PHILOSOPHER – HÉRACLITE



« Ce qui diverge procède la plus belle harmonie, et la lutte engendre toutes choses. » – Héraclite. Fragment 8.

Héraclite naît à Éphèse dans la seconde moitié du 6e siècle avant notre ère. Il meurt vraisemblablement vers −460 (Mouraviev, 2000). Natif de la région de Ionie, à l’ouest de l’actuelle Turquie, il est issu de famille aristocratique comme beaucoup d’auteur de l’époque (« Héraclite », 2019). Après son échec politique à Éphèse (Mouraviev, 2000), il renonce à ses privilèges et s’isole mais préside cependant les cérémonies de Déméter. Il lutte contre les démocrates de sa ville, et n’est que peu apprécié de ses concitoyens. Héraclite a écrit un seul livre dont il nous reste quelques fragments. Il écrit dans un style poétique jugé obscur. Bien avant Socrate, Héraclite aurait soutenu le proverbe « connais-toi toi-même » (« Héraclite », 2019). Il fait figure de précurseur et a profondément marqué la philosophie. Les stoïciens ont adhéré à sa vision fataliste du monde comme un feu éternel. Par l’intermédiaire de Platon, il a influencé de nombreux philosophes médiévaux. Son influence est également centrale pour des modernes comme Hegel, Nietzsche et Heidegger (« Héraclitéisme », 2019).

La tradition philosophique a surtout retenu d’Héraclite le thème de la dialectique et du mobilisme universel. Beaucoup aiment son éloge du mouvement mais en néglige les aspects profondément guerriers. Il développe une conception conflictuelle du monde comme si tout mouvement était ancré dans une contradiction fondamentale. C’est une erreur. En considérant le monde comme fondamentalement contradictoire, il développe une mystique fataliste. Certain·e·s y voit une prétendue profondeur ou encore des aspects subversifs alors que ce n’est qu’obscurité. Héraclite n’est subversif que pour les déjà convaincu·e·s qui y voient ce qu’iels veulent. Ainsi son esthétique littéraire cultive l’ambiguïté et les métaphores vagues. Par ailleurs, il se pense tellement malin qu’il en déteste et méprise tout le monde. Sa prétention et son obscurité ont tous les aspects de l’autorité. Développons un éloge du mouvement qui ne légitime pas la hiérarchie et sa guerre permanente.

LE MONDE COMME CONFLIT

Au 8e siècle avant notre ère, la Grèce succède à la civilisation mycénienne. Les Grecs modifient l’alphabet phénicien et inaugurent l’alphabet grec. La population augmente fortement et des colonies grecques sont fondées, dans les îles de la mer Égée et en Asie mineure, puis dans d’autres régions méditerranéennes (« Grèce antique », 2019). Les cités grecques sont des monarchies, gouvernées par un monarque, souvent assisté d’un Conseil des Anciens. Les cités abritent quelques centaines ou quelques milliers d’habitants et se composent d’une ville, plus ou moins fortifiée, et de sa campagne environnante (« Histoire de la Grèce antique », 2019). Durant cette période, de nombreux philosophes apparaissent progressivement. Comme Héraclite, ces philosophes font bien souvent partie d’une classe sociale dominante qui s’appuie de plus en plus sur l’esclavage dans le domaine agricole (Charbonnat, 2007). La Grèce antique se caractérise d’ailleurs par une forte prédominance de l’agriculture, d’autant plus importante que les sols grecs sont peu fertiles (« Grèce antique », 2019). Une aristocratie guerrière constituée d’une petite poignée de propriétaires terriens se lance ainsi fréquemment dans des guerres entre cités (« Histoire de la Grèce antique », 2019).

Dans ce contexte, la philosophie d’Héraclite légitime alors le conflit et l’érige en principe fondamentale : le principe même du monde serait le conflit, ou plus métaphoriquement, la contradiction. Héraclite explique ainsi le changement continuel des choses comme une alternance continue des contraires. Le philosophe Anaximandre avait déjà fait intervenir les contraires pour expliquer le devenir naturel des choses, mais pour Héraclite ces contraires n’expliquent pas simplement le passage d’une substance à une autre. L’opposition des contraires serait le fondement même de la stabilité des choses. Le monde serait donc dialectique – un dialogue des contraires (« Héraclite », 2019). À travers le conflit des tendances opposées, s’engendrerait et se maintiendrait l’unité de toute chose. La lutte ferait l’existence, l’opposition ferait l’union, et l’inégalité ferait l’harmonie. Selon Héraclite, ce mouvement fonde l’harmonie secrète du monde (Zeller, 1882). Certes tout change, c’est même l’une des caractéristiques fondamentales de la matière, mais que les « contraires » gouverneraient le monde est abusif. Et sans cet abus, le fait que certains processus soient contradictoires est parfaitement trivial et sans grand intérêt. C’est par ailleurs une affirmation plus vague qu’exacte. Quel est le contraire de la lumière par exemple ? L’obscurité n’est pas le contraire de la lumière, mais son absence. Où est la contradiction dans le système solaire (Bunge, 1981) ? Certains processus évolutifs sont effectivement le fruit d’une opposition, tandis que d’autres sont le fruit de synergies et de coopérations par exemple (Deleporte, 2013). À ce titre, rappelons que l’entraide a été un facteur important de l’évolution (Kropotkine, 1902). Penser le changement du monde peut se faire sans avoir recours à cette métaphore obscure de la contradiction. L’évolution des espèces n’est pas dialectique et elle illustre pourtant de sublimes changements. Certains processus peuvent être contradictoires, mais la nature n’est pas dialectique, tout comme la société ou notre esprit. Arrêtons de ressortir la dialectique pour pallier notre ignorance (Bunge, 1981). Ce n’est qu’une mauvaise métaphore minorant l’importance de la coopération et entretenant une conception obscure et compétitive du monde.

Par ailleurs, comme beaucoup de ses contemporains, Héraclite pense qu’il n’y aurait pas de démiurge, c’est-à-dire de créateur du monde : « Ce monde a toujours été, et il est, et il sera un feu toujours vivant, s’alimentant avec mesure et s’éteignant avec mesure » – F. 30 (Froment-Meurice, 2017). Le feu prend d’ailleurs une place centrale dans sa pensée. Il l’utilise souvent comme métaphore de ce qui mettrait en mouvement le monde ou encore comme représentation de la raison qui nous animerait toutes et tous. Il utilise également d’autres métaphores pour mettre l’accent sur le mouvement perpétuel des choses : « On entre jamais deux fois dans le même fleuve ». Où encore, dans cette conception que l’on peut qualifier de mobiliste, le jour et la nuit seraient une seule et même chose. Rien ne serait plutôt ceci que cela, mais tout serait en devenir. Les choses ne seraient jamais achevées, mais seraient continuellement créées par les forces contraires qui s’écoulent dans les phénomènes : « Harmonie des tensions opposées, comme celle de l’arc et de la lyre » – F. 61. (« Héraclite », 2019). Mais le monde n’est pas harmonieux. Certes sous un regard naïf tout semble se dérouler plutôt harmonieusement mais la biologie par exemple s’oppose à cette fausse évidence (Gouyon, 2001). Nombre de processus biologiques ne sont pas parfaits, nombre de douleurs et de maladies pourraient être évitées. Les catastrophes sont des catastrophes, elles ne contribuent pas à une soi-disant harmonie. La vie a sa part de souffrance, les gens que l’on aime nous quittent. Il ne s’agit pas simplement de l’accepter, certaines victimes sont inacceptables, mais de vivre avec et de se battre quand il le faut.

UNE MYSTIQUE FATALISTE

La tradition grecque donne à une liste d’anciens hommes politiques, législateurs ou penseurs, le titre de Sept sages. La liste des Sept varie, et parmi eux, Anacharsis, loin de faire l’unanimité, affirme que la loi ne ferait qu’accabler les plus faibles, les riches se permettant de ne pas la respecter (Correia, 2016). Cela est assez remarquable et pertinent, voir même visionnaire, pour être noté. Par ailleurs, au 6e siècle avant notre ère est fondée l’École de Milet, elle est représentée principalement par trois philosophes : Thalès (faisant unanimement partie des Sept sages), Anaximandre et Anaximène. Thalès, comme beaucoup d’autre, ont voyagé en Égypte et ont appris beaucoup des sciences égyptienne et mésopotamienne. À l’École de Milet, la philosophie est principalement axée sur la physique. Ils s’interrogent sur ce qui subsiste à travers le changement. Quelle serait la substance des choses, du latin substare « en dessous ». Ils n’utilisaient plus simplement des mythes mais aussi des concepts physiques pour expliquer les phénomènes naturels : les quatre éléments, le sec et l’humide, le chaud et le froid, etc. (« École milésienne », 2019). Héraclite adopte une toute autre perspective. Dans toutes choses il régnerait une mesure, un rythme ou encore un ordre dans lequel les opposés s’équilibreraient. Cette mesure rythmique, cet ordre qui dominerait l’ensemble du devenir serait par ailleurs immanent : c’est-à-dire que cet ordre du monde ne viendrait pas de l’extérieur, mais du monde lui-même. Pour parler de cette mesure Héraclite utilise alors le terme logos – la logique des choses. Et comme nous l’avons déjà vu, la logique du monde serait le conflit, et sa nécessité dominerait tout (Zeller, 1882). « Toutes les lois humaines sont nourries par une seule divine, qui domine autant qu’elle le veut, qui suffit à tout et vient à bout de tout. » – F. 114. Héraclite privilégie donc une logique fatale sur la diversité des processus matériels. Mais les lois de la nature, ou de la matière peuvent être affirmées sans tomber dans le fatalisme. Le déterminisme du monde, n’implique pas que la situation ne pourrait pas être différente. Un jet de dés est objectivement déterminé et pourtant différents résultats sont possibles. Le hasard existe objectivement sans être indétermination. Par exemple les scientifiques considèrent les probabilités comme des propriétés objectives et ne les introduisent que lorsqu’il y a des raisons de croire qu’un processus aléatoire, tel que le brassage aléatoire, est à l’œuvre. Il n’y a pas de probabilité sans hasard objectif et sans possibilité de mesure objective (Bunge 1968 ; Bunge, 1993 ; Henry, 2012 ; Pépin, 2012 ; Gayon, 2005).

Héraclite désigne aussi le logos par d’autres mots comme « sagesse », « raison », « commun », « fatalité ». Chacun de ces termes serait approprié et aucun ne le seraient vraiment selon Héraclite. « L’Un, qui seul est sage, ne veut être appelé et veut le nom de Zeus » – F. 32. Selon Héraclite les mots ne peuvent suffire à désigner le monde clairement. Par exemple, le mot « bios » signifiant « vie », porterait en lui une référence à la mort signifiant également « arc » (Hoffman, 2005). Héraclite joue énormément sur l’ambiguïté des mots pour nous pousser à saisir l’unité du discours. Derrière les mots, il faudrait entendre le langage lui-même, avec ses contradictions (Froment-Meurice, 2017). Cette façon de concevoir le monde par analogie avec le langage est importante pour comprendre par exemple pourquoi Héraclite considère la parole comme la fonction première de l’âme (Hoffman, 2005). Toute cette ambiguïté rend alors ses écrits très obscurs, très mystérieux, même carrément mystiques (Russell, 1945). Lorsqu’il parle de recherche c’est pour exprimer son mépris des masses. Le logos serait incompris de tous. La vérité serait cachée dans le langage et son registre symbolique en permettrait la compréhension. Ainsi, il ne fonde pas ses recherches sur l’observation et encore moins sur l’expérimentation. Une métaphore serait plus profonde que n’importe quelle démonstration. Les mots seraient fondamentalement trompeurs et la sagesse serait alors de ne rien affirmer clairement (Froment-Meurice, 2017). Il nous plonge dans un obscur relativisme ou le savoir est vain. Cet appel à l’ignorance n’a rien de critique. Ses pensées prétentieuses et fallacieuses confondent obscur et profond (Bouveresse, 1999). Il ressemble plus à un illuminé qu’à un chercheur ou un savant. Son fatalisme légitime ainsi la hiérarchie et les douleurs qu’elle inflige. Sa logique est contradictoire, mystique, absurde et sa conception du monde est brutale et il faudrait s’y soumettre ?

UNE ESTHÉTIQUE DE L’IGNORANCE

Son livre nous est parvenu sous forme de fragments qui ne sont pas forcément fidèles aux originaux. Aujourd’hui, son livre est plus proche d’un patchwork de forme et de fond que d’authentiques sources textuels (Garin, 2013). Ainsi nous ne retrouvons aucun fragment parlant de ses conceptions esthétiques, en revanche son style littéraire particulier lui valut un surnom : en raison d’une écriture poétique, de jeu entre le sens littéral et littéraire d’un mot, de l’abondance de formules paradoxales, de l’absence de toute ponctuation ou encore d’un style haché et détaché, ce livre lui valut le surnom d’« Héraclite l’Obscur » (« Héraclite », 2019). Pour beaucoup, les interprétations contradictoires exprimeraient une pensée profonde, mais le qualificatif « obscur » semble effectivement plus juste. Il est important de comprendre que l’ambiguïté de ses formulations est bien intentionnelle (Mouraviev, 2000). Elle est cohérente avec sa philosophie et doit être analysée à ce titre. L’esthétique permet entre autres d’attirer l’attention (Boyd, 2005) et pour cela son style littéraire est efficace. L’ambiguïté de ses formulations valorise son principe de contradiction et le sentiment de mystère. Les personnes qui croient comprendre quelque chose ont alors l’impression d’être spéciales. Et si nous ne sommes pas éblouis par sa poésie, ce serait sûrement parce que nous ne la comprenons pas. Nous ne serions pas assez sages ou pas à la hauteur. Son esthétique persuade et renforce le degré de certitude attribué à son mysticisme. Mais se complaire dans des phrases qui veulent tout et rien dire ce n’est bon que pour flatter les ignorants et les charlatans. Il ne suffit pas d’attirer l’attention, le propos a aussi une importance et manifestement c’est plutôt obscur, même si certains préfèrent parler de mystère, ou de complexité pour avoir l’air plus moderne. De jolies métaphores dans lesquelles chacun·e voit ce qui lui plaît n’explique rien. Ses formulations nous poussent alors à accepter le monde tel qu’il est sans vraiment d’explication. Qui plus est, toute son esthétique magnifie la violence, la guerre et son absurdité : « Les dieux et les hommes honorent ceux qui succombent à la guerre. » F. 24. Ainsi dans l’un des seuls fragments évoquant la beauté, ce concept est même utilisé pour caractériser un rapport de supériorité : « Le plus beau singe est laid en regard du genre humain. » – F. 82.

Il est intéressant de constater que les conceptions philosophiques d’Héraclite sont assez cohérentes avec celle de la tragédie qui se développe dès les débuts du théâtre comme forme d’art spécifique. D’ailleurs, la fonction sociale des représentations théâtrales est importante : elles légitiment la hiérarchie sociale. Les citoyens les plus riches supportent d’ailleurs les frais du spectacle alors que les moins fortunés reçoivent une indemnité pour y assister. La tragédie se caractérise par la confrontation du héros à son destin lors d’une lutte qu’il sait perdue d’avance. Le public est donc touché par la terreur et la pitié (« Tragédie », 2019). La tragédie, tout comme Héraclite, glorifient la lutte comme principe existentiel. Quant à la mise en scène d’évènements prétendument inévitables, elle rappelle le fatalisme d’Héraclite. Ainsi, la tragédie et la poésie d’Héraclite visent toutes deux la même chose : faire accepter la situation telle qu’elle est.

LA DÉTESTATION DE TOUS·TES

Au 6e siècle avant notre ère, plusieurs cités émergentes dominent le monde grec : Athènes, Sparte, Corinthe et Thèbes. Athènes et Corinthe deviennent de grandes puissances marchandes autant que maritimes. Cependant, à partir de −546, les cités grecques d’Ionie passent peu à peu sous la domination de l’Empire perse. Par ailleurs, en −500, la démocratie s’établit à Athènes. Seule une minorité d’habitants participe aux assemblées citoyennes, excluant les esclaves, les femmes, les « métèques » (étrangers) et les non-Athéniens. L’année suivante, avec la cité de Milet, l’Ionie se soulève contre la tutelle perse et demande de l’aide aux cités grecques. Cela débouchera sur les guerres médiques (« Histoire de la Grèce antique », 2019). Dans ce contexte conflictuel Héraclite s’oppose au développement de la démocratie. Il privilégie une certaine conception de la royauté : « La royauté est à un enfant. » F. 52. On peut penser qu’Héraclite fait ici référence à l’enfant pour valoriser une forme de candeur et d’innocence. Cette interprétation est d’autant plus vraisemblable qu’il fait par ailleurs preuve d’hostilité envers l’érudition des savants de son époque. Dans le fragment 40, Héraclite semble critique vis-à-vis de l’autorité intellectuelle de certains auteurs, comme l’historien Hésiode, le philosophe Xénophane ou le mathématicien Pythagore (Froment-Meurice, 2017 ; Babut, 1976). Mais c’est plus une posture anti-intellectualiste qu’une posture anti-autoritaire. Il ne critique pas l’autorité, il les critique pour s’enorgueillir. Il reproche d’ailleurs à Hésiode et Homère de ne pas faire honneur aux dieux (Correia, 2016). Critiquer des individus ce n’est pas critiquer des rapports autoritaires. Si Héraclite n’est l’élève de personne, ce n’est pas qu’il est sage, c’est qu’il est orgueilleux. Il méprisait ses concitoyens. Lorsqu’il se moque de ceux qui prient devant des murs ou des statues comme si ces derniers les écoutaient, ce n’est pas pour critiquer les dieux, au contraire. Il reproche à ces concitoyens de ne pas savoir ce que sont les dieux. C’est un autoritaire misanthrope (Mouraviev, 2000) : « II n’est pas préférable pour les hommes de devenir ce qu’ils veulent. » – F. 110. C’est tellement plus simple de se dire que tout le monde est idiot, mauvais et de se rêver comme un être exceptionnel. Alors même que la loi est pour lui de première importance, quand il lui aurait été demandé d’établir des lois pour ses concitoyens, il aurait vraisemblablement refusé. Selon lui, la cité en avait depuis trop longtemps des mauvaises (Froment-Meurice, 2017).

Peu de fragments nous renseignent sur ses positions morales ou éthiques (synonymes d’origines respectivement latine et grec), sur ce qu’il juge bien ou mal. Peut-être avons-nous perdu ces fragments, mais il semble assez vraisemblable qu’il n’y porte pas grand intérêt. Cela est cohérent avec sa conception compétitive du monde. Les personnes qui pensent le monde comme un environnement compétitif, dans lequel il s’agit avant tout de vaincre et ou tous les coups sont permis, n’accorde que peu d’importance au « bien » et au « mal » (Winter, 1987). Le fragment qui suit, portant sur la justice, pourrait corroborer ce relativisme moral : « Il faut savoir que la guerre est commune, la justice discorde, que tout se fait et se détruit par discorde. » – F. 80. Et que le plus fort gagne croirait-on entendre.

GUERRE ET HIÉRARCHIE

Diogène Laërce est un grand transcripteur des doctrines philosophiques de son époque, et parfois même la seule source que nous ayons sur certains penseurs antiques. Il nous rapporte les sentiments d’Héraclite lorsque Hermodore, son ami et législateur, est banni (Correia, 2016). Héraclite va jusqu’à vouloir la mort des Ephésiens qui disent : « Que parmi nous il n’y en ait pas de meilleur ; s’il y en a un, qu’il aille vivre ailleurs » – F. 121. Le refus de la hiérarchie est pour lui insupportable et il la défend alors avec férocité. Pour lui le monde est fondamentalement hiérarchique comme le montre ces deux fragments : « Le plus beau singe est laid en regard du genre humain. » – F. 82. « L’homme le plus sage parait un singe devant Dieu. » – F. 83. Il faudrait accepter la logique conflictuelle du monde et la hiérarchie qui en découle. La compréhension de ce logos serait au fondement de la cité. Ainsi Héraclite est un fervent partisan de la loi : « Il faut que le peuple combatte pour la loi comme pour ses remparts » – F. 44. Mais évidemment cette conception ne fait que légitimer la hiérarchie sociale et les dispositifs autoritaires de contrôle social qui se développe a l’époque (Sidanius & Pratto, 1999). Anacharsis voyait juste.

Vers −680 la monnaie apparaît (« Histoire de la Grèce antique », 2019). Les agriculteurs grecs sont peu compétitifs face à la concurrence de plus en plus vive des terres fertiles récemment colonisées. De plus en plus de paysans, n’écoulant pas suffisamment leur production, sont condamnés à se vendre comme esclaves pour faire face à leurs dettes (« Démocratie athènienne », 2019). Vers −650 à Sparte, l’aristocratie foncière se renforce par un régime militaire permanent (« Histoire de la Grèce antique », 2019). Partout, l’aristocratie lutte afin de ne pas être renversée par la nouvelle classe marchande (« Grèce antique », 2019). Cette nouvelle classe aisée, faite de commerçants et d’artisans, est alors suffisamment riche pour acheter des équipements d’hoplites : avec ces équipements de soldat, la guerre n’est plus l’apanage de l’aristocratie. Le système aristocratique basé sur la propriété agraire est battu en brèche face aux revendications égalitaires de ces nouveaux citoyens-soldats. La partie politique de son livre s’est largement perdue, mais Héraclite est bien partisan de cette aristocratie (Mouraviev, 2000). Ainsi, les cités se combattent fréquemment entre elles, ce qui nourrit souvent les révoltes, par ailleurs durement réprimées. Mais les guerres sont aussi parfois un facteur de cohésion interne des cités (« Démocratie athènienne », 2019). Les conceptions fondamentalement guerrières d’Héraclite légitiment cet état de fait : « La guerre est mère de toutes choses, reine de toutes choses, et elle fait apparaître les uns comme dieux, les autres comme hommes, et elle fait les uns libres et les autres esclaves » – F. 53. Tout se déroulerait convenablement, et des conflits émergerait l’harmonie : « Ce qui est contraire est utile ; ce qui lutte forme la plus belle harmonie ; tout se fait par discorde. » – F. 8. En plus d’expliquer faussement le monde (Gouyon, 2001), cette conception de l’harmonie motive à se soumettre à la fatalité, à ne pas subvertir la hiérarchie sociale et à accepter le statu-quo. La conception d’Héraclite légitime les conflits alors qu’ils doivent cesser. Cette vision compétitive est caractéristique d’une forte orientation à la dominance sociale. Les personnes fortement orientées vers des rapports sociaux hiérarchique pense que le monde est compétitif et que les plus forts seraient au sommet de la hiérarchie sociale (Duckitt & Sibley, 2010). Mais l’idée selon laquelle les êtres humains sont conflictuels par nature, en plus d’être largement contrefactuelle, est aveugle à la dimension coopérative de l’humanité. Les discours qui mettent en avant notre prétendue nature guerrière ne sont que des mythes. Il semble même que les guerres soit un phénomène relativement récent dans l’histoire de notre espèce. Les plus anciennes traces de guerre seraient vielles de 10 000 ans. Ce n’est donc pas le monde qui est guerrier, ce sont nos sociétés hiérarchiques qui sont conflictuelles. Mais même si nous étions une espèce de nature guerrière, la guerre ne serait pas une fatalité : les conflits dépendent d’identités symboliques, de politiques multi-populationnelles et de structures sociales hiérarchiques. La paix n’est pas simplement l’absence de guerre, elle est le résultat de mécanismes sociaux actifs pour décourager et gérer les conflits ainsi qu’encourager la coopération (Fry, 2013 ; Sidanius & Pratto, 1999). Ainsi, parce que toute société égalitaire et apaisé implique de lutter contre les institutions entretenant et renforçant la hiérarchie, nous devrions entre autre abolir la prison, et ce non pas simplement car ce que l’on fait vivre aux détenu·e·s et leur proche est inhumain. Bien que le système carcéral accable plus particulièrement les pauvres et les personnes racisées, les prisons et plus largement le système pénal a des effets dévastateur pour toute la société (Sidanius & Pratto, 1999 ; Kropotkine, 1901 ; Sapolsky, 2005). Les prisons s’inscrivent dans des dispositifs destinés à discipliner au moins autant celles et ceux qui sont dehors que celles et ceux qui sont dedans. Ainsi, le système pénal et son mode punitif devrait être aboli au profit de mécanismes sociaux conciliatoires (Ricordeau, 2019 ; Slingeneyer, 2005).

CONCLUSION


Beaucoup apprécient son éloge du mouvement, son mobilisme. Mais en plus de nous faire sombrer dans une obscure fatalité, sa vision contradictoire du monde légitime les rapports conflictuels de la hiérarchie. La mystique d’Héraclite flatte les ignorants et son esthétique charme les charlatans. Comme si parce que le monde était en mouvement, cela justifiait l’obscurité de son œuvre. Lucrèce, le poète matérialiste de Rome l’insulte à raison (« De la nature/Livre I. », 2015). La philosophie d’Héraclite légitime de nombreuses pensées autoritaires. Il pense mieux savoir que les autres alors qu’il n’est même pas capable de s’exprimer clairement. Ce qui plaît dans sa pensée, c’est son obscurité et le pouvoir qu’elle donne. Il n’y a pas besoin d’Héraclite pour faire l’éloge du mouvement, au contraire. Son obscurité est incapable de nous ouvrir un horizon émancipateur.


Dans tous les courants politiques certain·e·s idéalisent la lutte. Ce sont des petit·e·s chef·fe·s qui se glorifient. Nous ne luttons pas pour lutter, mais pour mettre fin à la hiérarchie et sa compétition meurtrière. Bien sûr, il est fondamental de reconnaître la conflictualité de la hiérarchie. La naïveté ou le déni n’est pas préférable. Se défendre face à la hiérarchie requiert effectivement de la force. Un monde sans hiérarchie ne sera pas parfait ni sans problème, mais glorifier la lutte comme principe fondamental ne peut nous mener que dans une impasse. Aux rapports conflictuels de la hiérarchie, opposons la solidarité et l’entraide. La guerre sociale n’en finit pas, comme notre défaite. Humaines et non-humaines, les victimes s’entassent dans les charniers de l’Histoire (Scholes et. al., 2018 ; Kelman, 2005). Les dominants nous font la guerre et les vaincre est une condition nécessaire pour un monde vivable.

Guillaume Deloison – 2023


RÉFÉRENCES :

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Tu voudrais connaître la date de ta mort ?


C’est la question que m’a posé une amie. Sa question m’a un peu surpris puis amusé. Est-ce que je voudrais connaître la date de ma mort ?

En ce qui me concerne, je crois que si c’était une information disponible, j’aimerais la connaître. Mais je ferais pas d’effort pour la découvrir si cette information n’était pas disponible. Je crois pas que ce soit une information que je veuille, mais si elle peut être connue, je préfère la connaître.

C’est-à-dire que je préfère le savoir à l’ignorance ? Mon amie m’a fait remarquer que cette question ne portait pas vraiment sur des connaissances, du savoir, sur des explications ou des faits. Ce n’est que la date de notre mort. À moins qu’on puisse connaître également les causes de notre mort.

Mais si tu connais la date de ta mort et les causes, alors tu peux la changer. On pourrait alors tous vivre avec une montre qui nous donne la date de notre mort évoluant en direct selon les actions que l’on effectue.

« Oh ba non… ba non on va pas faire ça les gens, ça réduit l’espérance de vie de Camille… hooo. C’est pas cool… »

Je lui ai alors demandé ce qu’elle, elle en pensait. Elle, préférerait ne pas savoir. Elle pensait même que si c’était une information disponible et que tout le monde connaissait la date de sa mort, ça structurerait nos rapports sociaux, toute la hiérarchie sociale. Ce serait affreux que la date de notre mort deviennent la proie de processus de domination. Des groupes sociaux se divisant sur le critère de la date de mort, ceux qui mourront bientôt contre ceux qui ne mourront pas de si tôt.

J’ai alors répondu que le problème, ce n’était pas la date, c’était la hiérarchie. On peut même imaginer un monde sans hiérarchie ou au contraire, cette information nous aide à vivre mieux. On pourrait collectivement privilégier les politiques qui nous garantissent des vies plus longues. On verrait d’ailleurs que c’est justement une société égalitaire et écologique qui nous permet cela.

Et je me suis dit finalement que c’était un peu ce que fait le GIEC et ce que nous permettent déjà les sciences en général. Si seulement on accordait réellement un peu plus d’intérêts aux sciences et si on savait affirmer un peu plus fort que ces pourritures de dominant·e·s on tord… et mêler le geste à la parole.

Guillaume Deloison

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POURQUOI PROUVER QUE DIEU N’EXISTE PAS ?


Il y a quelque temps, KaleidosPop a parlé d’athéisme militant et je voulais vous partager ma réponse.

Il reproche à certain·e·s militant·e·s athée de s’acharner à prouver que Dieu n’existe pas. Il leur est alors opposé que l’on ne peut pas prouver que quelque chose n’existe pas et que la religion serait, avant tout, un rapport intime et personnel de l’ordre du spirituel et de l’immatériel.

KaleidosPop est athée mais à vrai dire, je trouve cette position plus proche de l’agnosticisme. J’aimerais proposer un autre argumentaire, radicalement athée mais qui ne sombre pas dans les dérives d’un certain athéisme militant qui est dénoncé ici à raison.

POURQUOI PROUVER QUE DIEU N’EXISTE PAS ?

En effet, on ne peut pas prouver que quelque chose n’existe pas. Mais cela ne doit pas être un appel a l’ignorance, car le revers de ce principe est que l’on peut et doit prouver que ce dont on parle existe. C’est le principe de la charge de la preuve : la charge de la preuve revient à celui qui affirme.

En l’absence de preuve fiable et solide, il est donc plus raisonnable de présumer que Dieu n’existe pas (Mahner, 2013). Ce n’est pas à nous athée de prouver que dieu n’existe pas, mais aux religieux d’être convaincant•es, ce qu’iels ne sont pas.

Après j’ai beau considérer que les religions ont tort, je suis lucide sur le fait que ce qui se joue ici ne sont pas des considérations ontologiques, il ne s’agit pas d’avoir raison. La religion en tant que phénomène social, et donc pleinement matériel, a d’autres raisons.

Au-delà du fait que comprendre les origines de la religion chez Homo sapiens est passionnant, son existence est à comprendre au présent. La religion fournie des références culturelles commune, légitime des rapports sociaux, réponds à des besoins psychologique et bien d’autres… (Bourrat, 2011)

Afin de réduire l’influence de la religion, il me semble alors plus efficace de partager librement les connaissances et d’œuvrer à un monde égalitaire, qui ne mobilisera pas des prétendus forces supérieures pour légitimer une quelconque hiérarchie sociale.

Il me semble même que vu l’état actuel du monde, et la place que prend la religion dans les problématiques de racisme et de géopolitique, il est, au mieux, on ne peut plus niais d’argumenter contre les religions sur un registre ontologique.

Il s’agit de comprendre réellement les enjeux que recouvre la confessionnalisation des problématiques politiques sans jamais, évidemment, confondre la lutte contre les religions, et la lutte contre les religieu•ses. Et être vigilant à ne pas donner de la voix à nos ennemies.

(« Mais pourquoi le « bouc émissaire » est-il devenu « musulman » et n’est pas resté « arabe », « travailleur immigré » ou « immigré » tout court ? »
Extrait de :
Classe / Race – faux dilemme, vrais problèmes.
https://m.youtube.com/watch?v=JnfvOy6bw9g )

RÉFÉRENCES :

Bourrat, P. (2011). Chapitre 37. L’évolution de la religion d’un point de vue darwinien : synthèse des différentes théories. Dans : éd., Les mondes darwiniens (pp. 1091-1121). Paris: Éditions Matériologiques. https://doi.org/10.3917/edmat.heams.2011.02.1091 » https://www.cairn-sciences.info/les-mondes-darwiniens-volume-2–9782919694402-page-1091.htm

Mahner, M. (2013). Chapitre 1. Le rôle du naturalisme métaphysique en science. Dans : Marc Silberstein éd., Matériaux philosophiques et scientifiques pour un matérialisme contemporain. Volume 1 : Sciences, ontologie, épistémologie (pp. 29-70). Paris : Editions Matériologiques. doi : 10.3917/edmat.silber.2013.01.0029. https://www.cairn.info/materiaux-philosophiques-et-scientifiques-vol-1–9782919694518-page-29.htm

Le thread de KaleidosPop :

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PHILOSOPHER – COMTE


« Il est temps aujourd’hui de prendre une marche plus raisonnable, de n’admirer, de n’estimer, de ne payer que ce qui est utile, que ce qui peut contribuer au bien-être de l’individu et de l’espèce […], que la faculté d’abstraire ne soit employée que pour faciliter la combinaison des idées concrètes ; en un mot, que ce ne soit plus l’abstrait qui domine, mais le positif. » – Comte, A. (1817). Programme d’un travail sur les rapports des sciences théoriques avec les sciences d’application.

Auguste Comte naît le 19 janvier 1798 à Montpellier. Il meurt le 5 septembre 1857 à Paris. Issu d’une famille catholique et monarchiste, Comte est professeur particulier de mathématiques, répétiteur et examinateur à l’École Polytechnique ainsi que précepteur dans un établissement préparatoire aux concours scientifiques. Pendant plus de vingt-cinq ans, il donne aux ouvriers plusieurs cours publics d’astronomie, puis d’histoire. Il développe durant toute sa vie une philosophie scientifique : le positivisme. Cette philosophie s’étendra à la politique et à la morale. Par la suite, elle prend un tournant avec la Religion de l’Humanité (« Auguste Comte », 2019). Sa pensée marquera profondément la philosophie. Les continuateurs et détracteurs sont nombreux.

Comte et son positivisme a inspiré de nombreux auteur·ice·s, certain·e·s le portant, d’autres le rejetant. Il en a d’ailleurs tellement été dit que la place de Comte parmi celleux se réclamant du positivisme n’est même plus centrale. Nous ne pouvons cependant pas critiquer Comte sans toucher au positivisme. Beaucoup rejettent trop facilement ce courant et son créateur alors qu’ils ont largement contribué au développement de la méthode scientifique. Pour les critiquer il faut le faire pour les bonnes raisons : Comte est intéressant, mais il est détestable. Comme nous le verrons, il rejette vigoureusement tout questionnement métaphysique et notamment le matérialisme parce qu’il serait anarchique : sans loi, la matière ne pourrait pas s’organiser. Plutôt que d’expliquer les choses par des processus matériels, il formule alors des lois à partir de la régularité des phénomènes observés. Par ailleurs, soucieux d’unifier les sciences, il met l’accent sur l’aspect utile des sciences pour l’Humanité. Cette perspective utilitariste est également centrale dans ses conceptions esthétiques et morales. Ainsi, il légitime qu’une classe de philosophe et d’industrielle gouverne la société pour son bien. Au nom de l’utilité, les scientifiques feraient l’autorité. Il développe ainsi une conception autoritaire et conservatrice de la science. Certain·e·s en profitent pour caricaturer et rejeter la science. Iels rejettent Comte et son positivisme au profit de la religion, alors qu’il répudiait pourtant le matérialisme et fonda même une religion. Portons une philosophie scientifique qui brise toute pensée autoritaire : celles prétendant se réclamer de la science pour contraindre, comme, au contraire, celles prétendant se libérer de toute contrainte en rejetant la science.

LE POSITIVISME EST UN IDÉALISME

Au 19e siècle, l’empire colonial français s’étend sur tous les continents du monde (« France au XIXe siècle », 2019). Dans ce contexte, même si Comte s’oppose à la colonisation, notamment en Algérie, ses plans de développement du positivisme à l’échelle mondiale trouvent malgré tout un écho dans les arguments coloniaux de la France du Second Empire (« Auguste Comte », 2019). Il inspire aussi la devise du brésil « Ordre et progrès » (Arbousse-Bastide, 1979). Par ailleurs, l’Église perd progressivement de son influence avec la laïcisation de l’État et l’influence culturelle des sciences. En effet, durant les 2 derniers siècles, les sciences ont énormément avancé et cela dans une autonomie grandissante. En 1847 par exemple, Hermann von Helmholtz publie la première loi de la thermodynamique : la conservation de l’énergie (« Chronologie de la thermodynamique et de la physique statistique », 2019). Les sciences s’étaient ainsi constituées en un domaine à part en dehors de la philosophie. Elles laissaient celle-ci à ses spéculations et à ses disputes. La science était forte de la puissance de ses conquêtes, de la sûreté de ses méthodes et de l’infaillibilité de ses résultats. Pour Comte, la science était justement une philosophie en soi. Il entreprend donc de formuler un discours philosophique propre aux sciences : la philosophie positive. Cette dernière devrait alors coordonner les principes de toutes les sciences. Elle devrait en établir la hiérarchie, les liaisons et l’unité (Janet, 1887).

Le mot « positivisme » dérive du participe passé du latin ponere : positus, « posé ». Au 13e siècle, « positif » signifie ce qui est « établi », généralement par institution divine ou humaine. Au 16e siècle, le terme en vient à désigner une connaissance fondée sur des faits, une connaissance certaine (Pickering, 2011). Ainsi, en qualifiant sa philosophie de « positiviste », Comte exprime sa volonté de combattre la pensée vague et les croyances incohérentes de la « métaphysique », qui a ici une connotation négative. Le terme « métaphysique » désigne un domaine de réflexion s’intéressant aux choses ordonnant le monde, par exemple Dieu, les idées, la matière, etc. Dans les débats scientifiques actuels, le terme privilégié est plutôt ontologie, terme issu du grec ancien ontos « être » et logos « discours ». Le terme métaphysique peut toutefois être également employé, avec ou sans connotation négative. La remarque du logicien et philosophe naturaliste Willard Van Orman Quine est intéressant pour saisir l’enjeu de ses considérations : « Ce qu’il y a de curieux avec le problème ontologique, c’est sa simplicité. On peut l’énoncer en trois mots : « Qu’y a-t-il ? » Et l’on peut, qui plus est, lui apporter une réponse en un mot : « Tout » – et chacun acceptera cette réponse comme vraie. Cependant, cela revient à dire simplement qu’il y a ce qu’il y a. Cela laisse la possibilité de désaccords au cas par cas ; et ainsi la question continue de se poser depuis des siècles. » – Quine, W.V.O. (1953). Du point de vue logique. Neuf essais logico-philosophiques. Métaphysique ou ontologique, le positivisme rejette donc toutes considérations de cet ordre. Ainsi, en rejetant tout questionnement sur ce qu’est le monde, toute ontologie, Comte rejette le matérialisme. « Le positivisme écarte irrévocablement à la fois, [le matérialisme] comme anarchique, [le spiritualisme] comme rétrograde » Comte, A. (1848). Discours sur l’ensemble du positivisme. Il s’intéresse seulement aux moyens que nous avons pour connaître le monde, à l’épistémologie, terme issu du grec ancien epistémê « connaissance » et logos « discours » (Premat, 2008). Comme Hume, Kant et d’autres, il n’appréhende que des phénomènes : « Nous ne saurons jamais de quoi sont faites les étoiles. » – Comte, A. (1850). Ainsi, face aux premières théories de l’atome, des positivistes rejetaient l’idée que les atomes existaient réellement. Accepter cette existence serait trop s’avancer : les phénomènes se présentent comme si les atomes existaient, mais cela ne nous permettrait pas de nous prononcer sur ce qu’est réellement le monde (Juignet, 2015). Cette conception tend ainsi vers un certain idéalisme : les idées ou en l’occurrence les modèles théoriques et les lois scientifiques sont privilégiées sur la réalité matérielle. Ce seraient ces idées qui détermineraient le monde et non la matière. Le monde serait loi, et s’expliquerait par elles. Mais cette formalisation n’explique rien. Constater que chauffer l’eau la fait bouillir n’explique rien. Et ce n’est pas cette loi qui fait augmenter le mouvement des molécules d’eau quand elle boue. C’est même le contraire (Drapeau Vieira Contim et Ludwig, 2013). C’est la matière qui fait les lois (Kistler, 2013 ; Sagaut, 2008-2009).

UNE ÉPISTÉMOLOGIE UTILITARISTE

Comte s’inspire de Bacon, Descartes, Kant, Hume et Hegel et tente de faire la synthèse de ces auteurs. Le positivisme ne serait pas un pur rationalisme ou, au contraire, un empirisme absolu (Pickering, 2011). Fonder nos connaissances sur la seule raison, sans expérience concrète, serait inefficace, et à l’inverse, un empirisme absolu, qui ne fonderait nos connaissances que sur notre expérience serait stérile : accumuler des faits ne permet de tirer aucune conclusion. La raison devrait donc organiser rationnellement les données de l’expérience. Par ailleurs, en rejetant tout questionnement sur ce qu’est le monde, Comte rejette la notion même de causalité. Il la juge métaphysique et préfère une conception du monde régi par des lois (Juignet, 2015). L’expérimentation devrait ainsi permettre de formuler des lois sur le fonctionnement des phénomènes. D’une certaine façon, Comte rejette le réalisme : certes la réalité existerait indépendamment de nos perceptions, mais elle ne serait connaissable qu’à travers nos perceptions (Bunge, 1993). En refusant de se référer directement à la réalité, Comte et les positivistes ne peuvent pas concevoir la vérité comme correspondance avec la réalité. Ce qui fonde leur notion de vérité est alors la cohérence logique. Ainsi, lorsque Comte se prononce contre l’existence d’un Dieu, ce n’est pas parce qu’elle serait contraire au fait. Comme de nombreux positivistes, ce qu’il réfute à propos de « Dieu », c’est seulement sa cohérence logique. Il n’existerait pas tel qu’on le décrit car son énoncé est incohérent (Silberstein, 2013). Comte conçoit ainsi l’expérimentation comme une source de données à ordonner logiquement, de façon cohérente, alors que c’est un moyen parmi d’autres de vérifier si les hypothèses correspondent à la réalité (Bunge, 1993 ; Bunge, 2012).

La loi des 3 états illustre assez bien cet accent que Comte met sur la cohérence logique. Selon cette loi, 3 modes de pensée se suivraient nécessairement dans l’histoire : théologique, métaphysique puis positif. Dans l’état théologique, les personnes expliqueraient le monde par des forces et des êtres surnaturels : objets mystiques, dieux multiples puis Dieu unique. Dans l’état métaphysique de l’Histoire, les personnes chercheraient ensuite les causes premières et les causes finales. Ils et elles expliqueraient le monde par des essences personnifiées ou des abstractions : la Nature, la Raison, etc. Ces abstractions ne seraient ni surnaturelles ni positives. Dans l’état positif, les personnes expliqueraient enfin le monde par des lois scientifiques. Elles formaliseraient les « relations constantes de similitude et de succession que les faits ont entre eux » – Comte, A. (1851-1854). « Considérations philosophiques sur les sciences ». Ainsi, dans sa pensée, les idées déterminent le monde. La pensée théologique déterminerait l’histoire médiévale, la pensée métaphysique déterminerait l’histoire d’une période plus récente et ainsi de suite (Muglioni, 2013). Chaque science et chaque société devraient ainsi passer par ces 3 états. Cela définirait leur développement (Kremer-Marietti, 2006). De plus, parce que Comte rejette l’introspection et la psychologie, il applique aussi sa loi des 3 états aux personnes : comprendre l’esprit humain passerait par son étude historique (Clauzade, 2003). Dans cette perspective, la biologie devrait donc certes étudier les relations entre la pensée et le fonctionnement cérébral, mais cela sans faire du cerveau la cause de la pensée. Ce serait rétrograder dans la métaphysique : ce serait oublier le vrai sens de la distinction entre cause et loi faite par le positivisme (Muglioni, 2013). Les conceptions de Comte ne nous permettent pas de comprendre les processus réels, cérébraux comme historiques (Bunge, 1981), ce sont de simples récits dont la seule qualité est d’être logique.

Puisque l’astronomie, la physique, la chimie et la biologie étaient devenues des sciences positives, selon Comte la méthode positive devrait également s’étendre aux phénomènes les plus complexes : la société. Ce serait un domaine où règne encore la pensée théologique et métaphysique. Cette science de la société serait la « sociologie », un terme qu’il contribue à populariser. Dans sa hiérarchie des sciences, la sociologie devrait d’ailleurs couronner toutes les autres sciences (Pickering, 2011). Elle permettrait de comprendre les sciences elle-même. Ainsi, Comte relativisera progressivement la méthode scientifique du philosophe anglais Francis Bacon (observer, conjecturer, vérifier) jusqu’à formuler la sienne : la synthèse subjective. Selon Comte, les connaissances auraient plus à voir avec ceux qui la produisent qu’avec la réalité. Il faudrait donc rapporter chaque science à l’Humanité et à son histoire pour en comprendre le sens (Muglioni, 2013). L’une des raisons pour laquelle Comte privilégie la sociologie sur les autres sciences est par exemple que toute observation présuppose certaine théorie et même un certain nombre d’instruments (Sagaut, 2008-2009). Certes, cela est vrai, mais ce n’est pas parce que l’observation peut être biaisée ou que les faits peuvent être sélectionnés que ces derniers sont subjectifs. Cela nous pousse plutôt à redoubler d’effort pour tendre vers l’objectivité (Bunge, 1993).

Ainsi, Comte conçoit la recherche scientifique avant tout comme un moyen de répondre aux besoins de l’Humanité. Pour cela, il s’oppose aux recherches « oiseuses ou vicieuses », qui n’aurait pas de rapport avec le bien de l’Humanité. Ainsi Comte s’oppose à la spécialisation dispersive des sciences, au « développement anarchique de la recherche scientifique » qui oublierait la philosophie et l’esprit d’unité des sciences (Muglioni, 2013). Nous pouvons effectivement déplorer le désengagement philosophique de certain·e·s scientifiques qui ouvrent la porte aux pseudo-sciences. Même en tant que scientifique, recycler des conceptions idéalistes comme peut justement le faire Comte, c’est entraver la recherche de processus matériels. Par ailleurs, avec sa notion d’unité Comte délégitime un certain nombre de recherches qu’il juge inutile. Si l’utilité des sciences a une telle importance selon Comte, c’est parce que selon lui les sciences seraient d’un grand secours pour résoudre un certain nombre de problèmes de l’époque, notamment d’un point de vue technique. Durant le 19e siècle, la France est bouleversée par une progressive industrialisation et des tensions sociales grandissantes (« Révolution industrielle », 2019). À cette époque la production n’est principalement plus agraire, même si celle-ci a progressé depuis le siècle précédent : 0,4 à 0,5 % par an, donc au moins 40 % sur le siècle (Bernier, n. d.). De nombreuses personnes sont privées de terre et sont contraintes d’aller vers les villes pour travailler dans les industries (« France au XIXe siécle », 2019). En province, une crise de subsistance provoque des troubles. Elle suit deux mauvaises récoltes de céréales (1845 et 1846) et une maladie de la pomme de terre. En 1847, à Buzangçais, les tisserands, ouvriers et journaliers réunis dans les faubourgs s’opposent alors fortement à un transport de grains. Une émeute éclate. Les inégalités se creusent entre les couches populaires qui s’appauvrissent et les notables qui s’enrichissent (« Révolution française de 1848 », 2019). Dans ce contexte, les problèmes sociaux ne peuvent clairement pas se résumer à des problèmes techniques, mais nous verrons par la suite comment l’utilitarisme épistémologique de Comte est en lien avec sa pensée politique. Avant cela, voyons comment de nos jours certains théoriciens et théoriciennes s’inspirent de son utilitarisme épistémologique et ce que nous pouvons y opposer. Ils et elles conçoivent les théories scientifiques comme des conventions et des fictions plus ou moins utile et affirment que ce qui ferait la vérité d’une idée, au-delà de sa cohérence logique, serait justement son utilité. Mais d’une part, beaucoup de connaissances inutiles sont néanmoins vraies et d’autre part, des croyances fausses peuvent être très utiles. Les entreprises partagent énormément ce type de croyances effectivement très utile à leurs fonctionnements, comme le lien entre le mérite et la réussite par exemple. Lorsqu’une connaissance est vraie, elle peut être utile, mais ce n’est pas parce qu’elle est utile qu’elle est vraie (Bunge, 1993).

UNE ÉSTHÉTIQUE DE LA LÉGITIMATION

Bien que les questionnements sur l’art ne soient pas centraux dans la pensée de Comte, il y consacre entre autres la 5e partie de son Discours sur l’ensemble du positivisme. L’approche positiviste de l’esthétique consiste à formaliser les régularités de notre appréciation esthétique. Même si Comte parle de processus physiologique, émotionnel et cérébral, il s’agit encore une fois de formuler des lois. En rejetant tout questionnement ontologique, Comte conçoit donc l’esthétique comme un ensemble de lois déterminantes pour notre appréciation de l’art. Ainsi, si l’on observe un goût partagé pour la symétrie par exemple, peu importe que la cause soit physiologique, culturelle ou autre (Lahbib, 2009). Cela a pour conséquences de définir l’esthétique comme un ensemble de lois idéelles. Nous retrouvons ici son idéalisme qui se désintéresse des processus matériels au profit de lois qui sont alors inexplicables. Nous gagnerions pourtant en compréhension à définir l’art comme une activité pratiquée par différentes espèces (Dissanayake, 2009) et faisant intervenir des propriétés matérielles, des qualités techniques, des effets physiologiques comme l’activation du système de la récompense par exemple (Skov & Nadal, 2017). Cela nous permettrait également de mieux en comprendre les causes culturelles, sociales, économiques, politiques et même écologiques, comme la congruence avec d’autres représentations préexistantes, la présence d’institutions pouvant faciliter la diffusion d’une œuvre, la présence d’un système de mémoire externe tel l’écrit, etc. (Boyd & Richerson, 1985 ; Boyd, 2005 ; Sperber, 1996 ; Sidanius & Pratto, 1999 ; Lorenz, 2021).

La conception esthétique de Comte s’ancre ainsi dans un débat plus large sur la place de l’esprit dans lequel la perspective positiviste se refuse à toute référence aux déterminations matérielles. Elle se contente de formalisation logique plutôt que de rechercher pourquoi certaines déterminations physiologiques, par exemple, détermine certaine expérience mentale (Kistler, 2013) ou certaines appréciations esthétiques pour ce qui nous intéresse ici. Par ailleurs, il est intéressant de voir que vers 1850 se développe un mouvement artistique et littéraire : le Réalisme. Ce courant qui s’oppose au Romantisme est caractérisé par une attitude de l’artiste face au réel, qui vise à représenter le plus fidèlement possible la réalité, avec des sujets et des personnages choisis dans les classes moyennes ou populaires plutôt que nobles ou bourgeoises. Le roman entre alors dans l’âge moderne et aborde des thèmes comme le travail salarié, les relations conjugales ou les affrontements sociaux (« Réalisme (littérature) », 2020). Au-delà de l’intérêt pour les classes populaires que Comte partage notamment en donnant ses cours publics, pour le réalisme littéraire comme pour le positivisme, il s’agit avant tout de montrer plus que d’expliquer.

Tout comme il effectue une classification logique des sciences, des industries ou même des espèces, Comte classifie les arts. Le premier des arts est la poésie, vient ensuite la musique puis la peinture, la sculpture et enfin l’architecture. (Premat, 2008). Ces classifications dont les seules qualités sont d’être logiques laissent dubitatif, mais elles expriment chez Comte ce souci d’unité philosophique. Cette unité permettrait de mettre fin à une sorte d’éclatement qui fait par exemple qu’en tant que mathématicien·ne, une personne n’a pas les mêmes pensées qu’en tant que parent ou admirateur·ices d’œuvres d’art (Muglioni, 2013). Comte s’oppose ainsi à la spécialisation esthétique. Dans l’avenir, il n’y aurait « plus de classes esthétiques proprement dites […] mais une éducation générale disposant à goûter profondément tous les modes d’idéalisation » (McWilliam et. al., 2004). L’unité philosophique du positivisme permettrait également à l’art de trouver son utilité pour la société. L’esthétique serait un moyen utile pour les personnes et la société de se réguler, notamment d’un point de vue moral ou émotionnel. Parce que l’art permettrait de communiquer, il impliquerait un rapport d’altérité à travers lequel les personnes pourraient réguler leurs comportements. L’esthétique ne serait pas un simple embellissement de l’extérieur, elle exprimerait également certaines normes et valeurs. Ainsi nous pourrions même voir les différentes phases sociales de l’Humanité, et à laquelle elle se trouve, à travers l’architecture des bâtiments publique (Premat, 2008). L’artiste devrait ainsi cultiver les « sentiments bienveillants », célébrer « les grandes époques et les grands hommes » et élaborer des fêtes consacrées aux cultes de la Femme et de l’Humanité (McWilliam et. al., 2004).

Comte a raison de déplorer que les connaissances artistiques ne soient pas plus partagées. Mais plus que la spécialisation, c’est la professionnalisation et la confiscation de l’art qui pose problème. La spécialisation n’est pas en soi un problème, le monde est plein de spécificité à exprimer. En revanche, la professionnalisation pousse les artistes à penser comme des entrepreneurs. Startuper ou entrepreneurs sociaux, iels pensent avant tout à plaire et vendre, que ce soit à un maximum de monde, à une niche ou à une élite. L’art ne devrait pas avoir à se plier à des impératifs économiques ou hiérarchique, même informelle. Par ailleurs, il a raison de mettre l’accent sur les normes et valeurs que véhicule l’art, mais son utilitarisme esthétique empêche de penser l’art autrement que comme l’expression d’un intérêt personnel ou collectif. Pourtant, nombre d’œuvres gratuites, d’attentions empathiques existe : des dessins d’enfants aux expressions d’affections soigneusement élaborées que l’on fait à celleux que l’on aime, juste pour qu’iel le sache. Selon Comte, l’art devrait donc célébrer l’humanité, mais il semble qu’il s’agisse plutôt de la complaire en légitimant le statu quo dont nous percevons d’ailleurs bien le sexisme bienveillant (Glick & Fiske, 1996) avec son culte de « la » Femme.

UNE EXPLOITATION ALTRUISTE

Vers la fin du premier volume du Système de politique positive, dans la section qui pose les fondements biologiques de son système social, Comte introduit un terme important de sa pensée : l’altruisme. C’est donc initialement dans un cadre biologique que Comte conçoit ce terme. Il entendait améliorer la description de la nature humaine proposée par saint Paul et par le christianisme. Ainsi la lutte fictive entre la nature et la grâce serait remplacée par l’opposition entre les instincts égoïstes et leurs contraires qu’il faudrait renforcer : les instincts altruistes. En effet, Comte pense qu’utiliser ou ne pas utiliser un organe particulier pouvait conduire à son développement ou à son atrophie. Ainsi les organes cérébraux associés aux fonctions affectives et altruistes pourraient, comme d’autre organe, être renforcés par un exercice régulier. Et cet « exercice » pourrait être transmis aux descendants. Comte est donc partisan de l’hérédité des caractères acquis et saluait à ce titre les travaux biologiques de Jean-Baptiste Lamarck. Pourtant, à la différence de ce dernier, Comte pensait que les espèces n’étaient pas susceptibles de varier indéfiniment. Les organismes pourraient seulement évoluer à l’intérieur des limites fixées par le type spécifique auquel ils appartiennent. Pour cela, des partisans anglais de Comte se sont montrés hostiles à la théorie darwinienne de l’évolution (Dixon, 2012). Certes, un certain nombre d’études montre en effet que des exercices respiratoires particuliers augmentent les performances à des tâches cognitives, diminue la vulnérabilité au stress et favorise la prosocialité, c’est-à-dire des comportements qui vise notamment à aider, soutenir et réconforter autrui (Bornemann et al., 2016 ; Gevirtz, 2013 ; Hallman, Olsson, von Schéele, Melin, & Lyskov, 2011 ; Lehrer et al., 2004 ; Wheat & Larkin, 2010). Mais l’accent excessif qu’il met sur les caractères acquis n’est que la reformulation de la morale chrétienne qui conçoit la morale comme un vernis fragile et récent qui nous distingue des animaux. Définis avant tout comme malveillants et égoïstes, les personnes devraient alors se voir imposer par le haut et par la force un cadre moral contraignant. Ce mythe légitimant un contrôle social autoritaire et punitif (Sidanius & Pratto, 1999) est contraire au fait. Comme l’ont montré de nombreux travaux, la morale est un trait évolutif partagé par les primates et d’autres animaux sociaux (De Waal, 2003 ; Kropotkine, 1906). Nous n’avons pas besoin d’autorité pour être moraux.

Dans la perspective de Comte, les relations sociales devraient être structurées par la production. Cette conception productiviste est d’ailleurs un des fondements des premiers socialismes. Ainsi Comte la partage avec Henri de Saint-Simon (1760-1825) : philosophe de l’industrialisme, économiste et militaire français. Il est aussi fondateur du saint-simonisme et l’un des premiers socialistes avec Fourier. Comte en fut justement le secrétaire. Selon Saint-Simon, le gouvernement doit être contrôlé par des savants, des artistes, des artisans et des chefs d’entreprises. Planifier le secteur agraire créerait ainsi des richesses et améliorerait le niveau de vie de la classe ouvrière (« Claude-Henri de Rouvroy de Saint-Simon », 2019). Par ailleurs, Saint-Simon exhorte les savants à créer une synthèse positive. Selon lui, une nouvelle synthèse de la connaissance scientifique doit remplacer l’Encyclopédie du 18e siècle. Celle-ci serait trop révolutionnaire et destructrice (Pickering, 2011). C’est exactement dans ce projet que s’inscrit Comte. La sociologie devrait donc guider les philosophes positivistes vers l’établissement du « plus grand bonheur possible » – Comte, A. (1817-1824) L’industrie. Dans l’état positif, les positivistes et les industriels gouverneraient alors avec intelligence et altruisme (Pickering, 2011). Ainsi les positivistes devraient formuler les lois de la nature et aussi les lois de la société. Ils devraient alors établir les lois de la production, mais sans s’attaquer à la hiérarchie sociale. Par cette sorte d’analogie entre lois scientifique et lois juridiques (Monvoisin, 2007), son positivisme légitime la hiérarchie sociale comme un état de fait indépassable. La hiérarchie ne serait ni bonne ni mauvaise. Elle ne devrait surtout pas être troublée pour produire. « L’antagonisme matériel se développera de manière à faire bientôt sentir des deux parts le besoin d’un régulateur spirituel » – Comte, A. (1998) Discours sur l’ensemble du positivisme. Éditions GF, Paris, p. 190. Les philosophes positivistes rappellent d’ailleurs les philosophes-rois de Platon, qui n’étaient pas associés aux industriels, mais à des figures de pouvoir caractéristiques d’une autre époque : les gardiens de la cité. Ainsi, l’utopie de Comte ne conduit qu’à un cauchemar hiérarchique et déshumanisant. Prétendre que la hiérarchie serait nécessaire pour résoudre la misère est une erreur. La hiérarchie est précisément ce qui produit la misère et les humiliations qui l’accompagne. En effet, le pouvoir affecte notre perception des autres : quand il ou elle domine, Homo-sapiens déshumanise l’autre. Cela consiste à agir envers les autres et à les percevoir comme s’ils et elles n’étaient pas humain·e·s, en particulier comme s’ils et elles étaient des « animaux » ou des « automates ». La déshumanisation semble empêcher l’identification et l’empathie avec une cible, et facilite l’agression (Gwinn, Judd, & Park, 2013). Par exemple, lorsqu’une personne cherche à maximiser son profit durant l’évaluation d’autrui, comme lors d’un recrutement, l’activité des régions cérébrale de la cognition sociale est réduite (Harris, Capestany, Cohen et Cornell, 2014). L’altruisme au sein d’une hiérarchie n’est donc bien souvent qu’un mythe quand elle ne sert pas à faire taire les conflits et à invisibiliser les inégalités.

Comte développe non seulement une nouvelle conception de l’humain, mais aussi une nouvelle religion : la religion de l’Humanité. Sous son influence, la société serait dominée par la volonté de servir l’humanité. Les prolétaires comme les capitalistes devraient avoir pour but d’être utile au bien du « Grand-Être », c’est-à-dire de « l’Humanité » (Dixon, 2012). Dans cette perspective, la place des femmes est édifiante. Les femmes resteraient au foyer et réguleraient les affections des hommes, pendant que ceux-ci assureraient l’unité active du foyer, en allant au travail. Il cite notamment les écrits de Clotilde de Vaux à laquelle il voue d’ailleurs une dévotion spirituelle et romantique intense : « Le véritable rôle de la femme n’est-il pas de donner à l’homme les soins et les douceurs du foyer domestique, et de recevoir de lui, en échange, tous les moyens d’existence que procure le travail » (Premat, 2008). En cela, la conception utilitariste de Comte est en désaccord avec d’autres utilitaristes plus individualistes. Ainsi, John Stuart Mill s’est plaint de la politique antilibérale de Comte à la fois dans On liberty (1859) et dans Utilitarianism (1863) (Dixon, 2012). Nous voyons donc bien ici que son utilitarisme qu’il voudrait altruiste, est une légitimation de la hiérarchie sociale sur un registre bienveillant et paternaliste. Sa notion d’unité ou d’altruisme légitime avant tout le fait de se soumettre à l’organisation sexiste, aux contraintes et aux rythmes de la production.

LE POSITIVISME EST UN CONSERVATISME

Les prises de positions politiques de Comte lors de différents évènements sont très significatives, notamment contre le club La Voix des femmes qui en 1848 agit pour l’égalité entre hommes et femmes (« Droite de vote des femmes » 2019). Avant même le premier groupe suffragiste en France, fondé en 1876 par Hubertine Auclert, ce groupe est un lieu de débat provoquant de virulentes réactions : la parole libérée des femmes menacerait le modèle de la famille. Sa présidente – Eugénie Niboyet – est caricaturée dans la presse et certaines de ses séances tournent à l’émeute (« Place des femmes en politique en France ». 2019). Comte qualifie ces aspirations féministes naissantes de « vaine égalité ». Elles risqueraient de « plonger la société dans […] l’anarchie ». Le sexisme de la hiérarchie serait une « heureuse subordination spontanée » – Comte, A. (1839-1842). Physique sociale. Cours de philosophie positive. Leçons 46 à 60. Cette subordination serait même nécessaire à l’organisation sociale. Comte se complaît donc dans un déni béat pour légitimer la hiérarchie sociale et sa brutalité. Ainsi, lorsqu’arrive, après la Révolution française de 1789 et celle de 1830, la révolution de 1848, Comte adopte une attitude similaire. Sous l’impulsion des libéraux et des républicains, une partie du peuple de Paris se soulève et la Deuxième République est alors proclamée. Mais en juin 1848, la révolution est réprimée dans le sang : 5 700 morts (« Révolution française de 1848 », 2019). Après cette Révolution, Comte insiste sur le besoin pressant d’une reconstruction politique et sociale pour assurer le bien-être commun (Pickering, 2011). En 1851 il accueille ainsi favorablement le coup d’État de Louis-Napoléon Bonaparte (Dixon, 2012). Son attitude politique est donc des plus conservatrices. Dans cette perspective, Comte développe une notion de progrès (Pickering, 2011) qui minore les multiples conflits sociaux. Dans la logique de sa loi des 3 états, les évènements historiques seraient dominés par une logique prétendument progressiste. Le progrès serait donc inéluctable. Sa conception du progrès étouffe ainsi sous un prétendu sens de l’histoire les cris des victimes du patriarcat et de la hiérarchie sociale en général. C’est une injonction au silence. Pourtant, le progrès n’est pas constant, immuable, fatal. Il peut s’arrêter et la situation peut évidemment même se dégrader. Le progrès se fait, il se prend contre toute hiérarchie.

La place que Comte donne à la science et aux scientifiques dans la société est également caractéristiques de son orientation politique. Selon Comte, lorsque la sociologie aura le même niveau de certitude que les sciences de la nature, la connaissance humaine sera unifiée. La science ne serait ainsi plus cette recherche foisonnante, mais une autorité incontestable. Les savants devraient ainsi devenir les « prêtres » d’un nouveau « Culte de l’Humanité ». Ils devraient assurer « Ordre et Progrès » à la société. Ainsi, Comte n’accumule pas des connaissances dans le but de se livrer au doute et au scepticisme. Il pense même que la critique serait préjudiciable à l’unité des sciences. Sa philosophie devrait plutôt constituer une autorité morale unifiant l’humanité (Pickering, 2011). Mais la science n’est pas une autorité. Le registre de la contrainte et de la soumission aux sciences, n’a de sens que dans une conception irréductiblement mystique ou idéaliste. Les scientifiques ne s’accordent pas arbitrairement. Ils et elles s’accordent selon la pertinence de leurs arguments et la force de leurs preuves. Une science incapable de convaincre n’en est pas une. Accepter des lois sans les comprendre n’a rien de scientifique, et lorsque nous partageons la même compréhension des choses l’autorité n’a aucune utilité (Bakounine, 1882). La hiérarchie sociale est d’ailleurs néfaste pour la recherche elle-même comme le montre l’exemple suivant : le nombre d’articles publiés est devenu la base de sélection pour les postes universitaires, pour la titularisation et les promotions. C’est également devenu le critère pour l’attribution des subventions, et cela pose problèmes (Rajasekaran, 2012). La concurrence croissante et cette culture du « publier ou périr » dans le monde universitaire entre en conflit avec l’objectivité et l’intégrité de la recherche. Il s’avère que les pressions de publication augmentent les biais scientifiques dans les environnements universitaires plus compétitifs et « productifs » (Fanelli, 2010).

Le problème politique des conceptions de Comte n’est pas son adhésion aux sciences. Un monde de mystère ne sera pas plus libre. Réhabiliter le mystère ou le subjectivisme au nom de la liberté, c’est promouvoir de nouveaux asservissements. Le problème c’est de limiter arbitrairement le questionnement scientifique. C’est d’imposer un monde de lois inexplicable ou encore, de limiter la science à une simple classification logique pour légitimer une hiérarchie sociale déshumanisante. Le problème c’est d’être conservateur et pour cela d’être un scientifique médiocre. C’est accepter la hiérarchie alors qu’elle s’oppose à la qualité des recherches. C’est faire de la science comme du maintien de l’ordre, en classifiant sans se poser plus de question : c’est faire de la pseudo-science qui n’a que la qualité d’être logique. Ce qui est assez ironique étant donné l’histoire du terme « pseudo-science » issu justement de ce positivisme prompt à tracer des frontières arbitraires.

CONCLUSION

Comte s’oppose au matérialisme et développe une conception des sciences unies par leur utilité sociale. En définitive, il met la science au service de la hiérarchie. De même pour sa conception de l’esthétique qui est des plus complaisantes. Il oppose aux affres de l’autorité un simple altruisme qui n’est qu’une reformulation de la morale paternaliste du christianisme. Le positivisme affirme, à raison, le bien-fondé de la science et de son potentiel égalitaire et progressiste. Mais la philosophie de Comte est autoritaire. Ses philosophes dispenseraient les bonnes paroles à un peuple serviable, servile. Il veut la science sans la lutte contre l’autorité qui l’anime. Sa stratégie politique atteint pour finir des sommets détestables : Comte concevant les idées et la science comme « le » moteur du changement historique (Pickering, 2011), il espérait concilier droite et gauche politique autour du positivisme et opéra alors un tournant conservateur (« Auguste Comte », 2019). Tout cela n’est qu’inconséquence.

Dans tous les courants politiques, certain·e·s se réclament de la science. C’est bien souvent pour éblouir et user d’autorité. Ce sont des charlatans. Mais d’autres rejettent la science car elle serait responsable de nombres d’horreurs. Celleux-là se gardent bien de dénoncer toute autorité. Et si jamais iels le font, c’est pour la remplacer bien sûr. La hiérarchie est la cause de nombre de nos malheurs. Pour y mettre fin, abolissons-la. Une science qui tolère les tourments infligés par la hiérarchie sociale est une science inconséquente. Une science matérialiste est anarchiste, oui ! Les faits sont clairs et explicites. La hiérarchie est un désastre (Sidanius & Pratto, 1999 ; Sapolsky, 2004 ; Sapolsky, 2005 ; Scholes et. al., 2018). Nous en crevons tous, humain, non humain, comme écosystème (« Rapport du GIEC : Réchauffement climatique de 1,5 °C », 2019). La révolution n’est pas inéluctable, elle est à faire : le seul avenir vivable pour l’humanité est l’abolition de tout ce qui nous hiérarchise. Une société égalitaire, anarchiste et écologique, est possible en défaisant tout ce qui nous détruit. Répéter simplement les conclusions des rapports scientifiques est inconséquent, suicidaire. L’Anarchie ou rien.

Guillaume Deloison – 2022

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Kropotkine, P. (1906). L’entraide, un facteur de l’évolution. Hachette. https://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99Entraide,_un_facteur_de_l%E2%80%99%C3%A9volution

Lahbib, O. (2009). Sur l’esthétique positiviste. Revue de métaphysique et de morale, 62(2), 227-245. doi : 10.3917/rmm.092.0227. https://www.cairn.info/revue-de-metaphysique-et-de-morale-2009-2-page-227.htm

Lehrer, P. M.,Vaschillo, Evgeny & Vaschillo, Bronya & Lu, Shou-En & Scardella, Anthony & Siddique, Mahmood & Habib, Robert. (2004). Biofeedback treatment for asthma. Chest, 126, 352-361. Chest. 126. 352-61. 10.1378/chest.126.2.352. https://www.researchgate.net/publication/8407852_Biofeedback_treatment_for_asthma_Chest_126_352-361

Lorenz, D. (2021). De la censure au blockbuster. Étude culturelle des comics de super-héros en France. https://www.theses.fr/s115801

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Rajasekaran, S. (2012). Publish to Florish – is it corrupting science ?. Bone & Joint 360. 1. 4. https://doi.org/10.1302/2048-0105.14.360057

Rapport du GIEC : Réchauffement climatique de 1,5°C. (2019, 1 septembre). Wikisource. À partir de https://fr.wikisource.org/w/index.php?title=Rapport_du_GIEC_:_R%C3%A9chauffement_climatique_de_1,5%C2%B0C&oldid=9856398

Réalisme (littérature). (2020, avril 15). Wikipédia, l’encyclopédie libre. À partir de https://fr.wikipedia.org/w/index.php?title=R%C3%A9alisme_(litt%C3%A9rature)&oldid=169587010.

Révolution française de 1848. (2019, 25 juillet). Wikipédia, l’encyclopédie libre. À partir de https://fr.wikipedia.org/w/index.php?title=R%C3%A9volution_fran%C3%A7aise_de_1848&oldid=161286770.

Révolution industrielle. (2019, 4 août). Wikipédia, l’encyclopédie libre. À partir de https://fr.wikipedia.org/w/index.php?title=R%C3%A9volution_industrielle&oldid=161518245

Sagaut P. (2008-2009). Introduction à la pensée scientifique moderne. Université Pierre et Marie Curie – Paris 6. https://www.lmm.jussieu.fr/~sagaut/epistemologie-v14.pdf

Sapolsky, R. M. (2004). Social Status and Health in Humans and Other Animals. Annual Review Of Anthropology, 33, 393-418. https://www.researchgate.net/publication/228982398_Social_Status_and_Health_in_Humans_and_Other_Animals

Sapolsky, R. M. (2005). The influence of social hierarchy on primate health. Science. 308. https://pdfs.semanticscholar.org/7536/e80f645c536ba6445be569ecec8b8e68dcad.pdf

Sidanius, J., & Pratto, F. (1999). Social Dominance : An Intergroup Theory of Social Hierarchy and Oppression. Cambridge : Cambridge University Press. doi : 10.1017/CBO9781139175043

Silberstein, M. (2013). Chapitre 2. La fonction architectonique du matérialisme. Dans : Marc Silberstein éd., Matériaux philosophiques et scientifiques pour un matérialisme contemporain. Volume 1 : Sciences, ontologie, épistémologie (pp. 71-93). Paris : Éditions Matériologiques. https://doi.org/10.3917/edmat.silber.2013.01.0071 » https://www.cairn.info/materiaux-philosophiques-et-scientifiques-vol-1–9782919694518-page-71.htm

Skov, M. & Nadal, M. (2017). Art is not special : An assault on the last lines of defense against the naturalization of the human mind. Reviews in the neurosciences. 29. 10.1515/revneuro-2017-0085. https://www.researchgate.net/publication/320730539_Art_is_not_special_An_assault_on_the_last_lines_of_defense_against_the_naturalization_of_the_human_mind

Sperber, D. (1996). La Contagion des Idées : théorie naturaliste de la culture. Odile Jacob.

Sperber, D., Mercier, H. (2010). Reasoning as a Social Competence. https://www.researchgate.net/publication/228299782_Reasoning_as_a_Social_Competence

Wheat, A. L., & Larkin, K. T. (2010). Biofeedback of heart rate variability and relatedphysiology: a critical review. Applied Psychophysiology Biofeedback, 35(3), 229-242.doi:10.1007/s10484-010-9133-y. https://forum.quantifiedself.com/uploads/default/original/2X/9/9f81be74730dc4ad3cd62ad1a7b4368a2c674400.pdf

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IL Y A AUSSI DE BONS FLICS ? #NotAllCops


Aux États unis, certain·e·s flics ont posé un genou à terre en hommage à George Floyd. En France, on a vu des flics distribuer des bonbons dans la rue. Cela voudrait-il dire qu’il y a aussi des bons flics ?

IL Y A AUSSI DE BONS FLICS ? #NotAllCops

Alors pourquoi iels donnent des bonbons avec leurs uniformes ? Parce que ce sont de gentilles personnes ? Iels pourraient donner des bonbons sans uniforme, mais dans le contexte des violences policières actuelles, ce n’est pas anodin. C’est une stratégie bel et bien politique.

Se contenter de faire passer le message « on est pas tous méchant regarder moi je suis gentil·le » en distribuant des bonbons dans un contexte de violences policières quotidienne, d’affaire de meurtre commis par la police quasiment toutes les semaines ou au moins tous les mois (sans parler de George Floyd et le combat d’Assa Traoré pour son frère Adama, les images qui viennent de sortir sur Cedric Chouviat, les 1 ans de la mort de Steve Maia Caniço, la manif la semaine dernière pour Lamine Dieng… et je parle que d’événements de cette semaine et la liste est tellement longue… c’est abominable et je suis sur de pas être exhaustif (Bastamag, 2018). Bref, c’est vraiment répugnant et ça montre a quel point iels en ont rien à foutre des comportements problématiques de leurs collègues : ce qui importe c’est leur ego, leur propre image (Ce qui est un manque sidérant d’empathie pour les familles des victimes de meurtre policier). Iels privilégient la com’ plutôt que de régler le problème. Iels préfèrent renforcer la croyance selon laquelle la police est là pour protéger les gens. On a tous lu ça dans les livres pour enfant mais c’est évidemment faux. La police n’a pas été créée pour ça et n’a jamais eu cette fonction, ce n’est qu’un mythe. Sa fonction est de maintenir le statu quo. D’ailleurs c’est pareil pour la prison et le système pénale en général (Sidanius et Pratto, 1999). Après que les policier·es soit gentil ou non a coté n’a aucune importance, iels font leur travail, iels terrorisent les individus en bas de la hiérarchie sociale. Malheureusement cela laisse des marques et les policier·es endossent majoritairement des croyances légitimant la hiérarchie, iels ont des supers hauts scores d’autoritarisme de droite (Altemyer, 1981 ; Body Gendrot & Whitol de Wenden, 2003), votent à plus de 50 % pour le FN et quasiment tous pour un parti d’extrême droite (Leboucq, 2020). Et je passe sur leurs collaborations répétées avec des groupuscules d’extrême droite comme génération identitaire ou autre qu’iels protègent pendant les manifs (La horde, 2020).

Alors y a-t-il de bons flics ? La question n’est pas pertinente. Il n’y a pas de bonne police et toute perspective égalitaire passe par son abolition.

Guillaume Deloison

RÉFÈRENCES :

Bastamag (2018). Base de données. https://bastamag.net/webdocs/police/

Body Gendrot, S., Whitol de Wenden, C. (2003). Police et discriminations raciales : Le tabou français.

La horde (2020). Manif contre les violences policières à Paris : la provoc’ des identitaires tourne court. https://lahorde.samizdat.net/2020/06/14/manif-contre-les-violences-policieres-a-paris-la-provoc-des-identitaires-tourne-court/

Leboucq, F. (2020). Est-il vrai que les policiers et gendarmes votent à 75 % pour l’extrême droite, comme le dit Mélenchon ?. https://www.liberation.fr/checknews/2020/06/10/est-il-vrai-que-les-policiers-et-gendarmes-votent-a-75-pour-l-extreme-droite-comme-le-dit-melenchon_1790710

Sidanius, J., & Pratto, F. (1999). Social Dominance: An Intergroup Theory of Social Hierarchy and Oppression. Cambridge: Cambridge University Press. doi:10.1017/CBO9781139175043. https://www.cambridge.org/core/books/social-dominance/ADA29C256881001463D6E2777404DB95

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A CERCLÉ 05/20


Troisième numéro de ce cercle de discussion avec Alexandre, anarchiste qui vient de lancer sa chaine Rationaliste Matérialiste, Cécile et Gaspard, communistes libertaires. On y parle de femme anarchiste, de science, d’éducation et de plein d’autre trucs

La chaine Rationaliste Matérialiste :
https://www.youtube.com/channel/UCIKREu4XyoPTLPJWDRXs98g

Duckitt, John & Sibley, Chris. (2010). Personality, Ideology, Prejudice, and Politics: A Dual-Process Motivational Model. Journal of personality. 78.
https://www.researchgate.net/publication/47642855_Personality_Ideology_Prejudice_and_Politics_A_Dual-Process_Motivational_Model

Les enfants, victimes invisibles du confinement :
https://www.facebook.com/UnionCommunisteLibertaire/posts/3814503175289693

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CONTRE LES PSEUDO-ECOLOGIES D’EXTRÊME DROITE


 

L’extrême droite se définit comme un ensemble de courants politiques œuvrant à accentuer la hiérarchie sociale. Iels s’accordent sur une vision du monde autoritaire mais la place de la nature dans leur discours change selon les situations politiques. Aujourd’hui, quelle place prend la nature dans leurs discours pseudo-écologistes ? Quel horizon écologique leur opposer ? Lire la suite

A CERCLÉ 04/20


Second numero de ce cercle de discussion avec Nada qui vient de sortir son album et Rim Mava militant·e anarchocommuniste.

Nada : https://nadamusic.bandcamp.com/

RÉFÉRENCES (dans l’ordre chronologique énnoncé):
Générateur de nom de parti politique :
https://atelier.leparisien.fr/widgets/pages/generateur/partispolitiques.html
Viciss Hackso (2017). [F1] Espèce de facho ! Études sur la personnalité autoritaire
https://www.hacking-social.com/2017/01/16/f1-espece-de-facho-etudes-sur-la-personnalite-autoritaire/
Viciss Hackso (2019). [MQC] Le potentiel fasciste, l’autoritaire et le dominateur.
https://www.hacking-social.com/2019/09/02/mcq-le-potentiel-fasciste-lautoritaire-et-le-dominateur/
Sortir du capitalisme (2020). Validisme et darwinisme social à l’ère du coronavirus
http://sortirducapitalisme.fr/emissions/310-validisme-et-darwinisme-social-a-l-ere-du-coronavirus
Brigades de Solidarité Populaire :
https://www.facebook.com/BrigadesSolidaritePopulaire/
Covid Entraide :
https://covid-entraide.fr/
Greve des Loyers:
https://grevedesloyers.info/
Appel à la solidarité pour aider les TDS les plus précariséEs par le Virus Covid-19.
https://www.leetchi.com/c/aider-les-tds-face-au-covid19
fond d’action sociale trans :
https://www.helloasso.com/associations/acceptess-t/formulaires/2/
Faire un don à 2MSG MIGRATIONS, MINORITÉS SEXUELLES ET DE GENRE :
https://www.helloasso.com/associations/2msg-migrations-minorites-sexuelles-et-de-genre/formulaires/1
Prisonniers: les grands oubliés du confinement – Interview avec Guillaume Deloison
https://blogs.mediapart.fr/desobeissance-ecolo-paris/blog/290320/prisonniers-les-grands-oublies-du-confinement-interview-avec-guillaume-deloison
Étude sur le confinement:
https://ecostudies.frama.site/
Générateur de texte appelo :
http://iqvator.atwebpages.com/
Lundi Matin et son virus bourgeois :
https://blogs.mediapart.fr/merome-jardin/blog/220320/lundi-matin-et-son-virus-bourgeois

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PSYCHANALYSE / SCIENCE & ANARCHISME


Avec Armaruak et Reflexion Faite on parle de psychanalyse. Après avoir critiqué le bien-fondé scientifique de ce courant, nous élargirons la réflexion sur la place que prend la psychanalyse à gauche de l’échiquier politique et notamment avec les théories marxistes. Il sera aussi par la suite question de notre rapport à la science en tant qu’anarchiste.

Armaruak : https://twitter.com/armaruak
Reflexion Faite : https://www.youtube.com/channel/UCb4GwqOR5bIUHpvDS_UOC1A

RÉFÉRENCES :
Arte. (2018). Propaganda, la fabrique du consentement.
Bakounine, M. (1882). Dieu et l’état. https://www.youtube.com/watch?v=Jc4IWUfua9g
Bakshi, R., Czarnecki, D., Shaikh, Z. A., Priore, R. L., Janardhan, V., Kaliszky, Z., Kinkel, P. R.(2000). Brain MRI lesions and atrophy are related to depression in multiple sclerosis. NeuroReport. 11. 6. p 1153-1158 https://journals.lww.com/neuroreport/Abstract/2000/04270/Brain_MRI_lesions_and_atrophy_are_related_to.3.aspx
Bunge, M. (1981). Le matérialisme Scientifique. Syllepse.
Bouveresse, J. (1999). Prodiges et vertiges de l’analogie. éd. Raisons d’agir.
Catherine Meyer – Le livre noir de la psychanalyse
Depardon, R. (2017).12 jours.
Kling, A. S., Metter, E. J., Riege, W. H., & Kuhl, D. E. (1986). Comparison of PET measurement of local brain glucose metabolism and CAT measurement of brain atrophy in chronic schizophrenia and depression. The American Journal of Psychiatry, 143(2), 175–180. https://psycnet.apa.org/record/1986-17378-001
Le phallus et le néant. https://lephallusetleneant.com/
Pálsson, S., Aevarsson, Ó, & Skoog, I. (1999). Depression, cerebral atrophy, cognitive performance and incidence of dementia: Population study of 85-year-olds. British Journal of Psychiatry, 174(3), 249-253. doi:10.1192/bjp.174.3.249 https://www.cambridge.org/core/journals/the-british-journal-of-psychiatry/article/depression-cerebral-atrophy-cognitive-performance-and-incidence-of-dementia/C6F4A5A049AB93C3393ACC2F107A6D3C
Ponce, C. & Arellano Hernández, A. (2015). Articulation science et société : un guide méthodologique pour les étues sociales des sciences et technologies: À propos de Dominique VINCK (2015). Ciencias y sociedad. Sociología del trabajo científico. Barcelona, Gedisa. Revue d’anthropologie des connaissances, vol. 9, 4(4), 503-511. doi:10.3917/rac.029.0503. https://www.cairn.info/revue-anthropologie-des-connaissances-2015-4-page-503.htm
Robert, S. (2014). Les déconvertis de la psychanalyse. Dragonbleu TV. https://www.youtube.com/watch?v=LgD9I31JD30
Robert, S. (2019). Hold up sur la psychologie. https://www.youtube.com/watch?v=uHKxxjB3kps
Robert, S. (2019). Le mur : l’autisme à l’épreuve de la psychanalyse. Dragon Bleu TV. https://www.youtube.com/watch?v=PS2dlJh5U60
Sapolsky, R. M. (2005). The influence of social hierarchy on primate health. Science. 308. https://pdfs.semanticscholar.org/7536/e80f645c536ba6445be569ecec8b8e68dcad.pdf
Sapolsky, R. B. (2004). Social Status and Health in Humans and Other Animals. https://www.researchgate.net/publication/228982398_Social_Status_and_Health_in_Humans_and_Other_Animals
Sidanius, J., & Pratto, F. (1999). Social Dominance: An Intergroup Theory of Social Hierarchy and Oppression. Cambridge: Cambridge University Press. doi:10.1017/CBO9781139175043
Zététique :
Hygiéne Mentale https://www.youtube.com/user/fauxsceptique
Esprit critique https://www.youtube.com/channel/UC0yPCUmdMZIGtnxSnx5_ifA
Le CorteX https://cortecs.org/

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Révolutions, contre-révolutions et guerres de l’Algérie à l’Iran et de Syrie au Yémen (2011-2019)


Une discussion de Guillaume Deloison et d’Armand Paris de Sortir du capitalisme autour des révolutions, des contre-révolutions et des guerres de l’Algérie à l’Iran et de Syrie au Yémen des premiers « Printemps arabes » à nos jours.

L’émission comporte :

Une définition des caractéristiques communes de l’espace allant de l’Algérie à l’Iran et de la Syrie au Yémen, aux racines des soulèvements de cette région : héritage colonial ou semi-colonial, sous-industrialisation, prédominance du capitalisme d’Etat et rentier (hydrocarbures, construction, tourisme), dépendance aux importations, à l’envoi d’argent des diasporas et aux institutions internationales (FMI), chômage et travail informel massifs, fortes inégalités ;

Une description du cycle révolutionnaire et contre-révolutionnaire en Egypte (2011-2013) et de ses composantes : prolétariat urbain, prolétariat industriel, classes moyennes, commandement militaire, président et ses proches, classe politique, capitalistes de connivence, capitalistes indépendants ;

Une analyse du rôle contre-révolutionnaire des impérialismes régionaux et internationaux depuis 2011 ;

Une critique du conspirationnisme d’Etat et de gauche « anti-impérialiste » et des lectures orientalistes des soulèvements et des conflits, vus sous un prisme confessionnaliste, ethniciste, romantique révolutionnaire, sécuritaire ou encore islamophobes ;

Une analyse des positions de l’extrême-droite soralienne et des rouges-bruns vis-à-vis des soulèvements ;

Une évaluation critique des réalisations du PYD au Rojava ;

Une discussion des luttes et des problèmes écologiques (correctif à ce sujet), des gauches et des perspectives politiques dans cette région du monde ;

Une analyse des causes de l’échec des modernisations de rattrapage « socialistes » des années 1960-1970 en Égypte, en Syrie, en Irak et en Algérie ;

Une description des modalités d’intégration au capitalisme mondial des pays de cette région du monde ;

Une analyse de Daech comme un État de milices rebelles islamistes armées plutôt que comme fasciste, et de l’islamisme comme mouvement d’opposition néo-conservateur, interclassiste, hégémonique face à un nationalisme arabe en crise de légitimité, et promoteur d’un dépassement illusoire des difficultés socio-économiques au travers d’un capitalisme pieux, donc « vertueux », « moral » et charitable ;

Une conclusion sous forme d’un bilan des révolutions et des contre-révolutions, avec des perspectives au sujet de l’évolution politique future de cette région.

Émission sur le site Sortir du capitalisme avec ses sources :
http://sortirducapitalisme.fr/emissions/304-revolutions-contre-revolutions-et-guerres-de-l-algerie-a-l-iran-et-de-syrie-au-yemen-2011-2019

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FRAGMENTS ANARCHISTES


6 Fragments classiques de l’anarchie pour saisir le potentiel théorique de ce mouvement qui fait de la lutte contre toute coercition, contre toute autorité son fondement. J’ai réalisé cette vidéo dans le but de mettre au centre des réflexions la catégorie de l’autorité qui n’est à mon sens pas assez thématisée. C’est une invitation a continuer cette approche théorique et découvrir ses spécificités et sa force.

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PHILOSOPHER – MARX


« Pour nous, le communisme n’est pas un état de choses qu’il convient d’établir, un idéal auquel la réalité devra se conformer. Nous appelons communisme le mouvement réel qui abolit l’état actuel des choses. » Karl Marx.

Karl Marx, naît le 5 mai 1818 à Trêves en Rhénanie et meurt le 14 mars 1883 à Londres. Il est historien, journaliste, philosophe, sociologue, économiste, essayiste, théoricien de la révolution, socialiste et communiste. Connu pour sa conception matérialiste de l’histoire, sa description des rouages du capitalisme, et pour son activité révolutionnaire au sein du mouvement ouvrier, il a notamment participé à l’Association internationale des travailleurs. Marx a eu une grande influence sur le développement ultérieur des sciences humaines et sociales. Ses travaux ont influencé de façon considérable le XXe siècle, au cours duquel de nombreux mouvements révolutionnaires se sont réclamés de sa pensée.

Marx a été déterminant dans l’évolution de ma pensée. Ces réflexions critiques hantent nombre de mes écrits. Mais la plupart des Marxistes m’agacent. J’ai sûrement plus lu de commentaires de ces textes que sa propre prose. Ses édifices théoriques sont bien souvent tenus plus par son nom que par les faits. Marx répugnerait le marxisme, c’est certain. Il faut le critiquer, il faut le dépasser et faire de son matérialisme, plus qu’une posture. Vivifions sa pensée.

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GUILLEMET N°1


Nouveau format assez simple. Je vous partage mes lectures du moment :
Mona Chollet – Sorcières
Noam Chomsky – Raison et liberté
Guide du jardinage biologique
Marc Silberstein – Matériaux philosophique et scientifique pour un matérialisme contemporain

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LIVE 16/02/19 Projet, Anti-autoritaire, Psychologie et dominance sociale


Salut, je sais plus à combien de live je suis mais bref ici je parle de mes futurs projets, notamment des causeries, des formes de live collectif qui pourront voir le jour quand j’aurais changé d’ordinateur (surement avant l’été, j’espère), la réduction de nombre de vidéo plus formel comme à mon habitudes pour des raisons d’autres projet perso et de découverte théorique qui me prennent du temps, et aussi par envie de beaucoup plus travailler mes vidéos à l’avenir. Découverte théorique dont je vous partage quelques lignes pendant la suite du live notamment en abordant les recherches en psychologie sociales de Sherif et sa théorie du conflit réaliste, Tajfel et turner et la théorie de l’identifié sociale que l’on retrouve dans la théorie de la dominance sociales de Sidanius et pratto

Source:
Manifeste des chômeurs heureux:
https://inventin.lautre.net/livres/Le-manifeste-des-chomeurs-heureux.pdf
https://agitationautonome.com
http://sortirducapitalisme.fr/
Théorie de la dominance sociale:
http://www.prejuges-stereotypes.net/espaceDocumentaire/dambrunTDS.pdf
+Cadeau:
https://tel.archives-ouvertes.fr/tel-01769505/document

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Live 27/11 Confusion et Révolution


Ce soir on parle gilet jaune, confusionnisme et et révolution entendu comme abolition de toute hiérarchie et du travail

Dans la premiére demi heure je donne des élèments d’analyse des gilets jaunes pour ensuite analyser une vidéo « confusioniste » et la critiquer point par point en contraste avec une critique radical du travail et des hiérarchies

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CONTRE LA GAUCHE DU CAPITAL


CONTRE LA GAUCHE DU CAPITAL

L’idée de révolution semble s’être dissoute en l’air, de même que toute critique radicale du capitalisme. Bien sûr, on admet généralement qu’il y aurait de nombreux détails à changer dans l’ordre du monde. Mais sortir du capitalisme tout court ? Et pour le remplacer par quoi ? Qui pose cette question risque de passer soit pour un nostalgique des totalitarismes du passé, soit pour un rêveur naïf. Mais au regard de notre situation écologique et sociale il est bien nécessaire de porter une critique radicale du capitalisme, de mettre à nu son caractère destructeur, et en même temps historiquement limité.

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CLASSE / RACE : FAUX DILEMME, VRAI PROBLÈME


CLASSE / RACE : FAUX DILEMME, VRAI PROBLÈME

Pour certain le racisme n’a jamais ségrégué les personnes en « communautés distinctes », il faut « l’action d’individus » plus ou moins malintentionnés vis-à-vis de la lutte de classe, de la classe ouvrière et ses institutions pour que tels malheurs arrivent, pour que la lutte des classes soit effacé par la lutte des races.

Comme s’il n’y avait pas eu d’ « affaires du foulard », de déclarations gouvernementales lors des grèves de l’automobile au début des années 1980, de débats sur la construction de mosquées et des menus de substitution dans les cantines scolaires, de tapages médiatiques autour des perquisitions administratives et des assignations à résidence, comme si la « double peine » et l’inflation du soupçon administratif à chaque étape de la vie quotidienne n’existé pas, comme si personne n’aurait entendu parler de l’effondrement des « Twin Towers » sans les xénophobes et les xénophiles, sans qui également le massacre du Bataclan serait sans doute resté « confidentiel ».

Mais pourquoi le « bouc émissaire » est-il devenu « musulman » et n’est pas resté « arabe », « travailleur immigré » ou « immigré » tout court ? La « décomposition du mouvement ouvrier » est un facteur objectif bien général et bien antérieur à la fabrication du musulman comme marqueur racial. Les causes de la « culturalisation » de l’immigré et de sa descendance puis la confessionnalisation de cette « culturalisation » sont des processus réels de la crise et de la restructuration des années 1970 aux années 1980, le regroupement familial, les « deuxième et troisième générations » pour exemple… étudions ces processus. Lire la suite

CRITIQUE DE LA DEMOCRATIE


CRITIQUE DE LA DEMOCRATIE

Depuis une trentaine d’années en France, toute la conflictualité sociale paraît devoir s’exprimer à travers les luttes de la fonction publique, par le biais de grandes grèves orchestrées par les syndicats, dans ce qu’on appelle des mouvements sociaux. La plupart de ces mouvements ont eu pour enjeu de s’opposer à une réforme touchant le service public, ou la gestion par l’Etat de différents éléments ayant trait à la reproduction globale de la force de travail (assurance chômage, sécurité sociale, retraites, etc.) Dans ces luttes c’est affirmé un citoyenisme qui entend faire de la democratie, le moyen indépassable du changement social.

La « démocratie représentative », c’est-à-dire l’État capitaliste parlementaire, n’a plus de légitimité chez une part grandissante des gens, d’où un engouement toujours plus fort des déçu-e-s pour un mot d’ordre, celui de « démocratie directe ». Le mot d’ordre de « démocratie directe » peut être effectivement une étape vers une critique émancipatrice des hiérarchies et de l’État, et témoigne assez souvent d’une authentique volonté d’égalité réelle ( quoi que pas toujours, l’extrême-droite s’en servant de plus en plus comme cheval de Troie de diffusion de ses idées). Les « assemblées générales » (AG), sont souvent nécessaires dans une lutte, mais leurs répétition et leur mystification comme incarnation de la democratie est elle un moyen de lutte émancipateur, cette forme de democratie est elle même un horizon souhaitable ? Lire la suite

CONQUÉRIR NOTRE AUTONOMIE


CONQUÉRIR NOTRE AUTONOMIE

On bétonne, la planète surchauffe, les écosystème sont exterminés. Nos conditions de vies sont de plus en plus fragiles, et tout espoir d’amélioration a disparu.On ne revendique plus le maintien de l’emploi mais des indemnités, on ne revendique rien mais on se révolte contre tout ce qui fait nos conditions d’existence. Quel sens peut avoir une grève corporatiste quand on sait que l’on aura 36 taffs différents dans une vie ? Alors comment construire la société de demain ?

Dans cet effondrement, ce documentaire critique présente les moyens théoriques et pratique de construire une société égalitaire et libertaire, de conquérir notre autonomie. Différentes pensées critique sont abordées pour construire une stratégie efficace, pour que le vivant se déploie face au système marchand dans sa totalité. Il nous faut maintenant réfléchir à ce que pourrait être une société sans travail – ce qui ne veut pas dire sans production, mais sans usines, sans chronomètres, sans souffrances.

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LECTURE #3 : Qu’est-ce que l’écologie sociale ? – Murray Bookchin


LECTURE #3 : Qu’est-ce que l’écologie sociale ? – Murray Bookchin

 

 
L’écologie sociale appréhende notre société comme un ensemble liés et divers. En étendant le concept d’écologie au social, Murray Bookchin en fait un outil déterminant pour analyser les rapports de dominations de notre modernité capitaliste. Comme arme théorique, l’écologie sociale permet, de plus, de déployer une société libérée de toute autorité, de toute domination.
 
Largement méconnue en France, Murray Bookchin est un auteur libertaire fondamental de notre époque qui a déjà influencé de nombreuses luttes à l’internationale.
 

Cette vidéo est une lecture d’une grande partie du livre auquel j’ai recoupé quelques parties pour réduire la durée de la vidéo

Vous pouvez trouver l’œuvre complète ici :
https://inventin.lautre.net/livres/Bookchin-qu-est-ce-que-l-ecologie-sociale.pdf

 
 

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LECTURE 2#| Complet/ Autonomie individuelle et force collective – Alexandre Skirda


LECTURE 2#| Autonomie individuelle et force collective – Alexandre skirda

Lecture de « Autonomie individuelle et force collective.
Les anarchistes et l’organisation. » d’Alexandre Skirda

20 étapes déterminantes dans l’histoire de l’anarchisme depuis ses origines jusqu’à 1968. Les pensées de grands noms anarchistes sont étudiées comme Bakounine, Kropotkine, Malatesta, Pouget, Makhno mais aussi Proudhon, Stirner, Voline, et bien d’autres. De la propagande par le fait, à l’action directe syndicaliste, les grands concepts anarchistes sont étudiés au regard de l’histoire et de leurs spécificités organisationnelles. Comment constituer un mouvement anarchiste souple et puissant, c’est à cette question que l’histoire nous apporte des éléments de réponses.

Cette adaptation a été réalisée en recoupant certaine partie au texte d’origine pour des questions de longueur, l’œuvre complète est ici:
https://fr.scribd.com/document/53691656/Autonomie-Individuelle-et-Force-Colletive-Les-anarchistes-et-l-organisation-de-Proudhon-a-nos-jours

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LECTURE 2#| 20/20: Se donner les moyens de ses fins


LECTURE 2#| 20/20: Se donner les moyens de ses fins

Lecture de « Autonomie individuelle et force collective.
Les anarchistes et l’organisation. » d’Alexandre Skirda

Vingtième partie sous forme de conclusion. Nous avons étudié l’histoire du mouvement anarchiste en France, Espagne et Russie. Nous avons appris beaucoup et il s’agit maintenant de s’organiser, fort de cette expérience passée. L’anarchisme social au sens large a ouvert la voie à des pratiques émancipatrices, elle a était l’expérimentation la plus authentique d’abolition de la société de classe. Il s’agit aujourd’hui de lui redonner sa place dans l’histoire pour relever les défis écologiques de notre temps

Cette adaptation a été réalisée en recoupant certaine partie au texte d’origine pour des questions de longueur, l’œuvre complète est ici :
https://fr.scribd.com/document/53691656/Autonomie-Individuelle-et-Force-Colletive-Les-anarchistes-et-l-organisation-de-Proudhon-a-nos-jours

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LECTURE 2#| 19/20: La sortie du tunnel : mai 1968


LECTURE 2#| 19/20: La sortie du tunnel : mai 1968

Lecture de « Autonomie individuelle et force collective.
Les anarchistes et l’organisation. » d’Alexandre Skirda

Dix-neuvième partie sur un retour en force de l’anarchisme. Le mai 68 français voit le retour des drapeaux noir, du lyrisme révolutionnaire. La critique de la vie quotidienne semble ouvrir les champs du possible. Malheureusement le mouvement anarchiste passera dans cet évènement comme un ectoplasme. La Fédération Anarchiste possède maintenant des bons moyens de propagande, espérons et construisons un mouvement libertaire puissant.

Cette adaptation a été réalisée en recoupant certaine partie au texte d’origine pour des questions de longueur, l’œuvre complète est ici :
https://fr.scribd.com/document/53691656/Autonomie-Individuelle-et-Force-Colletive-Les-anarchistes-et-l-organisation-de-Proudhon-a-nos-jours

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LECTURE 2#| 18/20: L’OPB et la FCL (Fédération Communiste Libertaire)


LECTURE 2#| 18/20: L’OPB et la FCL (Fédération Communiste Libertaire)

Lecture de « Autonomie individuelle et force collective.
Les anarchistes et l’organisation. » d’Alexandre Skirda

Dix-huitième partie sur une période peu connu de l’anarchisme. Après la seconde guerre mondiale une fédération anarchiste est fondé sous de bon auspices. Malheureusement l’organisation se désagrégera jusqu’à devenir des chapelles groupusculaires. Les anarchistes mènerons cependant une vrai lutte de classe, renouvelant leur pensée et s’impliquant contre le colonialisme français.

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https://fr.scribd.com/document/536916…

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LECTURE 2#| 17/20: La CNT-FAI en 1936-1939


LECTURE 2#| 17/20: La CNT-FAI en 1936-1939

Dix-septième partie sur un évènement fort pour l’anarchisme. La terre promise de l’anarchie était l’Espagne, depuis longtemps les espagnoles se préparaient et face au fascisme, les anarchistes passent à l’action. Une expérience riche pour le mouvement, autant du point de vue de l’organisation des communes, que pour la défense de la révolution. Malgré tout, les anarchistes seront réprimé-e-s, la collaboration avec les républicains les fragilisera et la révolution échouera. Ce qui fut réalisé restera dans les mémoires.

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LECTURE 2#| 16/20: Le débat sur la plate-forme


LECTURE 2#| 16/20: Le débat sur la plate-forme

Seiziémisme partie sur un débat important pour l’avenir de l’anarchisme. Le groupe Dielo Trouda veut construire par un débat collectif, une forme d’organisation pour l’anarchie, enrichie par les expériences passées. De grands noms de l’anarchisme y répondront et l’influence des fraternités Bakouniniste est présente. Ce débat inspirera tout une génération de militant.

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LECTURE 2#| 11/20: Le congrès anarchiste international d’Amsterdam


LECTURE 2#| 11/20: Le congrès anarchiste international d’Amsterdam

Lecture de « Autonomie individuelle et force collective.
Les anarchistes et l’organisation. » d’Alexandre Skirda

Onzième partie sur un évènement important pour l’anarchisme. Le congrès international d’Amsterdam, 3 jours d’échanges qui fonderons pour l’anarchisme des principes fondamentaux qui incarne l’expérience accumulée du mouvement depuis des décennies. Auto-critique sur la dérive du bombisme, la problématique du syndicalisme et encore d’autres sujets.

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POURQUOI SOMMES NOUS ATTIRÉS PAR L’ARGENT | 8# Philo et Politique


Notre société serait-elle possédée par un pouvoir obscur contenu dans l’encre des billets ? Le problème est bien sûr beaucoup plus structurel. Le capitalisme est structuré sur la propriété privée, et donc son accumulation. Dans cet épisode on étudie donc les fonctionnements de cette oppression, ses racines, et comment s’en libérer

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KROPOTKINE – LE SALARIAT | LECTURE 1#


KROPOTKINE – LE SALARIAT | LE SALARIAT

Lecture et illustration du célèbre texte anarchiste de Kropotkine : Le salariat.
Le texte original est disponible içi: https://fr.wikisource.org/wiki/Le_Salariat
Kropotkine nous livre ici une critique du communisme autoritaire tel qu’il est envisagé par les collectivistes pour remettre en question le régime parlementaire, régime bourgeois de la révolutions française qui a largement montré ses dérives ainsi que le système du salariat, lui aussi profondément capitaliste que l’on sera obliger d’abandonner pour fonder une société réellement basée sur l’égalité et la nécessité des besoins plutôt que sur le mérite, qui est toujours le voile des privilèges.
Toute anachronisme n’est que pure fatalité

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