Pourquoi la surveillance de masse est une erreur ?


Pourquoi la surveillance de masse est une erreur ?

 

Dans d’anciennes civilisations, il était jugé nécessaire de faire des sacrifices humains pour unique solution face à une catastrophe. Le temps a passé, mais le sacrifice est encore une solution très prisée. A la différence que cette fois, sur l’autel, il s’agit de notre liberté individuelle, la surveillance de masse pour lame, La peur pour raison.

surveillance caméra sécurité 1984

La mesure mise en place est donc la surveillance de masse. Cela voudrait dire que chaque individu est un danger potentiel. Chacun est surveillé. Il y a donc une nécessité de surveiller individuellement chaque personne, dans le cas contraire, la surveillance de masse ne serait pas nécessaire, ni pertinente. La surveillance de masse n’est pas une fatalité, c’est une option parmi toutes celles qui peuvent être efficaces pour endiguer le terrorisme.

Mais donc, surveiller tout le monde, c’est reconnaître comme vrai que l’autre, potentiellement tous, est dangereux pour soi. Oubliez la présomption d’innocence, et bienvenue dans un monde de défiance.

metropolis société totalitaire surveillance

Mais serait-ce au moins efficace ? Surveiller systématiquement toutes les conversations internet, permet-il de cerner et d’arrêter les personnes susceptibles d’œuvrer pour le terrorisme ? Cela implique donc que des personnes se sachant surveillées, vont continuer d’utiliser les mêmes méthodes pour exercer. La surveillance mise en place est mécanique et systématique, donc très facile à anticiper, prévisible.  C’est bien là le problème d’une telle  surveillance. Ça ne sera pas difficile à contourner, cryptage, proxy, que sais-je, la technologie ça se construit.

Vous pouvez trouver une description exacte des mécanismes mises en place sur ce lien d’Amnesty international.

Etant mécanique et automatique, il faut des critères au système de surveillance pour détecter du contenu incriminé. Cela revient à dire que certaines associations de mot clés, des idées donc, deviennent suspectes. Peu importe le conditionnel ou  l’interprétation qui en est faite, la simple énonciation suffit à rendre suspect son énonciateur. Et c’est là que les dérives font peur, car décréter qu’une idée est absolument néfaste et condamnable ce n’est rien d’autre que du dogme. C’est exactement comme ça que toute société est devenue fasciste, structurée sur une organisation centralisée des forces de répression, et une stigmatisation systématique d’une certaine vue du monde. Ce n’est pas sans me rappeler la citation de George Orwell dans 1984

« L’essentiel de la règle oligarchique n’est pas l’héritage de père en fils, mais la persistance d’une certaine vue du monde, imposée par les morts au vivants. »

Inadapté, le système va donc osciller entre inefficacité et fascisme, l’un justifiant l’autre dans une course effréné. Le système  étant dépassé par l’homme, il faudra alors étendre le filet de surveillance à des idées de plus en plus banales, jusqu’à arriver à une société de discrimination d’idées.

Je ne pose même pas la question de qui surveille, et donc dangereux pour qui ? Aux états unis, les activistes écologiques sont considérés comme des terroristes.

Les résultats du Patriot Act sont flagrant.

Au-delà de ça, clairement, instituer une telle mécanique n’a rien de démocratique et ouvre par essence à toutes les dérives. Peu importe qui est responsable du système, par essence la centralité de l’organisation permet la corruption et toutes les dérives idéologique, ce que ne permet pas une réelle démocratie horizontal. C’est un problème inhérent au système centralisé.

Michel Foucault painted portrait Credit thierry ehrmann Creative Commons

« Mais si je n’ai rien à ne me reprocher ? ». Michel Foucault explique dans « Surveiller et punir » le système du PanOptique utilisé dans les prisons américaines. Une tour aux vitres teintées avec une seule personne à l’intérieur. Etant potentiellement regardé, inconsciemment, les détenus s’autocensurent. C’est un peu comparable à ces grimaces que l’on s’autorise quand on se sait seul. Peu importe que vous ayez ou non des choses à vous reprocher, l’homme se sachant observé s’autocensure inconsciemment. L’effet de la surveillance est en deçà de votre perception. L’homme a besoin d’espace de vide pour expérimenter, se développer. La surveillance change le comportement comme ces employés de 118218 qui surveillés et aliénés disent chanter le slogan par plaisir.

En réalité, la surveillance de masse est déja en soi une dérive du systéme oligarchique. Une dérive d’un systéme qui s’éxile de la masse et voit donc comme nécessaire le fait de les surveiller pour les gérer.

La majorité va donc subir les effets de la surveillance pour le problème d’une minorité.

Il est clair que les terroristes, sont des minorités. Le fait même qu’il fasse événement et ne soit pas la norme suffit à le montrer. Alors pourquoi utiliser des moyens massifs ? Internet est un outil puissant, que les terroristes utilisent, certes, mais ce ne sont toujours qu’un groupe de personnes. Ces moyens sont à la disposition de tous, même à celles des forces de sécurité de l’état. Alors pourquoi ne pas simplement garder une police à échelle humaine, procédurale, ponctuelle et individualisée ?

Alors que faire?

Il est évident qu’une surveillance est nécessaire, autant penser que tout le monde est suspect est clairement exagéré, autant ne surveiller personne serait crédule. Mais internet n’est pas un dangereux repère de délinquant, c’est ignorer toute la richesse et la diversité que déploie les internautes, les arts et la science connaissent des mélanges et des nouvelles façons de faire fantastique. Des gens partagent simplement leurs vies et échangent des expériences, communiquent. Encore une fois, les problèmes viennent de minorités.

Mais une surveillance procédurale serait-elle efficace ? Comme je l’ai expliqué tout à l’heure, une surveillance systématique est facilement prévisible et donc facile à dépasser. En revanche une surveillance procédurale se concentre uniquement là où il est jugé nécessaire et pertinent, tout en étant beaucoup plus difficile à anticiper. On préserve donc les libertés individuelles, tout en étant d’autant plus efficace pour endiguer les menaces. En revanche cette méthode ne préserve pas des dérives idéologiques liées à la centralité verticale des forces de répression, mais elle a le mérite de les limiter en termes de fixité du modèle. Le procédural est plus organique, ponctuel, précis. Et cela conserve les actions à une échelle humaine, capable de sensibilité et de jugement plus fin qu’un mécanisme technologique.

infographie sur la surveillance de masse par guillaume Deloison

Ceci n’est qu’une piste, d’autres méthodes peuvent être mises en place, en revanche l’aspect absolutiste du système mis en place me semble clairement inquiétant et non pertinent. Tout ceci est un choix de société, les romans de science-fiction nous ayant largement prévenu, et la situation actuelle ressemblant de plus en plus à ces sociétés aseptisés, il me semble plus que nécessaire de prendre les décisions adéquates. Nous avons de grands moyens, cela implique de grandes responsabilités nous a dit un certain oncle Ben. Veillons à ne pas nous enfermer dans nos outils.

Pour réfléchir et pousser ce sujet, je vous recommande vivement les vidéos de Fabrice Epelboin et Jeremy Zimmermann de la quadrature du net. Le roman « 1984 » et « La Zone du dehors » de Alain Damasio ont nourris ma compréhension des systèmes de surveillance et  leurs dérives. Le documentaire « une  contre-histoire d’internet » ma permis d’affûter ma compréhension des enjeux technologiques.

De nombreux documents ont étaient réalisé par ARTE, je vous invite vivement à les regarder. 

Ce contenu est en libre accès, je vous invite à le partager le plus possible et à me suivre sur les réseaux sociaux.
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 Guillaume Deloison

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