CRITIQUE-CEPTION


CRITIQUE-CEPTION

critique de la critique de la critique

Le texte qui va servir de point de départ à notre réflexion sur les déterminations sociales de la critique est de Elsa Rambaud, « La petite critique, la grande et la révolution ». Pour une acception non normative de la critique», issu de la Revue française de science politique publié en 2017. Dans ce texte, Rambaud remet en question la définition de la critique en analysant le bien fondé de ses critères d’acception. Après avoir relativisé les critères d’émancipation et de révolution lié à la critique, l’auteure nous invite à pratiquer une étude non-normative de la critique

Nous allons, dans un premier temps, reconstitué l’argumentation de l’auteure, avant d’ouvrir à une réflexion critique sur sa posture théorique.

Reconstitution de l’argumentation :

critique de la critique de la critique

L’auteure commence par établir une distinction entre « grande » et « petite » critique par rapport a leur contenu émancipateur. La « grande » critique étant donc un discours sur la société qui intègre un projet émancipateur, tandis que la « petite » critique qualifierait tout autre discours sur la société qui n’intégrerait pas un projet émancipateur(« portées par des acteurs dominants,aux prétentions ou effets modestes, obscures, non intellectuelles et/ou de droite »)

Elle pose une troisième acception de la critique, plus proche du « sens commun », comme simple jugement « négatif » sur la société. Elle entend déconstruire ces distinctions pour que la « petite » critique nourrisse la « grande » et inversement.

L’auteure donne ensuite des sources théorique nécessaire au développement son raisonnement notamment la « sociologie critique » ou « standard » formalisée par Pierre Bourdieu et la « sociologie de la critique » ou « prag-matique » initiée par Luc Boltanski.

La « sociologie critique » est définie comme une sociologie expliquant les (et donc ses) pratiques par l’état des rapports sociaux. Cette « sociologie critique » est ensuite systématisée et approfondie pour devenir un objet d’étude particulier à travers la « sociologie de la critique ». Ces deux sources théorique s’accorde a définir la critique comme lié à un projet d’émancipation, et permet donc à l’auteur de définir plus précisément son concept de « grande » critique comme discours subversif.

critique de la critique de la critique

L’auteure questionne donc par la suite ce critère d’émancipation pour définir la critique. De là elle pose donc 3 types de critique par rapport à ce qu’est l’émancipation et la révolution : Rappel à l’ordre – Critique réformiste – Critique radicale

En questionnant les limites de ces 3 types de critiques, elle montre qu’il n’est pas aisée de les distinguer. Le critère de l’émancipation est présenté comme relatif et vague, ce qui suffirai selon l’auteur à abandonné cette typologie des critiques pour saisir toute la diversité des différentes critiques. Le même procédé rhétorique est utilisé en ce qui concerne la révolution est l’origine sociale de leurs acteurs.

En mettant en avant le caractère fuyant et arbitraire de cette typologie, l’auteure entend montré la nécessité de l’abandonner au profit d’une acception plus large de la critique comme objet d’étude. Cette approche permettant notamment selon l’auteure d’appréhender des critiques floues – réputées peu robustes –, afin de pouvoir aussi mesurer l’efficace critique du flou par exemple.

L’auteure s’attaque ensuite à une conception universaliste hérité des lumières. La critique serait la critique théorique, celle qui est systématique et qui a un contenu propre. Cette conception disqualifie donc toute critique « locale » ne privilégiant que les approches « globales ». L’auteure déplore que ces critiques soit simplement qualifié de « fragmentaire » et soit relégué au simple rang de témoignage, ne pouvant prétendre à un universalisme théorique. Pourtant selon l’auteure, de simple slogan renferme parfois une dimension critique explicite qu’on leur refuse, les reléguant au statut de simple « plaisanteries »

Selon l’auteure la critique comme associée « au parti de la tolérance » n’est donc qu’une relique hérité des lumières et du marxisme, qui prend la critique non comme objet d’étude, mais comme but. L’acception comme quoi une critique est d’autant plus efficace qu’elle est « vraie » est donc rapproché de la scolastique et du savoir pour le savoir. Cette acception de la critique ne serait donc que normatif et moral. Un moralisme égalitaire qui croyant analyser la marche du monde, affirme en réalité à quels idéaux il devrait se conformer pour mieux marcher.

Après l’affirmation d’une nécessité à s’intéresser à la « petite » critique, autant qu’à l’a grande, l’opposition étant préalablement déconstruit, l’auteure reprend la 3eme acception de départ pour redéfinir la critique comme jugement « négatif ». Cette approche qui fait d’un « simple soupir, dans son contexte,parfois bien plus que de longs discours », développe selon l’autrice une acception de la critique comme non-normative.

 

Réflexion critique

Avec cette essai de développer une approche non-normative de la critique, l’auteure ne fait malheureusement que passé à coté de la spécificité de son objet, de la critique.

Voulant déconstruire le critère qui la fonde, l’émancipation, l’auteure ne saisit plus le propre de la critique, ne la distinguant plus de tout jugement « négatif ». L’ont peut d’ailleurs se demander si une fois que la critique est défini de la sorte, pourquoi ne pourrait elle pas non plus être « positive », et la critique ne serait alors plus qu’un simple jugement, une opinion en somme.

La relativisation de critère comme l’émancipation, ou la vérité, fait alors apparaître la raison des lumières comme un discours scolastique parmi d’autres. Avec cette argumentaire ou la vérité est dilué, la science n’est plus qu’un récit, une religion parmi d’autres, et la critique une opinion comme une autre. Dans cette approche, qui fait échos au structuralisme, tout n’est plus que discours, langage, et la confrontation avec les faits, la vérité, l’émancipation, n’est que secondaire.

La vérité n’est pas clair, et l’émancipation non plus, mais cela n’est pas suffisant pour abandonner ces critères qui s’affine par l’exercice de la raison. Bien qu’imparfait, la science et la critique sont encore les outils les plus robuste à notre disposition

L’on retrouve dans ce texte d’ailleurs un certain anti-intellectualisme, voire même un certain populisme a travers ses recours au « sens commun ». Ce dernier étant cohérent avec le rejet des lumières et de leurs raison, il n’a cependant qu’une porté argumentative très limité. Ce texte s’ancre donc dans une continuité anti-moderne.

On peut, de plus, se demander en quoi l’expansion de la critique à une simple opinion garanti la non-normativité de l’étude. Pourquoi élargir l’acception de la critique nous assurerai de mieux cerner les mécanismes de la critique, alors que l’objet d’étude est d’autant plus vague et mal défini.

On peut cependant réaffirmer la possibilité de faire avancer la critique sans abandonner l’émancipation, toute comme la science avance sans abandonner la vérité. L’arme la plus robuste pour avancer étant la raison, elle est de plus la plus capable de remettre en question les critères d’émancipation et de vérité, toujours plus à même que son abandon en tout cas.

Sous prétexte que l’émancipation ne vient pas et que la vérité n’est pas clair, il faudrait abandonner ces buts. Cette approche ne critique pas la critique mais au contraire l’abandonne tout simplement et crois avoir réglé le problème. La science et la critique avance par tâtonnement, et se remet déjà bien plus en question que ne le fait son simple abandon.

Guillaume Deloison

Elsa Rambaud, «La petite critique, la grande et la révolution

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