût personnel, ou même collectif, mais aussi comme un objet avec des propriétés matérielles déterminantes, des qualités techniques, des effets physiologiques (Skov & Nadal, 2017) et des conséquences culturelles, économiques, sociales, politiques et même écologiques (Boyd, 2005 ; Sidanius & Pratto, 1999 ; Lorenz, 2021). L’art est une activité parmi d’autres qui ne se résume pas à quelques conventions de goût. Si l’effort esthétique consistait simplement à plaire à tout le monde, ou à quelques critiques hauts placé·e·s, les révoltes ne pourraient pas être belles. Et à l’inverse comment un éloge du fascisme pourrait-il être beau ? Même si cet éloge avait des qualités techniques et en l’occurrence littéraire, il n’y a rien de beau à légitimer la hiérarchie.

Dans une conception similaire à celle de Hume, certain·e·s auteur·ice·s contemporain analysent la culture en mettant l’accent sur la réception de certaines œuvres d’art et sur les interprétations qu’en font les spectateur·ice·s (Glevarec, Macé, & Maigret, 2011). Là encore une conception subjectiviste mène à se désintéresser des caractéristiques réelles des œuvres étudiées. Il ne s’agirait pas d’expliquer l’art mais de renseigner sur les interprétations que suscite l’œuvre. Dans cette conception, les méthodes des sciences naturelles ne pourraient d’ailleurs pas expliquer l’esthétique, car cette dernière serait au-delà de notre nature. Cela confine à une perspective dualiste dans laquelle les sciences sociales, comme celle étudiant l’art par exemple, sont séparées des sciences naturelles. Pourquoi Homo sapiens fait de l’art et certaine œuvre d’art en particulier reste alors un mystère. De même pour ce qui motive les personnes à rendre certains aspects du monde « spéciaux ». Si nous voulons réellement comprendre l’art, nous ferions pourtant mieux de l’analyser en tant qu’activité sociale parmi d’autres (Dissanayake, 2009).

UNE CHARITÉ INCONSÉQUENTE

Selon Hume, la source de la morale serait les passions. Si nous n’éprouvions pas du désir ou de l’aversion, nous n’agirions pas. Dans cette logique, la raison serait une passion moins turbulente, plus englobante, tempérée : « La moralité est donc plus proprement sentie que jugée. » – Hume, D. (1739-1740). Traité de la nature humaine. 3. 1. 2. La conception de la morale de Hume ne se base pas sur des règles préétablies, c’est une morale conséquentialiste : une action est morale quand ses conséquences sont bonnes. La notion d’utilité est alors fondamentale dans sa morale ainsi que dans son esthétique d’ailleurs (Brunet, 1965 ; « David Hume », 2019). Ce qui serait moral serait ce qui est utile à l’individu·e et à la société. Mais contrairement à d’autres utilitaristes comme Hobbes, il parle d’utilité sociale. Il insiste sur la « sympathie » et l’intérêt qu’on porte aux autres car aucune action humaine ne serait parfaitement isolée, elles entretiendraient toutes un rapport mutuel. Avec ces considérations, les utilitaristes devraient élargir leurs conceptions selon Hume. L’intérêt personnel serait pour lui un principe social. La situation donne d’ailleurs du crédit aux thèses de Hume. À l’époque le commerce anglais s’étend, non seulement en Europe, mais aussi dans le « Nouveau Monde ». Les comptoirs anglais se multiplient. À la fin du 16e siècle, la flotte anglaise comptait à peine 50 000 tonneaux. Elle en compte plus de 300 000 au milieu du 18e siècle, soit 6 fois plus. À noter que la production des matières premières et leurs débouchés sont assurés par l’accroissement rapide de l’Empire colonial. Par ailleurs, l’agriculture se développe, les procédés de cultures se perfectionnent, les activités marchandes se multiplient. Leurs impacts sociaux sont déterminants. Se développe alors un domaine d’étude indépendant : l’économie politique. En 1776, Adam Smith publie Richesse des nations, œuvre classique du genre. Nous pouvons justement y retrouver de nombreuses notes de Hume, son proche ami (Schatz, 1902).

Hume a raison de mettre l’accent sur l’importance des émotions dans notre morale. Elle est bien trop souvent conçue comme quelque chose d’avant tout rationnelle. Mais comme nous allons le voir, là encore il a tort de rejeter toute référence à la réalité : en effet selon Hume, les économistes et les politicien·ne·s n’auraient pas à se préoccuper du monde réel et du fondement des institutions, cela serait inconnaissable. S’iels ne s’occupaient que de ce qui est utile, leur tâche serait remplie (Schatz, 1902). Dans cette conception, l’économie apparaît comme un phénomène suffisant pour percevoir et comprendre le fonctionnement de la société. L’important, ce serait que ça tourne ! Pour les dualistes, les données économiques seraient suffisantes pour gouverner la société. Dans une sorte d’idéalisme, elle serait même plus que ça : tous ce qui ne serait pas pris en compte par l’économie n’existerait pas ou serait d’importance mineure. La réalité de tout travail, sa violence et son autorité seraient négligeables. D’ailleurs, placé·e·s dans une situation de dilemme moral, les individu·e·s adhérant à une morale utilitariste se distingue par une moindre aversion pour l’atteinte à autrui. C’est-à-dire que si tuer une personne pouvait en sauver d’autres plus estimé·e·s, alors ils et elles le feront plus facilement (Bandura, 1999). Nous pouvons aisément imaginer qu’exploiter les autres est un mal négligeable pour les utilitaristes. Hume légitime donc avant tout le développement de l’économie, et son insistance sur la sympathie ne change pas grand-chose.

Les rapports de productions sont douloureux et hiérarchiques, et l’économie est surtout un moyen de hiérarchisation sociale. C’est parce que tous ces chiffres dans les comptes en banques sont utilisés pour nous hiérarchiser qu’ils sont utiles pour les dominant·e·s. La monnaie et le mythe de sa valeur est surtout utile pour légitimer la hiérarchisation que l’économie institue. Cette réalité est négligée par les économistes. De même lorsque Hume parle de charité comme d’un devoir moral pour les plus riches, c’est avant tout à des fins de pacification sociale. Il adopte une posture faussement sympathique qui permet de ne pas s’interroger sur les causes de la guerre sociale et des inégalités : la hiérarchie. Quand la charité complaît les dominant·e·s dans leur rôle, elle n’a plus rien de moral. Au contraire, parce que la hiérarchie peut avoir une incidence considérable sur la santé des personnes, notamment en ce qui concerne les maladies liées au stress (Sapolsky, 2004), un acte réellement moral est égalitariste.

UN CONSERVATISME SYMPATHIQUE

Après la Bataille de Culloden (1746), bataille décisive dans la colonisation de l’Écosse, les autorités britanniques veulent supprimer la culture écossaise traditionnelle. Le port du tartan ou jouer de la cornemuse est interdit. Les chef·fe·s de clan sont poussé·e·s à se considérer propriétaires des terres qu’iels contrôlent. Ces terres étaient pourtant des biens communs. Iels transforment alors les terres en pâtures à moutons, plus rentables. Les habitant·e·s dépossédé·e·s sont ainsi forcé·e·s à l’exil. Certain·e·s habitant·e·s sont recrutés pour servir dans l’Empire britannique, d’autres émigrent au nord de l’Amérique et d’autres encore sont embauché·e·s dans les premières usines. C’est le début de la révolution industrielle écossaise (« Histoire de l’Écosse », 2019). Pour Hume, l’esprit de clan porte tous les signes d’une étape antérieure de la société qui agirait comme l’ennemi d’une grande société commerciale. Plutôt qu’une transformation ouvertement conflictuelle, Hume suggère alors une transformation économique. Là encore, un parallèle avec Newton est présent : comme la force gravitationnelle pour les planètes Hume conçoit l’argent comme une force active pour changer les sociétés. Son raisonnement est le suivant : parce que le sentiment familial ne serait pas inné et qu’il n’existerait qu’en raison de nos interactions répétées, si l’objet auquel nous sommes lié·e·s changeait, alors notre sentiment d’amour changerait aussi. Il faudrait alors selon Hume prévoir une stratégie économique qui lierait les futures augmentations de la productivité agricole des clans écossais à une politique qui fournirait, au-delà de la subsistance, des produits de base lucratifs. Il faudrait les faire adhérer et aimer cette grande société commerciale dont Hume soutient le développement. Son attitude vis-à-vis de l’Annexing Act (un ensemble de mesure concernant l’annexion de l’Écosse) au-delà du clivage monarchique contre républicain de l’époque, vise donc avant tout à limiter les guerres civiles et révolutions (Caffentzis, 2005). Il ne fait ainsi que légitimer la domination des autorités britanniques en pensant faire pour le mieux.

Pour Hume, l’État est un mal nécessaire. Il serait utile dans l’histoire de la société. Ce recours à la notion d’Histoire lui permet de justifier l’existence de l’État, sans se référer à des notions qu’il rejette comme la nature. Il en critique d’ailleurs l’usage par d’autres économistes, les physiocrates. Ainsi, la liberté humaine ne serait pas un principe de droit naturel. Ce ne serait pas un principe intangible et sacré. L’État garantirait simplement la bonne conciliation de la liberté avec l’utilité sociale, cela non par promesse ni par contrat, mais par convention (Schatz, 1902). Lorsque Hume légitime l’État comme garant historique du fonctionnement de la société, il légitime en réalité le développement des États-nations dans la violence et la contrainte (Kropotkine, 1906 ; Sidanius & Pratto, 1999). Hume adopte également un raisonnement similaire en ce qui concerne la propriété. Elle ne serait pas naturelle mais serait simplement utile pour stabiliser les relations humaines. Elle permettrait aux êtres humains de s’assurer de leurs biens. La division du travail étant alors possible, plus de biens, et de meilleure qualité, seraient produits. La population prospérant, l’État prospérerait aussi. Cette prospérité rendrait alors meilleurs les êtres humains, elle affinerait leur morale (Schatz, 1902). Mais la propriété est surtout utile pour instituer la hiérarchie, pour favoriser l’accès des dominant·e·s aux ressources et restreindre celui des dominé·e·s.

Hume s’oppose en revanche à l’esclavage : la liberté serait la source de la prospérité. Vivre au milieu « de la flatterie, de la soumission, [et] de l’avilissement », serait avilissant pour soi-même. Les rapports de maître·sse à esclave devraient donc être libres. Il faudrait servir librement. Il affirme d’ailleurs la fécondité de l’activité libre et des mécanismes sociaux harmonieux (Schatz, 1902). L’utilité sociale consisterait donc au concours libre de chacun·e dans un monde hiérarchique. Mais que signifie « agir librement » lorsqu’on ne l’est pas ? « Servir librement un·e maître·sse » n’est qu’une affirmation autoritaire fournissant une illusion de liberté rassurante. Il est souvent plus efficace de pousser les gens à se soumettre de leur propre volonté car les pratiques ouvertement autoritaires sont source de tensions, voire de conflits, et conduisent souvent à des surenchères (Joule & Beauvois, 2010). Cependant, une soumission librement consentie n’en est pas moins une soumission avec son cortège d’horreur. Le salariat n’est pas la liberté.

Par ailleurs, Hume affirme que la justice n’aurait aucune utilité dans une société d’abondance. La justice ne serait pas un instinct de l’être humain : ce ne serait qu’une production artificielle, culturelle. La justice ne servirait qu’à maintenir un certain statu-quo (Schatz, 1902). Cependant de nombreuses espèces non humaines très coopératives, semblent guidées par un ensemble d’attentes concernant le résultat de la coopération et la répartition des ressources. Le singe capucin brun (Cebus apella) par exemple, réagit négativement à la distribution inégale des récompenses dans les échanges avec un expérimentateur humain. Les singes refusaient de participer aux exercices s’ils voyaient un congénère obtenir une récompense plus attrayante pour un effort égal, et ce d’autant plus si le partenaire recevait une telle récompense sans aucun effort. Cela soutien la thèse d’une origine évolutive précoce et partagée de l’aversion pour l’iniquité (Brosnan & De Waal, 2003). La justice n’est donc pas une pure construction artificielle. En revanche il est vrai que comme l’État et la propriété, le système judiciaire sert avant tout à maintenir le statu-quo, c’est-à-dire à maintenir la hiérarchie sociale et à punir les pauvres (Sidanius & Pratto, 1999). Toutes ces choses sont très utiles pour les dominant·e·s, mais nous ferions mieux de nous en passer.

Il est impossible de porter une critique radicale en adoptant la perspective économique de Hume. Ce n’est pas simplement qu’il privilégie une approche quantitative insuffisante pour comprendre le monde ; d’autres économistes se croyant plus critique ont aussi pour objet d’étude les désirs et privilégient une approche qualitative (Cléro, 2002). Le problème n’est pas de privilégier les aspects quantitatifs ou qualitatifs de nos activités. Le problème c’est que les économistes se contentent de formaliser leur perception du monde, cela quand iels ne sombrent pas dans le dualisme ou même l’idéalisme (Marx, & Engels, 1846). Le problème c’est de ne pas réellement éclairer les processus douloureux qui maintiennent la hiérarchie et ainsi de ne pas briser les mythes qui la légitime.

CONCLUSION

Hume a marqué la philosophie. Il a contribué à l’essor des sciences. Mais Il a aussi actualisé des conceptions religieuses pouvant s’accorder avec les jeunes conceptions scientifiques de l’époque. Parce qu’il minore ou rejette la notion de réel, son empirisme se confine à des perspectives dualistes et idéalistes qui n’explique pas vraiment les choses. Ainsi il réduit l’art à ce qui plaît à tout le monde ou à quelques critiques hauts placés connaissant les conventions de goût mais sans réellement expliquer ce qui fait le beau. Ses préférences pour le classicisme expriment ainsi des conceptions esthétiques légitimant le bon goût de l’époque et son statu quo. D’autres part, sa notion de charité légitime la hiérarchie qui reste pour lui un mal nécessaire. Hume prône volontiers la liberté, mais en défendant entre autres la propriété, il affirme une conception autoritaire et conservatrice (Schatz, 1902).

Aujourd’hui encore, les libéraux pensent que le travail est une liberté. Celleux qui acceptent cela ne sont que des autoritaires qui s’ignorent. Parler de liberté ou d’égalité sans critiquer la hiérarchie, est une bouffonnerie. Penser que toute activité s’évalue en termes économiques n’est qu’un des mythes qui légitiment le statu quo. Les dominé·e·s peuvent bien faire les efforts qu’iels veulent, leur temps et leur vie sont négligés. Les dominant·e·s négligent tout ce qui les entoure. Alors, afin d’avoir une appréhension réaliste du monde, l’écologie doit faire la critique de l’économie. Et nous devons en prendre acte. L’important c’est que ça ne tourne plus ! La dégradation due aux activités humaines a un impact négatif sur le bien-être d’au moins 3,2 milliards de personnes et a poussé la planète dans une sixième extinction de masse des espèces. Environ 41 % des amphibiens et plus d’un quart des mammifères sont menacés d’extinction à court-terme. Les populations de poissons, oiseaux, mammifères, amphibiens et reptiles ont diminué de 60 % depuis 1970. 90 % des grands mammifères marins ont déjà disparu. Sans parler des insectes ou encore des plantes… Le capitalisme extermine 26 000 espèces par an (Campagne, 2017 ; CDP Report, 2017 ; Scholes et. al., 2018). Ces espèces ne reviendront pas. Notre écosystème n’est pas remplaçable. Il n’est pas à notre disposition. Ce n’est pas une simple ressource. Nous pouvons et nous devons stopper ce massacre. Abolissons la hiérarchie.

Guillaume Deloison – 2021

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+Plus :

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PHILOSOPHER – VOLTAIRE


« L’esprit d’une nation réside toujours dans le petit nombre, qui fait travailler le grand, est nourri par lui, et le gouverne. Certainement cet esprit de la nation chinoise est le plus ancien monument de la raison qui soit sur la terre » – Voltaire. (1756). Essai sur les mœurs et l’esprit des nations

François-Marie Arouet, dit Voltaire, naît le 21 novembre 1694 à Paris. Il meurt dans la même ville le 30 mai 1778 à 83 ans. C’est un écrivain et philosophe français. Représentant le plus connu de la philosophie des Lumières, anglomane, Voltaire est féru d’arts et de sciences. Il est en faveur d’une monarchie libérale, éclairée par les philosophes. Son œuvre littéraire est riche et variée. Par sa production théâtrale importante, ses longs poèmes épiques, telle La Henriade, et ses œuvres historiques, il est l’un des écrivains français les plus célèbres du 18e siècle (« Voltaire », 2019).

Voltaire n’est qu’une sale merde. C’est facile de jouer les rebelles quand on n’est qu’un bouffon de grande renommée. Je le hais car il fait de la liberté et de la raison des inepties mutilantes. Attaquons radicalement ses conceptions d’une rageante actualité. C’est l’autorité sous un masque hypocrite. Lire la suite

FRAGMENTS ANARCHISTES


6 Fragments classiques de l’anarchie pour saisir le potentiel théorique de ce mouvement qui fait de la lutte contre toute coercition, contre toute autorité son fondement. J’ai réalisé cette vidéo dans le but de mettre au centre des réflexions la catégorie de l’autorité qui n’est à mon sens pas assez thématisée. C’est une invitation a continuer cette approche théorique et découvrir ses spécificités et sa force.

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PHILOSOPHER – FOUCAULT


« Je ne peux m’empêcher de penser à une critique qui ne chercherait pas à juger, mais à faire exister une œuvre, un livre, une phrase, une idée ; elle allumerait des feux, regarderait l’herbe pousser, écouterait le vent et saisirait l’écume au vol pour l’éparpiller. Elle multiplierait non les jugements, mais les signes d’existence ; elle les appellerait, les tirerait de leur sommeil. Elle les inventerait parfois ? Tant mieux, tant mieux. La critique par sentence m’endort ; j’aimerais une critique par scintillements imaginatifs. Elle ne serait pas souveraine ni vêtue de rouge. Elle porterait l’éclair des orages possibles. » – Michel Foucault

Paul-Michel (dit Michel) Foucault est un philosophe français né le 15 octobre 1926 à Poitiers et mort le 25 juin 1984 à Paris. Il est généralement connu pour ses critiques des institutions sociales, principalement celles de la psychiatrie, de la médecine et du système carcéral. Mais aussi pour ses développements sur l’histoire de la sexualité, et ses théories concernant le pouvoir et les relations complexes entre pouvoir et connaissance. Associé aux débuts du Centre universitaire expérimental de Vincennes, il est ensuite, de 1970 à 1984, titulaire d’une chaire au Collège de France qu’il intitule « Histoire des systèmes de pensée ». Militant politique dans les années 1970, il participe aux premiers mouvements de soutien aux travailleurs immigrés et fonde le Groupe d’information sur les prisons pour donner la parole aux prisonniers sur leurs conditions de vie. D’abord associé au structuralisme, Foucault est aujourd’hui rattachée au post-structuralisme et à la philosophie postmoderne. Figure phare de la French theory, son travail reste relativement fécond dans le monde académique notamment anglo-saxon, par-delà les spécialisations disciplinaires. The Times Higher Education Guide le décrit en 2009 comme l’auteur en sciences humaines le plus cité au monde.

Ses développements théoriques m’ont souvent laissé de marbre. Mais certains éléments factuels, et certain thèmes ont retenu mon attention. Ils ont nourri ma réflexion comme ils ont nourri de nombreux mouvements de lutte. Mais ces conceptions ne me suffisent pas, sa critique du pouvoir n’en a que la posture. Elle peut nous plonger dans un marasme autoritaire dont il serait impossible de sortir. Aiguisons notre regard dans ce brouillard. Lire la suite

FORME ET GRIBOUILLI


N’ayant aucunes compétences en dessin, tout au plus quelques notions qui me viennent de différentes expériences au long de ma vie, et vivant à une époque ou des artistes ne voulant rien dire sont tout a fait reconnu comme de grands peintres abstrait, je me suis lancé dans l’expérience esthétique.

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CHRONIQUES DES MONDES PROBABLES


CHRONIQUES DES MONDES PROBABLES

 

Cette œuvre littéraire se présente comme un voyage interplanétaires, à la rencontre de formes de vie que l’imaginaire déploie sur les reliefs.
Plusieurs passages des fiches Wikipédia sur les planètes du système solaire sont directement insérés dans le récit. Ces informations servent de base et de contraintes créatrices pour imaginer des plantes, des insectes et des animaux uniques.

Télécharger le PDF (gratuit):
CHRONIQUES DES MONDES PROBABLES

Vous pouvez aussi vous procurer le livre papier au prix coutant:
https://www.blurb.fr/b/9532021-chroniques-des-mondes-probables

 

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A BAS LES RESTAURANTS


 
« Y’en a marre ! Ce sera le dernier client chiant. Le dernier connard de gérant. La dernière engueulade avec un collègue. Le dernier plat puant de moules. La dernière fois que tu te brûles ou te coupes parce que tu es dans le speed. La dernière fois que tu te promets que tu donnes ta démission demain et que tu te retrouves à promettre la même chose, deux semaines plus tard. Un restaurant est un endroit misérable. »
 
« Notre lutte n’est pas contre le geste de couper des légumes, de laver la vaisselle, de verser de la bière ni même de servir de la nourriture à d’autres personnes. Elle est contre la façon dont tous ces actes se rassemblent dans un restaurant, séparés d’autres actes, pour faire partie de l’économie et faire croître le capital. Le point de départ et de fin de ce processus est une société de capitalistes et de personnes obligées de travailler pour eux. Nous voulons une fin à cela. Les luttes des travailleurs de restaurant visent ultimement à créer un monde sans restaurants et sans travailleurs. »
 

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Poème écologique sur la 7ème


J’ai récupéré l’audio avec le poème que beaucoup de gens trouvent un peu absurde et mystérieux. J’ai fais ce montage pour montrer à quel point il me semble clair

Guillaume Deloison

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LE TEMPS


LE TEMPS

LE TEMPS-01

« Le temps » prend toujours un S, car toujours il est divers. Pluie, vent, soleil, joie, ennui, le temps n’est jamais le même, il est toujours pluriel. Un jour, peut être, il perdra son S, lorsque ce temp abstrait, ce temp des horloges, toujours identique à lui-même, linéaire, monotone, dominera tout. Il n’y aura plus qu’un temp, celui de l’usine.

Guillaume Deloison

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Poétique du vivant par un Matérialisme Écologique


Poétique du vivant par un Matérialisme Écologique

paon multicolor wallpaper

La question est de savoir si dans l’individu, il y a quelque chose d’irréductible, d’inexplicable, un mystère infini.
Une chose d’une autre nature que cette roche, ces vagues et ce vent.

Certain l’appel la volonté, d’autres y voit la marque de dieu.
Ils voient dans cette force vive, le commencement de tout, l’unicité logique du vivant.
L’atome social.

Le mystère unifie, le savoir scissionne.
La lame de la critique sectionne, les chaines du mystère, du divin, de l’individu.
L’entaille ouvre au collectif

L’inexplicable ? C’est le nœud singulier de la complexité.
Cette lame n’est pas celle de la mort. Elle nous libère et fait de l’individuel un éclat collectif.

Des galaxies pour organes, le cosmos m’inspire plus de respect et d’amour que le mystère.

Guillaume Deloison.

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1ére réflexions sur les « Nuit Debout » Democratie, Bourse du travail et international


1ére réflexions sur les « Nuit Debout » Democratie, Bourse du travail et international

Depuis le 31 Mars, suite aux premières manifestations contre la loi travail « El Khomri », la place de la république à paris et d’autres places en France sont remplies. Ce sont les « Nuit Debout », sous le thème de la convergence des luttes. Aujourd’hui le 37 mars, elle s’étende à Bruxelles et Valence. Présent le 31, 35 et 36 je vous partage mes premières réflexions.

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21 Métaphores Philosophiques | Complet


21 Métaphores philosophiques | Complet

COMPRENDRE DES PHILOSOPHES ET DES CONCEPTS EN 1 IMAGE

 21 images de vulgarisation philosophique. Ces images nécessitent une attention active, les réponses y sont, cependant c’est aux lecteurs de s’y immerger suffisament pour en retirer toute la richesse et la profondeur des pensées issues de l’écrit.

21metaphores philosophie guillaume deloison

En PDF:

21-metaphores-philosophiques

Article de blog:

21 Métaphores Philosophiques | Partie 1

21 Métaphores Philosophiques | Partie 2

21 Métaphores Philosophiques | Partie 3

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21 Métaphores Philosophiques | Partie 3


21 Métaphores philosophiques | Partie 3

COMPRENDRE DES PHILOSOPHES ET DES CONCEPTS EN 1 IMAGE

Je suis heureux de vous présenter un de mes nouveaux projets qui se verra décliné en 3 parties pour composer un document final de 21 images de vulgarisation philosophique. Ces images nécessitent une attention active, les réponses y sont, cependant c’est aux lecteurs de s’y immerger suffisamment pour en retirer toute la richesse et la profondeur des pensées issues de l’écrit.

MÉTAPHORES PHILOSOPHIQUES guillaume deloison philosophie

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21 Métaphores philosophiques | Partie 2


21 Métaphores philosophiques | Partie 2

COMPRENDRE DES PHILOSOPHES ET DES CONCEPTS EN 1 IMAGE

Je suis heureux de vous présenter un de mes nouveaux projets qui se verra décliné en 3 parties pour composer un document final de 21 images de vulgarisation philosophique. Ces images nécessitent une attention active, les réponses y sont, cependant c’est aux lecteurs de s’y immerger suffisament pour en retirer toute la richesse et la profondeur des pensées issues de l’écrit.

MÉTAPHORES PHILOSOPHIQUES guillaume deloison

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21 Métaphores Philosophiques | Partie 1


21 Métaphores Philosophiques | Partie 1

COMPRENDRE DES PHILOSOPHES ET DES CONCEPTS EN 1 IMAGE

Je suis heureux de vous présenter un de mes nouveaux projets qui se verra décliné en 3 parties pour composer un document final de 21 images de vulgarisation philosophique. Ces images nécessitent une attention active, les réponses y sont, cependant c’est aux lecteurs de s’y immerger suffisament pour en retirer toute la richesse et la profondeur des pensées issu de l’écrit.

Métaphores Philosophiques guillaume deloison

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Nosioled’s Soundcloud


Comme vous avez pu le remarquer, la musique est quelquechose d’important pour moi, souvent présent dans mes articles, elle fait partie intégrante de mon univers de réflexion et de mon imaginaire. Je partage donc avec vous mon profil Soundcloud, sur lequel je partage mes morceaus préférés ainsi que certaines de mes premiéres créations.

Je ferais des articles spécifiques lorsque ma création musicale sera d’un niveau professionnel

 

Guillaume Deloison
Aka Nosioled

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Exercices créatifs


3 textes écrits en 7 minutes chacun.

LE MAGAZINE DE JOUET

Je suis la guerre, ou bien la course. La dînette ou l’ordinateur. Tout dépend des jours et des pages. Généralement on me feuillette, ou plutôt on me ventile, ça me donne l’impression d’avoir plein d’idée, d’être riche et différent. Mais avec le temps je me suis posé quelques questions, c’est surtout que ça me surprend, je suis quand même souvent ouvert à la même page. Lire la suite

El leér


Je vous invite à découvrir cette vidéo qui présente des concepts qui m’on inspirées pour cette article

Pour faire court, notre cerveau nous permet d’interpréter très vite énormément de choses de notre environnement. Cela grâce à des aires du cerveau qui s’occupe d’interpréter l’image perçu par les yeux. Le jeu a donc était de brouiller cette capacité par différent changements de l’image, afin de s’extraire de ces schéma.

El leér

Du pinceau du concret, il s’agit d’amener la poésie de l’abstrait.
Il faut déconstruire les motifs de nos perceptions, pour admirer des brisures du réel, les simples nuances.

Musique qui m’a accompagné:

Twin Empire - Pallid-06

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Sculpter l’intention Numéro 2


Cristalliser la subjectivité du chaos

Il s’agit de laisser le stylo glisser sur le papier, du plus librement, de la manière la plus intuitive, s’exprimer.

Il faut cristalliser l’intention, saisir le mouvement qui naît du rapport le plus intuitif au papier.

C’est l’essence même de l’esprit, l’intention, seconde après seconde, trait après trait, qui prend place et crée cette multiplicité.

Puis il est de la subjectivité de l’auteur de faire surgir l’unicité, sculpter l’intention et du chaos faire émerger l’oeuvre.

Prendre place dans le chaos, le rendre subjectif, la est le fait même d’incarner le monde, là est le plus constitutif des plis

Guillaume Deloison

Donc comme vous l’avez compris, ces « dessins » ont étaient réalisés en deux temps. D’abord la constitution d’un chaos de forme et de trait, et ensuite l’accentuation de certaine arrêtes.
Ces dessins s’accompagnent également d’une musique, celle que j’ai écoutée lors de l’exercice .

10-01

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Sculpter l’intention


Voici les premiers travaux visuels que je vous livre.

Tout comme mon élan pour la philosophie, mon envie de créer des oeuvres visuels m’est cher. J’espère donc encore une fois ne pas tomber dans des lieux communs banals et prendre plaisir à faire découvrir mes carnets gribouillés

Mes premier travaux résultent d’une réflexion, d’un concept, fortement ancré dans ma philosophie. Le texte qui suit en est la description et la formulation.

Cristalliser la subjectivité du chaos

Il s’agit de laisser le stylo glisser sur le papier, du plus librement, de la manière la plus intuitive, s’exprimer.

Il faut cristalliser l’intention, saisir le mouvement qui naît du rapport le plus intuitif au papier.

C’est l’essence même de l’esprit, l’intention, seconde après seconde, trait après trait, qui prend place et crée cette multiplicité.

Puis il est de la subjectivité de l’auteur de faire surgir l’unicité, sculpter l’intention et du chaos faire émerger l’oeuvre.

Prendre place dans le chaos, le rendre subjectif, la est le fait même d’incarner le monde, là est le plus constitutif des plis

Guillaume Deloison

Donc comme vous l’avez compris, ces « dessins » ont étaient réalisés en deux temps. D’abord la constitution d’un chaos de forme et de trait, et ensuite l’accentuation de certaine arrêtes.
Ces dessins s’accompagnent également d’une musique, celle que j’ai écoutée lors de l’exercice .

Shlohmo – Bad vibes

DSC_0154

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Discours sur le stéréotype américain


discours sur le stéréotype américain-01

Technique, progrès,
compétitivité, évolution,
de belle valeur!

Le libéralisme,
l’incarnation de l’idée de liberté
comment vous blâmer?

Être le meilleur,
un beau projet.
Pas peur de la chute,
vous vous relèverez.

Mais être le plus fort,
Qu’est-ce que c’est?
Dans les faits,
la technique.
Monopoliser, tout manger.
Détruire l’autre,
être le seul.

OK, vous l’êtes,
mais pour vous.
Cette enfant dans la cours de récré qui se moque de tout,
se sent fort, demandons aux autres élèves qui il est?

« C’est cet idiot qui nous martyrise »

Alors qui est il vraiment?
Alors réellement, plus que factuellement, matériellement, qui est le plus fort?

La liberté ça se vit à deux.
Comment parler de liberté si cette enfant est seul sur sa chaise,
sans personne à qui parler.

Guillaume Deloison

Pour infos : Je vais bientôt publier un deuxième livre. Cette fois ci, ce sera un mythe sur l’histoire de la philosophie.

Par delà l’emo’


Par dela l'émot

El langage
la pensée.

Peu porte intention
al force même

Sel mot
qui vil
écrit
tueraient cite la vie

Éprouver la forme
El sens comme unique
raison.
Dôme à Homme,
unité animé
par sel force même.
Comme unité,
quitter, la forme.
Car c’est l’Homme en puits science
Kiss it roove

El langage
la vie, la puissance
de l’homme.
Des fini pour des passé
l’instant proche, un fini.

Guillaume Deloison.

Un genre de poésie expérimental, des lettres pour pinceaux,
l’imaginaire de chaque homme pour oeuvre.

Le souffle d’une vie


le souffle d'une vie-01J’aurais pu commencer,
par 8h17 un matin de Mai.
Mais toutes ces futilités
ne font qu’agacer

Ce qui compte à la naissance,
c’est juste cette grande première.
La plus simple des prises de conscience
quand les poumons, se remplissent d’air.

Puis les muscles s’étirent,
cet enfant est en train de grandir.
Tout ce qui peut nous attendrir,
c’est le voir évoluer, rire, souffrir.

Puis le voir s’affirmer.
Rien à foutre de son adresse,
du nom de son père, sa mère, du reste.
Ce qui compte c’est cet effort.
Cette larme qui coule quand on a tort.
Cette âme qui doute, qui remet en tort.

Tous ces instants bien particuliers,
qui sont notre propriété,
ce qui nous fait, des choses privées.

A travers les autres se réinventer,
face à l’histoire, s’identifier.
Face à l’écran, le refléter.
Vivre au dedans,
ce que l’écran nous renvoie,
mais vivre comment,
quand rien ne ressemble à ce que l’on voit.

Se croire différent,
se voir comme l’enfant de l’instant,
vivre avec son temps.
Être plus qu’une donnée,
un individu isolé,
une inconnue sur leur papier.

Au fond de soi,
ressentir chaque moment.
Sans s’en rendre compte,
manquer des engagements.
Vouloir se rattraper à un rythme effréné.
Stress et contrariété pour se dépasser.
Être figé dans le passé,
oublier de se diriger,
comme si changer
n’était d’aucune nécessité pour évoluer.

J’aurais pu terminer,
Par un soir de Mai,
L’écran est en deuil,
le coeur est en recueil.
Les noms défilent et pourtant…
Tout ce qui compte c’est cet instant.
Ce souffle qui rapproche du néant.
Ce qui marque chaque moment.
Ces futilités qui nous rappellent que ce temps,
n’est que la causalité d’un espace donné.

8h17, l’heure d’un décès, mais pas seulement…

Guillaume Deloison

La causalité


la causlité-01

L’animal a fait et refait pour se créer,
pour créer l’homme et l’humanité,
la répétition des individualités.
L’homme fait et refait.
L’homme a à refaire pour se réaliser.
Pour se réaliser encore et évoluer.
Et parce-que c’est l’addition des hommes
qui fait l’humanité,
chaque homme a à se réaliser
pour que l’humanité puisse évoluer

Répétons les faits
nous y verrons des idées.
Répétons des idées,
nous y verrons le monde tel qu’il est.
Un équilibré mélange de faits et d’idées,
de rationnel et de spirituel.
Et si tu crois que répéter des idées est vain,
réfléchis à ce qui a fait de toi quelqu’un.
Quel équilibre créé le réel?

Ton identité, qu’est-ce que c’est?
Qu’est-ce qui t’a fait?
Qu’est-ce que tu fais?
N’as-tu pas l’idée du fait avant de le réaliser?
Avant de te réaliser? Faits après faits.
Le monde des idées n’est pas qu’un reflet,
c’est le monde synthétisé, équilibré.

L’homme ne s’est pas contenté,
comme l’animal, de répéter.
Il s’est compris puis maitrisé.
C’est utiliser comme un outil pour se réaliser.

Grandir c’est être marqué de faits.
Mais ce tableau, cette musique,
ces concrétisations d’idées,
ne vous ont-elles jamais formé?

Arrêter d’apprendre,
d’être marqué d’idées
c’est tout simplement arrêter d’évoluer.
Simplement s’arrêter.
Fini de vivre, de faire l’expérience du mouvement.
Voici la survie.
Voici l’homme qui subit la vie.

Faut-il alors attendre la crise,
ou l’anticiper?
Se réinventer par nécessité?

2008, la crise.
La nécessité de faire l’équilibre des infinis.
Réinventer l’humanité.
Cet instant est pour l’instant
le plus beau de l’humanité.
À l’air de la communication,
L’homme a créé le lieu de la synthèse des idées.
Concrètement, maintenant les idées ont une place: Internet.

La réunion des hommes,
un lieu où se déchire toutes les idées opposées.
Un lieu où les time-lines et les localisations
ont recréé le poids de l’équilibre de l’espace-temps
dans le monde des idées.

Cette crise est peut-être
Cette recherche qui nous permettra
de nous dépasser nous-mêmes
par une compréhension plus profonde.

Nous vivons comme à chaque époque,
un grand moment!

Guillaume Deloison.

Liberté, de générations en générations


À croire qu'elle ne vit que dans les musées

À croire qu’elle ne vit que dans les musées

Liberté,
un mot bien souvent discuté,
un mot vibrant de passion, de désir,
de raison, de révolution.
Tant ce sont battus,
à coup de rafales ou de cailloux dans les rues,
justement pour les libérer.
Pour ne plus être broyé
par les rouages d’un système
contre lequel ils se sont levés.

Être libre à en crever.
Pour la liberté se donner.
Tirer des tranchés quand l’ennemi est identifié.
Cocktail à la main
Je veux juste qu’on entende raisonner la liberté,
plutôt que de participer à des dîners mondains.

Avoir la force de tout changer,
voir que de tout temps le système s’est imposé
avec l’illusion de la liberté, quelque chose de parfaitement réglé.
Tu marches à coup de peur, d’insécurité ou d’espoir.
Bienvenu en France, j’ai l’impression que tout est noir.
Certains ferment les yeux, impossible d’y voir.
Pas de problème, la télé s’en est chargée.
Ta vision est censurée, millimétrée,
au point que même les anciens, la liberté,
Ils l’ont bradé.

Ces gens, ces combattants, ont fini par oublier.
Nous trouvent violent, pour quelques rassemblements.
Vous croyez que le combat est terminé,
que ça sert à rien de continuer.
Mais vous êtes devenu les rouages d’un système
qui n’a rien à envier à ceux qui l’ont précédé.

Voir une foule se faire lyncher.
L’entendre crier paix, amour et liberté,
à coup de matraque se faire défigurer.
Massacrons cet adolescent,
il menace le système instauré.
Je veux voir sur le bitume toutes ces dents,
ce marginal pourra remercier les anciens combattants.
C’est leur désastre, mais c’est pour nous les coups et les bilans.

La liberté a été mise de côté, ringardisé.
Se battre pour elle c’est dépassé.
« Ils connaissent pas la guerre, faut pas abuser. »
C’est vrai que le système est pas trop mal…
Ta retraite te paie presque à manger.
Mais si ça te satisfait, si c’est pour ça qu’ils se battaient.

Des milices aux services de personnes morales.
Rassemblement mondial, j’ai payé l’exclusivité,
ça me donne droit à ta liberté,
c’est moi qui décide comment t’habiller, ce que tu dois manger.
Encore une fois dans l’histoire,
la morale va nous séquestrer.

Le vice a contourné la séparation des pouvoirs,
une idéologie s’est réapproprié l’état.

Guillaume Deloison.

Il s’agit donc de « vivre »


il s'agit de vivre-01

J’ai peur de ne pas assumer
la structure de pensée que je me suis créé.

Je n’ai pas peur de mourir
j’ai peur de ne pas vivre.

Comme je le voudrais,
comme je me suis pensé.

Me voir imposer des idées dépassées
me battre pour mes idées
surement jusqu’à en crever

Je ne veux pas avoir raison,
je veux la vérité.

Mais à quoi bon?!
Tout le monde s’en fout.
On est plus fier quand on est con.

Alors pourquoi je n’arrête pas tout,
rien à foutre d’être bon!

Pour changer le monde
il faut d’abord se changer soi-même.
Évident mais faux,
rien ne change.

Et si à la première des questions
en réponse à la substance, c’était rien…

Il s’agit donc de « vivre »…

De jouer des statues,
de faire l’enculer
pour mieux entuber
à ce qui parait ça permet de gagner,
c’est ce qui est recommandé,
c’est comme ça qu’on me l’a enseigné
à coup de stupidité qu’on est sensé s’approprier.
Vivre selon
la facilité d’idées,
d’esprit non-réfléchi.

C’est le suicide de mon humanité!
Rien à foutre de l’éthique,
je passe du statut d’homme
à celui de citoyen!
Mes années de scolarité
vont finir par me payer
un beau costume cintré.
Je veux participer
à notre enfermement dans la sécurité!
Je veux être surveillé!
Je veux pas pouvoir « quoté »
Je veux un cerveau étriqué…

Ah non, pardon!
Dans notre suicide social
on a interdit l’inspiration d’idées !
Dans un monde où l’important
est de se l’approprier

Guillaume Deloison.

En haut des blocs


en haut des blocs-01

Je suis en place dans ma tour,
je dérange, ce que je fait personne n’est vraiment pour.
Mais j’ai des relations,
des mecs avec de hautes fonctions

Ça me permet de faire pas mal de billets.
C’est vrai, on me dit que je détruit ma cité,
mais comme on dit, c’est la loi du marché.

J’ai employé quelques gars,
C’est eux qui mettent les mains dans le tas.
Je leur ai acheté leur liberté
et c’est vrai que dans ce milieu on fini par bosser
à en crever.
Même celui qui me fournit
j’ai réussi à ce qu’il me doit la vie.

Ah, au faite… je ne me suis pas présenté,
Je suis PDG pour une grande marque de textile…

Guillaume Deloison.

Le voyage


le voyage-01
Voyager,
c’est bien le seul mot qui pourrait remplacer le suivant:
Vivre.

D’excès en excès,
D’expériences à d’autres,
d’invités à hôte,
d’idées en idées,
de plaisir à souffrir
de sourires en sourires
Pour découvrir, s’enrichir
Pour rien, pour en rire,
Pour s’enivrer
pour s’enfermer et se libérer.
Pour être en vie,
par envie.
Parfois même par dépit.
Par simplicité,
pour profiter comme pour le voyage, ,
à vivre pour lui même et non pour la destination.

Je t’enfume naturellement


je t'enfle naturellement-01

 

Petite chemise ceintrèe,
cheveux bien coiffés
archétype de cette parfaite société.

Le sourire aiguisé
pour mieux t’enfler.
Ce mec passe à la télé,
fait des discours bien structurés
pour t’expliquer comment évoluer.
Se mouvoir dans cette société
ou tu est tantôt utopiste
délinquant, rêveur, ou hors de piste.

Formaté, comme lui tu ne doit
avoir rien à te reprocher.
T’inquiète pas les crimes d’éthique
ne te seront pas rapportés
si tu leur ramène quelques billets.

Pas compliqué d’être exemplaire
quand un sourire suffit pour plaire.

Hypocrite, cette société n’a pas d’éthique
préfère s’enfermer de sens pour rester statique.

Malheureusement la folie actuel est,
il parait naturelle.

Guillaume Deloison.

 

Penser progrès


Quand par respect
tout le monde s’est mis à penser,
la bêtise en particulier.

Quand l’intolérance,
le fanatisme et l’extrémisme
réclame la tolérance.

Quand les généralités,
l’inception d’idée,
est devenu la vérité

C’est là que le progrès,
se doit de continuer de penser.
Sapere aude
La réelle confrontation des intuitions.
Savoir dire NON!

Guillaume Deloison.

L’humanité, individuellement dépossédé d’elle même.


Comme le philosophe disait
Ne crois pas que tu fais,
tu es fait.

Mais de quoi? De qui, par qui?
Des pensées d’autrui ou d’absurdités collectives.
Se complaire dans de communes idioties.

Cet adage doit il suffir
à faire de chacun une victime.
« je ne suis rien, je déprime »
Pas même moi même,
à déculpabiliser l’on s’est dépossédé

« Outil je te condamne! »
Non coupable l’homme n’a rien fait.
Certains disent…
Il est fait.

A croire que dans ce monde construit par l’homme, c’est le monde le problème.

Guillaume Deloison.

Assassinat pré-supposé


Il est 20h, j’ouvre les yeux, le bruit de la télé m’a réveiller. A l’écran j’y vois la dizaine de candidat pour les élèctions. Tous ridicule comparé au président que la France a eu le plaisir d’avoir tout au long de ses années. 83 ans demain, alors des présidents j’en est vue, même qu’avec d’autres cultivateur on s’était mobilisé quelquefois quand j’était plus jeune, pour lui dire ce qu’on pensée. Mais aujourd’hui…. PFFF. Le président y nous laisserez crever. Avec tout ces fous dehors… on est plus en sécurité de nos jours…
Justement, qu’est-ce que disais… Il annonce encore un crime à Marseille. Ça m’étonne même pas tiens! Marseille… il y a tellement d’arabe et de noir la bas…
J’entend ma femme dans la cuisine, elle m’appel.
C’est l’heure de manger.

Ta vue chérie, encore un mort à Marseille.
Ah je peux te dire que si j’était flic moi, je te ferais du ménage la bas!

C’est moi ce mec qu’est sensé faire le ménage. Je suis flic depuis quelques années, je suis nouveau dans cette banlieue mais j’en est eu des échos, pas que du bon d’ailleurs.
A ce qu’y parait des jeunes con on abattu un collègue pendant une émeute. Des petits branleurs! Il vont même plus à l’école je suis sur…
Ah si je les tenais! Si je pouvait les avoir en face de moi!

Non mais c’est vrai quoi! C’est le travail de la police a ce que je sache! Mais faut dire aussi, on leur donne pas les moyens. Faut faire des économies qu’ils disent!
Pourtant elle est bien contente la petite dame de pouvoir rentrer chez elle le soir en voiture, sans avoir trop peur de se la faire cassez.
Elle me dit de la fermer.

Celle qui a peur de se faire cassez sa voiture c’est moi, je rentre du travail, une sale journée! Ah si je pouvais lui dire ce que je pense à cette conne de Marie qui se croie supérieur. Mentalité de patron!
Tiens regarde le lui justement avec sa grosse BM!

Il est 7h, je me léve.
Je m’habille et me dirige vers la cuisine. Je repense à l’engueulade avec ma femme hier…
Elle me reproche de faire des généralités.
Je me suis levée et j’ouvre la porte du garage.
Elle me dit que je regarde trop la télé, que je suis lobotomisés.
J’ai prit ma voiture et là je me suis garé.
Elle me di que je suis un produit du JT, que j’ai oublier de penser, de critiquer.

Je le souhaitai, eh voila ! Nez à  nez avec un de ces gamins . Je l’ai trouvé dans une rue un peu plus loin de l’émeute. Je lui est dit que si y bougeait, je le butais. Yeux dans les yeux, on attend, je l’ai au bout de mon arme!

Putain ce con avec sa BM il va me rentrer dedans! Il croit qu’il va me passer devant !? Monsieur il se croit tout permit!?

Je suis sorti de ma voiture, j’ai ouvert la porte, « bonjour », prit les papiers, puis je me suis isolé.

Je le sentais, il voulait s’échapper. D’un geste brusque il s’est mit à courir.

Il était à deux doigt de me toucher mais je voulais pas le laisser passer !
J’ai accéléré…

Á voté.

J’ai tiré.

Collision, je l’ai tué…

J’ai choisi de ne pas relater les pensées des victimes, ça ne vous empêchera pas de vous faire une idée de qui ils étaient. Les personnages, eux, ne ce sont pas gêné.
Ce qu’il faut savoir c’est que les victimes, elles, n’était pas des personnages  des caricatures faites de généralité, dépourvu d’une quelconque nuance d’individualité .

Guillaume Deloison

Une seule peur


Je n’ai q’u’une peur
c’est faire l’erreur
de m’enfermer dans mes idées.
Arrêter de penser,
fini d’évoluer.
croire que ce monde est figé.
Ne plus savoir écouter,
imposer mes pensées.
Ne plus m’émerveiller,
chaque jour recommencer,
ce dessin faussement parfait.

Comme si l’avenir, je m’en défaisais.
Laisser le changement responsable de lui-même,
le voir coupable d’une destruction de soi même.
Alors que c’est en cette chose immuable
que l’homme a pu s’élever, s’édifier.
Grandir, se construire.

Je n’ai qu’une peur.
Voir le changement comme une terreur,
comme extérieur.

Guillaume Deloison.

Incandescence illicite



La pierre crépite, le gaz s’enflamme,
j’approche mes lèvres, serein,
et dans ce geste anodin j’entends le blâme.

Je croise des regards pleins de préjugés, accusateur.
Je suis coupable de mettre en danger, et alors?
Il m’accuse à tort de tous les maux
d’une société, une bière à la main…

« Cette substance est dangereuse »
Même si cela reste à prouver,
tant d’arguments sont opposés,
moi tout ce que je vois c’est
qu’interdit depuis seulement 40 ans
à cause de banals accidents,
cela fait de moi un délinquant.

Ne faudrait il pas savoir si l’objet à blâmer
n’est pas vraiment le produit mais ce qu’on en fait?
Faut il se garder de tout danger?
S’enfermer dans la sécurité? liberté surveillée.

Ne suis-je pas assez grand?
« Certains tombent dedans! »
Doit on faire de cas particuliers une généralité…

Silence… derrière moi j’entends « Monsieur, vos papiers »

Guillaume Deloison.

L’éducation comme initiation à la réflexion.


“Pourquoi?”
Humblement j’y réponds ce que je crois.
Nuancé, je lui donne les outils pour s’interroger.
Il fallut moins de 24h pour que les parents m’aient blâmé.

L’éducation, beaucoup pensent que c’est des notions,
une vision, un savoir à faire passer.
Mais plus proche de la lobotomie,
cette conception n’a pas compris
que penser, c’est d’abord avoir son autonomie.

Sous tutelle mentale, les parents se placent en tant que béquille.
Ils n’aident pas, ils enferment.
Plus besoin de penser, oublier la nécessité,
C’est déjà fait.

Face aux pourquoi d’un enfant, cette force de réflexion,
que faire?
Lui apprendre à faire l’effort de peut être se tromper,
ou bien tronquer sa pensée,
lui imposer la “vérité”.

Guillaume Deloison.

Et si j’écrivais ce que je vis?


Et si j’écrivais ce que je vis?

J’ai 19 ans, vie d’étudiant, la philo me passionne,
je doute pense et raisonne.

Je dois vivre dans le sens d’un monde
qui pour moi n’en a aucun.

La vie me parait courte j’ai déjà
l’impression d’en voir la fin.

Curieux, je voudrais me passionner de tous
mais le temps impose des choix, bien assez.

Le néant de mes conventions dérange, trouble.
On me dit non j’y réponds pourquoi?

Riche de paradoxes, je n’y vois que des idées complémentaires.

J’ai raisonné mon cœur, éduqué pour une vision du monde voulu
objective, absolu que je construisais.

J’ai voulu faire la synthèse, de 0, j’ai fais abstraction de tout
afin de déconstruire pour construire.

Oublié la géographie des idées ou leurs provenances
pour me pencher seulement sur l’essence
Citoyen du monde, j’ai comme l’impression d’incarner tous ses contresens.
Sans prétention, je ne suis qu’un homme égal à tout autre.

Mesuré l’histoire m’a appris combien les idées
Peuvent tuer, enfermer, torturer.
Religion, société, des codes dont j’ai voulu m’épargner
Car futiles et dénués de vérité
mais qui m’agressent jusque dans ma vie privée.

Je vis dans un monde de sens qui
pour moi n’en a aucun

Guillaume Deloison.

Ces fours …


Ces fours …

J’allume le four, enfin…
Pas tout à fait…
J’ai reçu un ordre et je le fait passer.

Tout les soirs j’y pense,
quel malheur de ne plus être vivant
de n’être qu’un moyen
et non une fin.
Plus proche de la fonction que de la réalisation.
De ne plus vivre si ce n’est qu’au travers des autres et de leur volonté.

Je ne vis plus,
Tel un fantôme, mes pensées n’ont aucune portée.
Chaque jour j’obéis
à mon supérieur qui lui vit.
Il est odieux, répugnant, intolérant mais lui reste vivant
Ses actes prolongent ses pensées, il ose l’infamie.

Le telephone sonne, des ordres, je m’exécute je n’ai pas le choix…
Et pour ne pas entendre ces cris de souffrance, de torture, l’Homme que je suis s’enfuit,
vis dans ses pensées

Guillaume Deloison.

Crise d’ado’


Crise d’ado’

Elle vit comme ça au jour le jour.
Elle vit mais chaque jour elle a peur,
peur du lendemain,
peur du changement.
Elle fait la fière, alors qu’au fond elle se laisse enfermer par la terreur de ce JT

Condescendante, elle donne des leçons,
aux autres, à ses parents,
et pas seulement à ceux d’aujourd’hui.
Elle est sûr d’elle mais pas du lendemain.
Elle fait la grande, mais elle est incapable de grandir, de prendre conscience d’elle même. Des problèmes  elle en a mais « c’est jamais sa faute ».

De la peur à l’hystérie, elle survit, se débat, se bat contre la vie…
France…
Jeune fille en pleine crise qui comme ses amies adolescente, doit faire Un, de tous ce qui l’oppose.

Guillaume Deloison.

Qui est ce Je?


Qui est ce Je?

Qui est-ce?
Cette homme dont l’ombre me suit?
Dont ses pas et les miens, résonnent d’un même bruit?

Cette homme qui devant son écran, éteint
Regarde son reflet, le mien.

Il appuie sur le bouton qui s’éclaire d’un léger vert.
Il déroule sa page d’accueil.
Sentiments, ressentiments, informations et mobilisations,
défile sur cette page ornée,
d’un bleu claire ou bien foncée.

Je publie, il a la bouche bâillonné.
Surpris, je rafraîchie.
Sur la toile je lis:
Censure, liberté d’expression et droit de l’Homme.
J’entend une voix, on m’appelle, échap et je descend

Qui suis-je?
Non pas pour moi mais pour les autres
Un individu de plus ou une force de vie?

Guillaume Deloison.

L’art comme l’âme d’une société


L’art comme l’âme d’une société

A mon sens l’art ne se résume pas par certaines pratiques ou activités. Ce n’est pas cette somme de règles de syntaxes ou la façon de réaliser un tracé, au contraire. L’art est pour moi beaucoup plus brut et se passe de bienséance, de règles ou de beau. L’art est à mon sens l’incarnation de l’âme d’une société. L’incarnation de ce qui touche l’homme, de ce qui le fait réfléchir, qui le fait s’arrêter, et peut importe que ce soit beau, semblable ou contraire à tous ce qui à était fait auparavant car cette manifestation touche et incarne des pensées. Qu’à ton faire de la forme quand c’est le fond qui compte, qu’a ton faire du critère de « beau » quand il ne demande qu’à être trouvé dans chaque œuvre.

c’est parce que chaque oeuvre est ancrée dans une société qu’elle en est son âme, sa matière sensible

      Il me semble que le travail de l’artiste est d’être créateur avant tout, ou plutôt géniteur. Car l’artiste d’une société pouvant appréhender toutes les spécificités de son lieu de vie, après un effort de maïeutique donnera au monde une représentation, une incarnation de sentiments, d’émotions. C’est cela à mon sens un effort artistique. C’est nourrir le monde d’émotions communes et fortes pour un grand nombre

C’est en ce sens que pour moi l’art est représentative de l’ame d’une société, par le caractère commun et leur somme qui forment comme une entité propre et sensible, touchant l’ensemble d’une société. Et c’est par ce qu’elle est ce qui touche une société qu’elle est comme son âme, sa matière sensible.

Guillaume Deloison.

Je suppose que c’est avec cette question que j’ai grandi…


     Je suppose que c’est avec cette question que j’ai grandi. tant de philosophes, tant de réponses pour si peu de questions au final. une seule question et 6 milliard de réponses finalement.

Je suppose que c’est avec cette question que j’ai grandi et que je me suis efforcé de faire preuve de tolérance, car vraiment, qui peut avoir la prétention d’avoir raison? tant de grands Hommes, de grands penseurs… qui peut avoir la prétention de tout balayer si ce n’est avec des arguments qui reposent non pas sur la raison mais sur la logique. sur l’essence même des mécanismes naturels.

Je suppose que c’est avec cette question que j’ai grandi et que j’ai appris à penser par moi même (si je peut avoir la prétention de le faire). Car face à toutes ces réponses cohérentes, laquelle peut être la bonne? Peut être même que la bonne n’a jamais était pensée, pourquoi l’aurait elle était? Laquelle peut être la bonne pour moi, et comment pourrait elle l’être si je ne prends pas même la peine de les examiner.

Je suppose que j’ai grandi grâce à cette question… tout est vérité, rien n’est vrai. alors avec cette question j’ai grandi et maintenant je vis, pour simplement vivre car comment pourrai-je vivre autrement que libre? car qui aurait la prétention de m’ordonner mon comportement en énonçant des théories de bon sens, de savoir vivre, ou simplement de « bien ». qui aurait cette prétention alors que je ne l’ai pas eu moi même pour ma propre personne, de me trouver des réponses absolues.

Guillaume Deloison.

Notes sur La Notion de Folie.


Qu’est-ce que la folie et où commence-t-elle ? Où commence-t-elle véritablement, objectivement ? Certains actes sont définis comme appartenant à la folie pour des raisons culturelles et des habitudes. Alors est-ce-qu’une pure folie, dans le sens de commune à toutes les cultures, comme essence même de cette notion existe-t-elle? Et si elle existe ou commence-t-elle encore une fois ? Lorsque l’acte mène à une autodestruction ? Mais qu’en est-il de l’acte de fumer pour l’autodestruction sur le long terme, et du suicide pour l’acte soudain ? Alors la folie résiderait-elle dans l’enchainement d’actes incohérents, paradoxaux ? Mais ces apparents paradoxes, non sens, proviennent peut être de la limite de perception de l’observateur. Est-ce-que parce que l’observateur ne peut comprendre le raisonnement de l’autre, cela signifie qu’il est fou ? Pourquoi serait-ce celui qui est observé plutôt que l’observateur limité par sa perception qui serait le fou ?

Ou est la limite entre Tolérance et démence? comment, pourquoi et quand, le savant devient démens? Ou est la limite entre le génie et la folie? Le génie se doit de défier les limites de perception de la société mais est-ce être fou que de vivre dans un monde voisin, cohérent mais différent?

Notes sur la Notion de Quartier


Comment des dénominations par fonction ont pu être données à des groupes d’individus pour former des quartiers? Comment des artistes ont pu se regrouper naturellement pour donner « le quartier des artistes » comme Saint Germain des Prés. Naitre et vivre à saint germain permettrait des acquis qui pousseraient à devenir artistes ?

Auparavant les quartiers étaient nommés différemment dans les villes, l’on disait que ce quartier était « le quartier des artistes » ou encore, « le quartier  des marchands de beauté ». Maintenant ils sont nommés différemment, et cela témoigne d’un changement de la société, de son organisation et de la vision de ses membres sur eux-mêmes.  Maintenant on parle de quartier défavorisé, aisé ou encore de quartier latin, chinois. Alors qu’avant la dénomination relevait de la fonction, ces derniers témoignent maintenant d’une plus grande importance de l’origine sociale.

Le philosophe, seul vrai fou ?


Tout les modèles de pensées pour être viables se doivent d’être cohérent, mais le philosophe prônant la remise en question de touts les principes et toutes les conclusions, est sans cesse dans la remise en question de son propre système de pensée, dans un incertain perpétuel qui remettrait même les autres pensées en question et en situation de non cohérence. Alors finalement le philosophe ne serait il pas le seul vrai fou ? vivant dans un monde incohérent. Mais la cohérence finalement est elle un gage de viabilité pour les modèles de pensée?

Pensées d’un trajet


Pensées d’un trajet

Petite musique qui accompagne très bien ces pensées

Je regarde à travers les vitres de mon RER C, écoutant cet artiste qui m’a maintes fois éclairé, le ciel ensoleillé, moitié nuage, moitié infinité. Les pylônes défilent face à moi et je pense. Ces pylônes défilent face à moi et m’éloignent de chez moi, de la où j’ai grandi pour m’emmener vers cette grande ville que j’ai longtemps rêvée. Cette grande ville où je vis maintenant et où je m’enracine avec les pensées que j’ai réussi à cultiver. Pensant à ces premières lignes, ces premiers articles sur mon blog, qui représente en quelque sorte la fleuraison de mes réflexions. Les pylônes défilent et la bibliothèque nationale se rapproche, et bientôt touts les gens de ce wagon descendront, ayant constitué un magnifique tableau de diversité, éclairé par ce soleil nouveau qui nous éblouit. Des éclats de rire résonnent et me font sourire. En ce lieu je suis sûr d’avoir un instant été heureux, pour la simplicité de l’événement mais aussi pour sa beauté qu’il fallait savoir admirer

Guillaume Deloison.