PHILOSOPHER 14# | L’idéalisme allemand – Kant et Hegel


PHILOSOPHER 14# | L’idéalisme allemand – Kant et Hegel

 

Dans cette épisode on aborde l’idéalisme allemand à travers 2 grands auteurs: Kant et Hegel. Qu’est ce que « l’entendement », qu’est-ce que la raison, qu’est-ce que la science, la dialectique ou encore quel importance peut avoir l’histoire dans notre compréhension du monde et de l’Esprit comme réactualisation du concept de Dieu. Plein de questions qui détermine de grands axes de pensée contemporain ou la liberté est abstraite et la raison est oppressive.

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PHILOSOPHER 14

L’IDEALISME ALLEMAND

LIBERTE ABSTRAITE ET RAISON OPPRESSIVE

Salut bienvenue dans PHILOSOPHER, aujourd’hui on s’attaque à un argumentaire plaisant, ça à l’air bien comme ça, mais faut creuser un peu pour dépasser l’illumination. On va parler de l’idéalisme allemand.

L’idéalisme allemand se situe au 18/19éme siècle et fait suite à la période des lumières. Les lumières sont marqués par la lutte contre l’obscurantisme et le dogmatisme de l’église qui légitime la monarchie de droit divin. La science construit son autonomie et se détache de la scolastique notamment par le matérialisme de Diderot par exemple.

Mais la théologie est encore considérée comme le sommet de la pyramide des connaissances. Pour éviter une certaine confusion intellectuelle les scientifiques forge alors un nouveau vocabulaire. Mais pour sauver les apports du domaine religieux, après des siècles de progrès dans les méthodes pour acquérir des connaissances, de grandes énergies sont déployées pour appliquer ces méthodes à la connaissance des « choses spirituelles ».

Dans le même temps le commerce devient de plus en plus puissant, la spécialisation technique favorise les échanges et le pouvoir féodale se confronte donc au capitalisme naissant. L’accumulation permet aux bourgeois de gagner en pouvoir et de remettre en question la monarchie de droit divin qui les brident et dont ils s’empareront pour instituer par l’état, la propriété privée et permettre l’essor du capitalisme.

C’est dans ce contexte qu’apparaissent Kant et ensuite Hegel

[Kant]

Philosophe allemand, Emmanuel Kant Nait le 22 avril 1724 à Königsberg, capitale de la Prusse-Orientale, et meurt en 1804. Il est reconnu comme le fondateur de la doctrine de l’« idéalisme transcendantal»

Kant a exercé une influence considérable sur l’idéalisme allemand, la philosophie analytique, la phénoménologie étude des phénomènes, la philosophie postmoderne (notamment le structuralisme, et la pensée critique en général.

[Hegel]

Autre philosophe allemand, Georg Wilhelm Friedrich Hegel nait le 27 août 1770 à Stuttgart et meurt le 14 novembre 1831 à Berlin. Il est connu pour sa systématisation de la dialectique qui inspirera de très nombreux auteurs.

Son œuvre principale, « Phénoménologie de l’esprit » englobe de larges domaines philosophiques, dont la métaphysique et l’ontologie, la philosophie de l’art, de la religion, de la nature, de l’histoire, la philosophie morale et politique ou encore la philosophie du droit.

Etudions donc l’idéalisme allemand à travers les apports et les contradictions de ces 2 auteurs, et commençons par Kant.

[KANT]

La philosophie de Kant est connue pour ses 3 critiques. Commençons par la première, « Critique de la raison pure ». Dans cet ouvrage Kant veut définir les limites de « l’entendement ». C’est-à-dire qu’il veut cerner la « raison pur », la raison en soi, vide de toute expérience. Il veut établir une ligne de partage entre ce qui est accessible à la raison humaine et ce qui la dépasse, permettant ainsi de distinguer la science, qui par l’entendement, cerne ce qui est déterminé, et ce qui relève de la croyance, de l’indéterminé.

Pour cela il va poser un couple de catégorie, de concept fondamental. L’a-priori et l’a-posteriori, c’est-à-dire ce qui est avant, et ce qu’il y a après l’expérience. Cela va lui permettre d’aborder la raison, comme dépouillé de toute expérience, pour la définir en soi et l’entendement comme ce qui ordonne les expériences déterminés.

Il développe donc l’idée que l’entendement ordonne l’expérience. Pour Kant, penser c’est constituer une unité dans l’expérience, mettre de l’ordre et structurer la diversité des expériences et des phénomènes tel qu’ils nous apparaissent. Pour cela il développera de nombreuses catégories qui relèvent selon Kant, de l’entendement, ainsi que des formes pures de la raison qui permettent l’entendement, comme l’espace ou le temps par exemple. Partout ou quelqu’un pense, il fera nécessairement appel aux concepts de temps et d’espace.

Pour Kant, l’origine de la raison est transcendantale. Comme si la production des connaissances n’était pas une production de nos cerveaux, mais quelque chose d’essentielle, d’éternel, qui traverse tout l’univers. C’est comme ça que Kant étudie la raison en soi, comme un objet dissocié du matérielle. D’où l’idéalisme Transcendantale.

Kant essentialise donc l’entendement et l’aborde comme une chose qui ordonne. Mais dans une certaine continuité de Descartes, l’entendement est pour lui un outil individuel, une chose essentielle à chaque individu qui doit lui permettre d’atteindre la liberté, qui se conquiert par la raison. C’est pourquoi il est connu pour cette phrase « Sapere aude », « Ose penser par toi-même » Car en usant de ta raison tu atteindras la liberté.

Cela ne signifie pas que les « lois de la liberté » et les « lois de la nature », le déterminisme, sont les mêmes, sont identiques, au contraire. Kant ne se rallie pas à la conception de Spinoza ou tout est déterminé.[Episode 13 sur l’humanisme]. Il l’appelle le « système de la fatalité » et le considère tout à fait opposer à sa philosophie.

Pour lui ce qui est tout à fait déterminé, ce sont les expériences, les phénomènes, ce sur quoi se constitue le savoir, ce que notre entendement ordonne. Mais nous n’avons accès qu’a des phénomènes, jamais à la chose en soi, qui elle, n’est pas déterminé, mais est libre. De cette façon Kant laisse une place à la croyance, en ce qui concerne la chose en soi, qu’on ne peut pas appréhender par la raison car elle est non-déterminé, libre. Selon Kant on peut donc seulement croire en Dieu, non pas en démontrer l’existence. « Je dus donc abolir le savoir afin d’obtenir une place pour la croyance » Kant

C’est sur cette philosophie que se fonde l’agnosticisme de Kant. La gnose c’est le savoir, a-gnosie, c’est l’impossibilité de savoir. Impossibilité car selon Kant nous n’avons accès qu’a des phénomènes déterminées et jamais à la chose en soi, libre. Croyance et savoir sont donc dissociés et tenu pour essentiellement différent, ils relèvent de deux domaines séparés.

Dans sa 2eme critique, « Critique de la raison pratique » Kant déclare « Agis de telle sorte que la maxime de ta volonté puisse être érigé en principe universel ». C’est un universalisme qui fonde sa raison pratique. C’est l’universalisme d’une forme de raison qu’il a essentialisé.

Pour qui applique ce principe, les sentiments et les penchants ne peuvent être que préjudiciables, car ils se réfèrent à l’individuel, au particulier, à l’expérience et non pas à l’abstrait ni à l’universelle ; Peu fiables, pour Kant les sentiments enchaine donc l’individu à ses passions. Dans ce contexte, le type de sentiment est sans importance. Qu’il s’agisse de la haine ou de l’amour, du plaisir que l’on éprouve à torturer ou de la compassion, tout tombe indistinctement sous le verdict du déterminé, de l’apparence et de l’ordre des phénomènes

Tout phénomène, tout contenu, toute expérience est alors négliger au profit de la forme universelle de la raison. La complexité ne peut être saisie que par la simplicité de la forme, par la logique unifiante de la raison. Le rigorisme de Kant consiste donc à une réduction systématique, il s’agit de réduire la complexité des phénomènes à la simplicité de la raison pure. La raison met à jour la dimension universelle des phénomènes. La forme universelle dévoilée, la contradiction est alors évacuée.

Le savoir constitue alors une forme universelle primant sur la diversité, l’origine ou l’évolution des phénomènes, qui sont réduit au statut d’apparences.

C’est d’ailleurs ce propos qui suscitera plus tard des critiques de Hegel. Pour Kant la dialectique n’est qu’une « logique de l’apparence », que particulière, il y oppose une Analytique de l’entendement, qui est « logique de la vérité », qui est universelle selon lui

Etudions donc maintenant Hegel pour approfondir cette problématique.

[HEGEL]

Hegel est particulièrement connu pour sa méthode dialectique.[Inspiré par Héraclite il a systématisé ce dialogue des contraires, cette double lecture des relations, littéralement, et a donc donné ses lettres de noblesse à cette pensée qui était relégué par Kant à une « logique de l’apparence ». Approfondissons donc ce concept de dialectique :

LA DIALECTIQUE

La dialectique hégélienne est une pensée qui veut concilier les opposés qui apparaissent. Pour lui c’est les oppositions qui ne sont que des apparences, car en réalité il passe l’un dans l’autre, il se développe et se définisse l’un par l’autre. Par exemple, l’intérieur se définit par ce qui n’est pas extérieur, le chaud se défini par ce qui n’est pas froid etc. Ainsi, l’être n’est pas le contraire du néant ; l’être passe dans le néant, le néant passe dans l’être, et le devenir en est le résultat.

Hegel distingue trois moments dans la connaissance. Tout d’abord la connaissance est abstraite : l’entendement constitue l’expérience en objet de connaissance. Mais deuxièmement la raison découvre que les concepts ont un défaut. Les concepts ne sont pas identiques à ce qu’ils désignent, Le concept et la chose sont différente. C’est la négation des concepts. Dès lors, la pensée doit se mettre en quête du véritable concret en commençant par dissoudre la chosification des concepts, en prenant acte que les concepts ne sont pas identiques aux choses. La pensée doit se dépasser. C’est la négation de la négation conçu comme synthèse, dépassement et conservation des oppositions. Ce moment est celui du dialectique proprement dit.

La dialectique désigne donc cette dynamique de dépassement des opposées. Mais Hegel a poussé cette logique plus loin et l’a systématisé. C’est-à-dire que toutes les oppositions, constitue une totalité. Pris comme un ensemble, les oppositions créer un système dynamique et déterminé.

Mais le point capital est de comprendre que pour Hegel ce mouvement dialectique n’est pas seulement l’œuvre de notre réflexion, mais est propre au concret lui-même, il a lieu réellement. C’est pour cela que Hegel la considère comme objective. La pensée peut concevoir le concret comme totalité, ensemble, des déterminations. La philosophie décrit donc la réalité et la reflète. « La raison est réelle, le réel est rationnel » Hegel

Sur ce modèle, Hegel développe alors une lecture de l’histoire comme le développement dialectique des oppositions. Il déroulera l’histoire comme un développement déterminé de ce qu’il nomme l’esprit, la totalité des déterminations opposées. On peut rapprocher son concept d’esprit, des concepts d’être à l’antiquité, ou de Dieu dans la scolastique de d’Aquin. Pour Hegel c’est le mouvement de cet esprit qui modèle le réel. C’est la qu’on voit bien sa continuité avec Kant et son idéalisme. En essentialisant la raison, Kant préfigurée une telle lecture de l’histoire. Mais Hegel reproche à Kant son formalisme, qui fige analytiquement ce qui est en devenir dialectique.

En conséquence, écrit-il, la philosophie qui recueille et expose cette logique des relations intra-divines, à l’intérieur de l’esprit total, expose l’unité de Dieu dans les différences internes qui s’y concilient mutuellement. C’est un idéalisme immanent. Du coup dans sa pensée, toute philosophie, qui en reste à des oppositions, à des contradictions, ignore qu’elles sont levées et vaincues en vérité. La dialectique permet donc de dépasser les éléments opposés, brisé par l’entendement.

Tout se développe selon lui dans l’unité des contraires, et ce mouvement est la vie du tout. La réalité se développe donc par ce processus déterminé qui est un déploiement de l’Esprit absolu dans la religion, dans l’art, la philosophie, l’histoire. Comprendre ce devenir, c’est le saisir conceptuellement de l’intérieur.

Hegel distinguait donc quatre étapes dans le mouvement de libération de l’esprit du monde qui correspondent à quatre empires historiques : Le monde oriental, grec, Romain puis germanique. L’esprit évolue des premiers hommes et leurs coutumes, à l’émergence de pouvoir centralisé qui donneront naissance à l’état moderne.

L’État incarne donc pour lui la réalisation de la raison. Il est la suite logique du développement de l’Esprit. On voit encore bien ici a quelle point l’idéalisme, le mouvement des idées néglige les conditions matérielles de cette évolution.

On peut donc voir que Kant est Hegel ont beaucoup en commun, leurs réflexions s’inscrivent dans le même mouvement mais ils ont quand même des oppositions.

Kant se tient sur une crête entre croyance et savoir, il les dissocie et les essentialisent pour valoriser un développement des sciences et de l’approche déterministe en parallèle d’une approche morale de la liberté. Une liberté transcendantale, absolu, idéel, abstraite

Hegel entend dépasser cette opposition par la dialectique et son déterminisme absolu. La vérité et les catégories qui la saisissent sont immanentes et se réunissent dans un dépassement idéaliste. C’est ce mouvement des idées qui fait avancer le monde

Mais les idées ne tombent pas du ciel, et l’idéalisme allemand a un ancrage et une origine matérielle. Etudions le donc à travers l’histoire et la société.

Au 18éme siécle, la science avance, la compréhension de la physique développe une approche mécaniste du monde qui prétend remplacer les lectures religieuses. La science devient un contre-savoir face à l’église qui légitime le pouvoir féodale.

L’imprimerie se perfectionne et les livres sont de plus en plus présent, la dimension universel du savoir et de la raison s’impose à travers l’utilisation du livre qui a une place d’autant plus large et répandu dans la société. Par les livres, une société universelle peut virtuellement se créer, un humain peut se sentir lié à un autre à des milliers de Km par le seul lien de la logique.

L’Histoire peut aussi prendre une place plus importante, il est possible de mémoriser par les livres des suites plus complexe d’évènements pour expliquer le monde, le livre permet de dépasser une contrainte de l’oral qui peut changer notre rapport au savoir.

Le système marchand se développe énormément, les bourgeois, via le commerce acquiert alors un pouvoir face à la monarchie qui le bride. Le monde n’est plus dominer que par le pouvoir de dieu, la féodalité, mais aussi par le pouvoir de l’homme. La valeur marchande que les bourgeois accumulent impose de plus en plus sa logique jusqu’à la révolution française qui refaçonnera l’état pour ses propres besoin.

Mais aussi à cette époque les progrès anti-mécanistes de la science, avec le magnétisme par exemple, semblaient tendre à effacer les frontières entre l’inorganique et l’organique et donnaient le spectacle d’une nature capable de devenir Esprit et inversement.

Repensons maintenant les philosophies de Kant et Hegel à la lumière de leur contexte.

[Critique de Kant]

Dans l’idéalisme de Kant l’« entendement » ordonne le monde des phénomènes. Cet ordre implique l’autonomie, l’auto-fondation de la Raison vis-à-vis du monde sensible et des « choses en soi ». Il y a d’un coté les formes que l’entendement constitue en ordonnant les phénomènes, et de l’autre, les contenus, les choses en soi, auquel nous n’avons jamais accès.

L’entendement n’est alors que jeu de forme, déposséder de tout contenu, vide, l’abstraction hiérarchise la réalité. Théodore Adorno met justement l’accent sur le caractère terriblement répressif de la notion kantienne de liberté qui selon lui a tous les traits de la domination bourgeoise. L’entendement subordonne tout à sa logique. L’unité de l’entendement prime sur la diversité ; dans le cercle fermé de la logique, la diversité paraît toujours négligeable. Toutes les concrétisations de la morale, chez Kant, ont des traits répressifs. Son caractère abstrait est fondamental, parce qu’elle élimine ce qui ne correspond pas aux concepts pur de l’entendement. D’où le rigorisme kantien.

En quoi peut donc bien consister la liberté kantienne, sinon dans une autonomie, une indépendance de l’entendement sur le reste. L’entendement est sa propre loi qui se prend pour universelle. Selon Adorno, La liberté, chez Kant, ne signifie donc rien d’autre que la domination dans la société des sujets bourgeois à travers la primauté de la valeur d’échange, sujet de l’économie, sur la valeur d’usage, négligé par cette dernière, comme l’entendement prime sur les chose en soi. Quand Kant parle d’autonomie, il en parle donc comme un capitaliste, il parle d’autonomie du système marchand et de sa rationalité sur les besoins de la société.

En essentialisant l’entendement, les concepts sont alors eux-mêmes essentialisé. Non seulement ses principe constitutifs en viennent à être anoblies en principe transhistorique, universellement humain, voire éternel, et sont alors placé au-dessus de tout soupçon. Mais, en même temps, l’économie de marché peut être idéologiquement présentée comme la libération de la domination, puisqu’elle serait exempte d’exploitation, puisque essentiel, et chaque individu profiterait donc de la richesse sociale en fonction même de sa contribution personnelle. La société bourgeoise apparaît ainsi essentiellement comme une nouvelle variante de la société de classes dans laquelle la classe dominante s’approprie le surproduit d’une façon particulièrement habile : sous la forme de la plus-value et en faisant miroiter une égalité générale, une égalité abstraite, idéel, qui – en réalité – n’existe pas.

Cette méthode idéaliste a largement était repris plus tard dans l’histoire, notamment à travers un néo-kantisme avec le structuralisme développé entre autre par Saussure, Lévi-Strauss et Michel Foucault. Les notions de langage puis de structures sont essentialisées, comme Kant le faisait pour l’entendement, et les mêmes problèmes ressurgissent comme l’explique Henri Lefebvre dans l’idéologie structuraliste. Les structures n’ont plus d’origine, tout au plus une historicité mais pas une histoire. Tout devient abstraitement une structure, impossible de discerner une structure oppressive d’une structure émancipatrice, les structures changent, la domination persiste, et l’horizon de l’émancipation s’évanouie. Il faut bien comprendre que c’est l’essentialisation de la notion de structure qui créer ces problèmes, approche qui relève bien d’un néo-kantisme. Il est tout à fait possible, comme le font de nombreux auteur, de parler de structure sans l’essentialiser, ce qui permet alors de parler de la genèse, de la formation des structures, et par la suite, d’émancipation radicale car ce qui est construit peut être détruit.

[Critique de Hegel]

Hegel a eu un impact énorme. Il s’est inspiré de nombreux auteurs comme Spinoza et influença des larges générations de philosophe allant de la droite conservatrice à une gauche révolutionnaire avec Feuerbach et Marx par exemple.

Hegel développait une lecture de l’histoire comme développement de l’esprit absolu dont la finalité mène vers un état centralisé et universelle. Malgré la volonté de dépasser la théologie, son concept idéaliste d’esprit en a gardé de nombreuses caractéristiques, dont cette approche finaliste, comme si il y avait une fin, un but, une synthèse finale de l’histoire, une logique supérieure qui façonne la réalité.

L’idéalisme allemand est décrié par Marx et Engels pour son aspect idéologique : il semble avoir perdu tout contact avec le sol réel de l’histoire et sa dimension pratique, auxquels ils substituent ces fantômes que sont les catégories de la pensée.

Marx en s’appuyant sur Feuerbach, reconnaissant la pertinence de la dialectique, entrepris alors de retourner cet idéalisme. C’est la conception du matérialisme dialectique que Marx développera.

Quand pour Hegel, c’est l’Idée qui se réalise dans l’histoire, qui est même le moteur de l’histoire, pour Marx au contraire, l’idée n’est que le produit du vrai moteur de l’histoire qu’est la base matérielle c’est à dire la vie humaine dans son écosystème naturel, technique, social.  » Ce n’est pas la conscience des hommes qui détermine leur être social, c’est leur être social qui détermine la conscience des hommes « .Pour Marx les philosophes idéalistes n’ont pas fait avancer la délivrance de l’homme car leur méthodologie n’est pas adéquate, ils n’ont fait que refléter la réalité, il s’agit pour lui de trouver les moyens de la transformer.

Marx développe alors une lecture matérialiste de l’histoire. Le premier acte de l’histoire, c’est donc la création de moyens pour satisfaire les besoins de la vie matérielle. Et cela conduit dans un second temps à une répétition. On assiste dès lors à une multiplication des besoins du fait de nouvelles relations sociales et de l’accroissement constant de la population. Donc la coopération est force productive. Le langage naît de la nécessité naturelle de cette collaboration entre les hommes. La conscience est de ce fait un produit social. Le premier stade de division du travail est une division entre les sexes sur lesquelles se structureront les inégalités. A partir du moment où travail intellectuel et travail manuel sont séparés la conscience se dissocie du monde et devient capable de théoriser. Puis la division du travail à l’intérieur d’une nation sépare tout d’abord l’industrie et le commerce du travail agricole. D’où l’opposition entre ville et campagne qui résulte d’une opposition d’intérêts.

La division du travail amène le conflit car la production et la consommation est répartie entre des personnes différentes. Elle entraîne de plus la propriété dont les germes se trouvent dans la famille où femme et enfants sont propriété du père. C’est ainsi que la division du travail entraîne la mise en place d’opposition entre les intérêts des uns et des autres. L’inégalité créer l’antagonisme. Cette dialectique des intérêts s’incarne donc dans une lutte de classes qui est alors le moteur de l’histoire. Et en tant que dialectique, cette lutte doit se dépasser dans une société égalitaire, sans classe, synthèse des expériences précédentes.

Ces conceptions marqueront profondément les luttes sociales, syndicales, civiques, c’est-à-dire, la lutte des classes, pour utiliser un terme qui ne nie pas la nature contradictoire de la société qui pousse à une lutte entre les classes pour leurs dépassements. On retrouve bien dans ces lignes le processus dialectique, l’évolution des contraires.

En essentialisant l’entendement, Kant déploie donc une pensée fonctionnaliste, formaliste, dépourvu de contenu, une philosophie subjective et abstraite de la liberté, une vision libérale. Cette dernière tout en ouvrant des possibles, laisse la part belle à la domination de l’homme sur l’homme, à la guerre des subjectivités, qui ne peut se résoudre que dans un universalisme dissocié de toutes particularités, de toutes diversités matérielles. L’intérêt privé garantie par un collectif abstrait, l’état moderne.

Hegel quant à lui donne ses lettres de noblesse au devenir, à l’histoire et donc au mouvement. Il reste cependant enfermé dans un idéalisme qui ne lui permet pas de dépasser la première des dissociations qui fonde la domination. Il développe donc une philosophie de l’état et du progrès humain comme finalité qui aura de beau jour devant elle.

« Toute tentative de briser la contrainte de la nature, en brisant la nature, s’abandonne d’autant plus profondément à la contrainte de la nature. Tel a été le cours de la civilisation européenne. »adorno

L’idéalisme allemand permet donc d’ouvrir la voie d’une certaine liberté, malheureusement une liberté qui reste abstraite, une égalité de droit et non de fait, comme Marx qualifiera d’ailleurs la révolution française. [Mais il ne faudrait pas oublier que dans le même temps, d’autres se sont battu pour une liberté radical dans les commune libre du moyen âge ou même pendant la révolution, que les bourgeois ont utilisé a leur profits.

Il me semble donc que tout en reconnaissant leurs avancées, il faut combattre ces nouvelles philosophie de la domination. Celle du capitalisme et de l’état qui nous exploite et nous oppresse en se cachant derrière une conception abstraite de la liberté. Il nous faut combattre cette approche utilitariste et productiviste de l’homme qui c’est fait Dieu. Sortir de cette pensée qui fait de notre raison, une norme dominante, oppressive et de nos corps de simple machine interchangeable et négligeable, que le marché veut investir pour nous vendre des organes comme des marchandises.

Il nous faut déployer une philosophie radicale, concrète, de la liberté, une philosophie libertaire qui nous permettent de nous associer, de nous lier à la nature, à notre corps, à l’autre. Une liberté qui se déploie avec l’autre, dans l’égalité. Une philosophie qui fait de notre raison un organe pratique. Une philosophie qui fait de la dialectique, non pas une pensée finaliste, mais plutôt une évolution dialogique, qui nous lies aux changements écologiques, historique, qui nous lies aux mouvements sociaux, et qui de ces liens forge le vivant, qui fraye, toujours, au présent, en commun

Guillaume Deloison

+Plus:
Subjectivité et objectivité selon Kant et Hegel : un modèle adornien de critique et de métacritique:
https://www.cairn.info/revue-les-etudes-philosophiques-2004-3-page-311.htm
De l’esprit : les philosophes allemands et l’« Aufklärung »:
https://rgi.revues.org/496
LA CRITIQUE DES LUMIÈRES D’ADORNO ET HORKHEIMER – NORBERT TRENKLE:
http://pensee-radicale-en-construction.overblog.com/la-critique-de-la-pens%C3%A9e-rationaliste-des-lumi%C3%A8res-chez-adorno-et-horkheimer-norbert-trenkle
Critique matérialiste et sociale de la Critique de la raison pure:
http://benoitbohybunel.over-blog.com/2017/06/critique-materialiste-et-sociale-de-la-critique-kantienne-de-la-raison-pure-80-premieres-pages-prefaces-introduction-esthetique-tran

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